24 Novembre

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Texte-Hommage de Frédérique Menant, 2016

24 novembre 2016

Aujourd’hui, Philippe est parti.
La nuit n’est pas encore tombée et les grenouilles chantent déjà.
La lumière devient bleue.
Ma voix est sèche.
La première image qui me vient : ses pas sur le volcan de Timanfaya.
Et toutes les images.
Les corps dansants d’une fête hindoue.
Et le sien, qui danse aussi, un samedi soir à l’Etna, pas si loin.
Marche en tête de cortège, dans les fumées des lacrymos.
S’arrête pour reprendre son souffle.
Là. Avec nous, nous emmène dans son cinéma.
La nuit.
Loin.
Dans sa présence.
Sous le ciel, sur la terre
Dans la lumière.
Face aux gens, là, tellement là dans ses images.
Avec nous. Avec lui.

Et la rivière se brise.
Irruption du vide.
Et les arbres se déploient comme une résistance de densité contre le vide.
Marcher sur l’humus.
S’enfoncer dans la boue.
Entendre, malgré tout, l’eau qui s’écoule.

25 novembre 2016

Et l’on croit que le lendemain de l’annonce, du fracas du vide qui fait irruption dans nos vies, on croit que le lendemain, quelque chose sera passé. Qu’on sera triste, bien sûr, mais qu’on commencera à accepter.
Le lendemain, aujourd’hui, c’est bien l’immense vide qui s’installe. Le creux jusqu’à l’intérieur de ce qui pour nous faisait évidence : il y avait ces images, ces films. Il nous les racontait, là, avec sa voix calme. Nous plongeant dans son regard, dans son voyage, dans son monde, le nôtre aussi, dans sa lumière et ses ombres. Il y avait ce lien de voir des films ensemble, de voir ses films ensemble. De tenter de l’imaginer à Naples, à Séville, à Ouessant, dans la nuit, au regard de l’eau. De l’imaginer filmant. Mais était-ce nécessaire tant il était là?
Ses films sont là et pourtant… l’écran s’est éteint. Comme un film dont on voudrait qu’il n’ait pas de fin. Tristesse infinie.
Et les images de ses films nous reviennent à tous
Les lumières et les ombres de la mer
La nuit, longue
Et ces poissons aux mille couleurs à nos corps écartés
Et tant d’autres

Il faudra du temps peut-être pour accepter de voir ses films sans lui. Sans la chaleur de sa présence. Sans voir le vide immense qu’il laisse.
Il faudra du temps sans doute, mais nous sommes là, vivants.
Et bientôt nous regarderons ses images encore, guettant dans la durée de ses plans la trace du temps de sa présence, si précieuse.