Timanfaya

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Texte-Hommage de Denis Godard, 2016

« J’ai traversé les rideaux blancs :
il n’y a plus que lumière à l’intérieur de mes yeux »

A qui la cherche elle est là,

dans le temps de l’Inde qui s’inverse,
dans les traces du volcan,
le bruit qu’y font tes pas,
l’ardence chétive du buisson qui malgré tout,
l’aridité des pierres rouges,
dans les yeux de la vierge et du clochard,
dans le désir tremblant l’air d’Orissa,
la flamboyance de la rencontre qu’on dit mais ne voit pas,
ces quelques notes offertes,
dans l’épuisement de la nuit argentique…

à l’angle du monde.

Rétive comme le réel, la beauté ne se donne pas. Pas même à voir.
Elle s’éprouve.
Il lui faut la souffrrance de la matière. A exténuer les corps.
Epuiser la chimie, l’encre comme les sangs.
L’essouffle du coeur.
Un temps sans mesure.
A l’envers des machines.

Partout est un voyage à l’a-plomb des cartes. Arpenter jusqu’à la limite l’en-gouffre. Là, seulement, les yeux retournés enregistrent les ondes qui en montent. Alors tu apprends ce que tu soupçonnais déjà : c’est ici que naît la lumière. Camera obscura.

Timanfaya toujours, le calme canal s’embrase.
Hier, demain, il fallait ta présence, traces et feu qui s’enlacent. Toujours la terre tremble. Deux fois, trois fois tu te couches au milieu des gaz.
Assis sur un banc le cortège de tête te salue. Sans révérence. Ce n’est ni son style ni le tien.
C’est à hauteur d’épaules que le monde s’embrasse.
Hier comme demain il fallait ta présence.

Il n’y a pas de limites à la nuit de novembre quand elle tombe sur nous. Mais le froid va plus vite encore à jaunir la peau. Sur ton front immense tes yeux résistent à l’ordre des machines.
Tu traverses la frontière sans papiers les lèvres ouvertes.
C’est de l’en-gouffre que naît la lumière.

Ce qu’il faut de douleur pour une transe. De bonheur pour la danse.

« Les rayons de lumière déchirent les murs, délitent la pierre, fouillent dans ses entrailles. Va plus près dans la plaie. Elle est à toi cette lumière éblouissante, à toi l’obscurité si pleine. »