L’atelier de Marcel Hanoun – Manifeste

Texte de Marcel Hanoun, novembre 2007
Sur le tard de ma vie, cinéaste, depuis longtemps je sais, j’ai su toujours que l’exception, la diversité culturelles, sont des leurres qui nous feraient croire que la culture est dissociée de l’argent, qu’elle n’est pas conditionnée par le préalable d’une rentabilité financière, qu’elle est un pur commerce de l’esprit, insoumise aux règles d’un commerce ordinaire, d’une marchandisation.

Je n’ai presque jamais matériellement vécu de mes créations
cinématographiques. J’ai juste rêvé mes films, j’en ai été, pour la plupart, le peintre et l’écrivain. Mes oeuvres n’ont jamais vécu à travers des instances, des institutions, détournées de leurs vocations culturelles, démissionnaires.

Avec des moyens pauvres et dérisoires, avec l’aide, la bonne volonté de ceux qui ont travaillé avec moi, j’ai pu réaliser mes films. Je les ai volés, arrachés à une part d’ombre, rarement offerte au Public, interdite. Mes films ont été soustraits à la propagande d’une certaine intelligentsia critique, convenue, servile, sans créativité, sans esprit de découverte, ne devant de survivre que
d’avoir partie liée avec la seule prospective commerciale .

Aujourd’hui, j’offre ma part de création, déjà accomplie, à la part créative,
consciente, à l’éveil de chacun, de celui que l’on voudrait enclore
définitivement dans une entité anonyme, dépersonnalisée, réduite à une masse
globalisée, le Public,

Je rends individuellement à qui le veut, mes films dérobés.