Ne me guéris jamais

Journal de bord du film par David Yon, 2017-2023

Synopsis 

Une dérive dans Marseille en mutation avec trois de ses habitants. Trois manières d’être au monde que le film réunit pour faire communauté et surmonter les obstacles de l’existence.

Equipe

Avec Ouahib Mortada, Pierre Audouard, Rosalie Dubois, Anahita Yon
Image : David Yon, Ouahib Mortada
Prise de son et design sonore : Bertrand Larrieu
Accompagnement : Lo Thivolle
Montage : Jérémy Gravayat, Charlotte Tourrès, David Yon
Production : Carine Chichkowsky, Survivance
Mixage : Matthieu Deniau
Étalonnage : Julien Petri
Musique  : Lionel Martin, saxophone, Damien Cluzel, guitare
Prise de son additionnelle : Alexandre Rameaux
Prise de vue additionnelle : Delphine Menoret
Assistante aux repérages : Nina Khada
Assistantes montage : Zoé Filloux, Jule Foraz
Coordination post-production : Elsa Cohen
Assistants de production : Matelda Ferrini, Arthur Blandin

Avec le soutien à la post-production de Film flamme, Polygone étoilé et du Festival international du film de Belfort Entrevues, [Films en cours]

Contact

david.yon(arobase)tutanota.com

mai 2024

Lorsque je réalise un film, je ne sais pas à l’avance où je vais arriver et une fois le film terminé sa diffusion reste à construire. Ce cinéma, pauvre en moyen financier, circule difficilement dans les salles commerciales. Aussi, comme le film n’entre pas dans un genre défini, son espace de diffusion est restreint à quelques invitations.

Je travaille un cinéma artisanal avec une petite équipe. Le principal luxe étant celui d’avoir le temps d’éprouver les relations et les lieux qui seront les matières du film à venir. Autrement dit, le luxe d’avoir le temps de vivre une expérience. Derrière l’œilleton de la caméra, j’ajuste les distances avec ce que je filme et je tente d’enregistrer une matérialité du monde. La perception est au cœur de mon travail. Pendant la projection, la lumière s’éteint, et à partir de l’obscurité et du silence, le spectateur perçoit des formes et entend des voix. Elles évoquent des histoires intimes, souvent liées à l’enfance. Et celui qui doit terminer le film à partir de ces fragments, c’est le spectateur. Je l’invite à avoir une place active où, s’il accepte de se laisser aller à ce qu’il voit et entend, le film peut le renvoyer à sa propre présence.

Le film a fait partie du projet « Soyons critiques ! » mené par le FIDMarseille avec des collèges et lycées de l’académie Aix-Marseille. Voici le dossier pédagogique du film que Claire Lasolle a réalisé.
Aussi, il a fait parti de plusieurs classements des films aimés en 2023.
https://desistfilm.com/desistfilm-2023-film-round-up-the-lists-las-listas/
https://www.conlosojosabiertos.com/la-internacional-cinefila-2023/

novembre 2023

Je suis en train de relire mes recherches universitaires autour du cinéaste Robert Kramer. Je soutiendrai ce travail en février 2024. En décembre 1989 dans le texte « Notes de la forteresse » Robert Kramer avait écrit : « Et puis, il y a le problème de la représentation. Voilà qui remet en question le projet d’ensemble du cinéma. Comment travailler avec les images, la manipulation des images, en un temps où l’image même est devenue le véhicule principal de la confusion ». En d’autres mots, quel est le sens de la production d’images dans un monde déjà saturé d’images. J’ai tenté de mettre au travail cette question dans le film Ne me guéris jamais.

Samir Ardjoum m’a questionné sur le film et sa réalisation.

*

juillet 2023

Merci aux spectateurs nombreux qui sont venus voir et écouter Ne me guéris jamais pendant le FID à Marseille. Merci pour les débats où la vie et le cinéma se sont mêlés. Maintenant le film va pouvoir voyager selon les invitations.
Merci à Rosalie, Pierre, Ouahib, et Anahita pour leur présence sur l’écran et dans la salle. Photographies de Carine Chichkowsky.

Photographie de Cyrille B prise lors de la discussion après le film avec Pierre Audouard et David Yon.

Les premiers retours sur le film viennent d’être publiés.

« Tout bouge, tout passe, rien n’est acquis. Il ne subsistera de nous, tout au plus, que quelques traces en sursis. Un petit carton de souvenirs et de lettres qui aura survécu aux déménagements, aux séparations et aux voyages, quelques photos déjà jaunies… des films de famille aux images chevrotantes, restituant le présent d’instants révolus, le présent en son absence.
Pour retrouver la raison profonde qui le poussait à créer, David Yon aura passé un été à scruter ce qu’il filmait dans sa jeunesse. Archives touchantes, souvent drôles, parfois éclairées d’un élan aussi maladroit que sincère pour capter la beauté du monde. Une séquence a retenu plus particulièrement son attention. Des images de son grand-père, peut-être les dernières jamais enregistrées de lui, avant qu’il ne s’éteigne. Déjà cloué sur son lit de mort, visage creusé au point de laisser entrevoir tous les contours du crâne, mais toujours conscient et lucide, avec ses traits et son regard bien à lui. Pourquoi vouloir faire un film ? Pour tenter, peut-être, de répondre à cette question qui s’impose de toute sa force devant l’image d’un être aimé et disparu : « qu’est-ce qui traverse le temps ? ».
Tout bouge, tout passe. Même ceux que l’on croyait éternels nous quittent un jour ou l’autre. Ce sont des blessures dont on ne guérit jamais, ces pertes. Mais la guérison est-elle vraiment souhaitable ? … /…  »
Yann Leblanc (la revue des ressources).
La suite du texte et un long entretien à lire sur
www.larevuedesressources.org/Ne-me-gueris-jamais-un-film-de-David-Yon.html

Texte critique paru dans la revue Zébuline
https://journalzebuline.fr/promenade-cinematographique-
au-fidmarseille/

Parole de Caroline Champetier (directrice de la photographie pour Jean-Luc Godard, Philippe Garrel, Leos Carax…) lors d’un entretien au FIDMarseille.
« Cette année au FID, le noir et blanc est revenu. De façon assez puissante dans « Ne me guéris jamais » qui est également innervé d’autres images qui m’ont beaucoup impressionnées. Parce que je le redis, les images, c’est, est-ce qu’on rend compte du monde tel qu’il est, puisque c’est quand même un outil d’enregistrement, une caméra, ou est-ce qu’on interprète ? Et est-ce que l’outil vous permet de donner une autre image du monde et il y a dans ce film là, « Ne me guéris jamais », quelque chose d’assez saisissant sur une autre image du monde et particulièrement sur la couleur. Un personnage qui est sombre et qui est en même temps incroyablement vivant, filmé en noir et blanc, et dont la vision est totalement surchromatique. Ca ça m’a beaucoup plu et étonné. »
https://www.radiogrenouille.com/tous-les-episodes/fid-2023-forum-4-fabriquer-limage-au-cinema-partis-pris-esthetiques-et-choix-techniques/ (à 8min40)


Texte critique et entretien parus sur FIDMarseille.org

« Dans la minéralité d’un noir et blanc contemplatif qui contrevient à l’habituel ciel bleu de Marseille, Ne me guéris jamais convoque trois figures, deux hommes et une femme, anonymes, dont il expose et intrique la vie à travers des fragments d’existence et de récits. Il nous parle de la manière dont ces trois personnes conjurent et surmontent un sort défavorable (cécité, emprisonnement), ou simplement les affres de l’existence (le deuil). David Yon installe un dispositif égalitaire où son questionnement et son travail de mise en scène, inscrits dans les premières séquences, rejoignent les pratiques des protagonistes. Le film présente alors une communauté d’artistes et devient le lieu de cette communauté. Faisant du geste créatif un enjeu de résistance et de retrouvailles, il met en rapport leur créations musicales, cinématographiques et littéraires et identifie les efforts d’expression. Hors de toute portée édifiante, ces derniers sont les formules, les récits, les croyances au moyen desquels quatre personnes existent, tiennent, se réjouissent, s’échappent. Parce qu’une manière d’être est une singularité qui ne préexiste pas à sa saisie dans le portrait, la mise en scène fait du tâtonnement une méthode, à la manière des repentirs d’écriture de l’aveugle ou de sa main sur le visage de son ami dont il découvre progressivement les traits, comme une métaphore du geste documentaire. En naissent trois portraits, délicatement figurés, supports d’une douce mélancolie sans pathos et d’un optimisme sans béatitude. Se glanent, à porter de regard ou de main, les mots et les images qui dessinent une généreuse poétique de l’autre. »
Claire Lasolle

Quel était le projet de Ne me guéris jamais par rapport à Marseille après Les Oiseaux d’Arabie (2009) et La Nuit et l’enfant (2015) tournés en Algérie ?

En arrivant à Marseille, en 2011, j’ai retrouvé quelque chose qui m’avait attiré en Algérie. J’ai aimé voir l’espace public exposé aux aléas de la vie et du temps, constamment réapproprié par ses habitants. Mais au cours de ces dernières années, j’ai vu la ville changer. La ville tend à être nettoyée de ses aspérités pour devenir une destination touristique. Ceux qui y vivent sont-ils sommés de ne plus être ce qu’ils sont ? Une nuit, dans un rêve, j’ai prononcé cette phrase : « Ne me guéris jamais. ». Ces mots résonnaient avec les paroles du critique Serge Daney, que je venais d’entendre, où il parlait de l’avènement des images de synthèse. Il expliquait qu’avec cette nouvelle technologie, nous nous dirigions vers une image lisse où nous pourrions effacer les aspérités et tout ce que nous ne voulions pas voir. Il terminait par ces mots qui me sont restés à l’esprit : « Tout le monde mourra guéri. ». J’ai souhaité reprendre la phrase « Ne me guéris jamais. » pour le titre du film que je préparai. Elle évoque pour moi l’affirmation de présences au monde singulières dans cette ville en mutation.

Les trois protagonistes ont un rapport particulier à cette ville à travers leur moyen d’expression artistique (caméra, écriture, chant). Comment les avez-vous rencontrés et choisis ?

À la mort de mes grands-parents maternels, quelque chose du foyer a disparu pour moi. Je n’avais plus d’endroits où me réfugier. Lorsque j’ai commencé à travailler à ce film, ce fût habité par ces questions : Où est le foyer ? Qu’est-ce qui traverse le temps ? J’ai rencontré des personnes à travers ce prisme et je me suis rendu compte que celles dont je souhaitais faire le portrait avaient également perdu ou quitté un foyer. J’ai rencontré Ouahib au Polygone étoilé, un lieu associatif de cinéma. C’est aussi là que j’ai connu des ami·e·s qui m’ont accompagné dans la réalisation du film. J’ai rencontré Rosalie grâce à un ami et j’ai abordé Pierre alors qu’il marchait dans une rue, près de là où je vis.

Ouahib Mortada, qui est également cinéaste, a tourné des séquences en couleur. Souhaitiez-vous les intégrer au film initialement et quel statut ont-elles ?

Ouahib habite dans le quartier d’Arenc qui est en pleine rénovation. En arrivant là, il voyait la mer. Peu à peu, des tours, sièges de grandes compagnies, se sont construites devant ses fenêtres. « Shipping the future » est écrit sur un des bâtiments face à lui. Ouahib, lui, a l’impression d’être dépossédé de son avenir. Il sent qu’il va devoir partir. Mais pour aller où ? Depuis plusieurs années, avec sa caméra mini-DV, il filme, depuis son balcon, les transformations à l’œuvre afin de constituer une mémoire du quartier.

Je souhaitais intégrer ses images dans le film afin qu’elles dialoguent avec les images que je réaliserai. Son geste de filmeur est très différent du mien. Il filme caméra à la main, de manière instinctive, avec un geste chorégraphique, alors que je tourne caméra sur pied en étant attentif à la composition du cadre et à la lumière.

Pourquoi avoir choisi de réaliser vos images en noir et blanc ?

Une des dimensions du film est un travail sur la perception. Qu’est-ce que la perception d’une personne exilée ? Qu’est-ce que la perception d’une personne qui ne voit plus ? À plusieurs moments dans le film, nous sommes dans l’obscurité, guidés par les sons. J’avais l’intuition que le film devait aller vers une forme d’épure et qu’il fallait réduire les éléments du visible. Je souhaitais également filmer la lumière blanche de Marseille. Enfin, je voulais faire apparaître la couleur des vidéos de Ouahib à partir du noir et blanc.

Ne me guéris jamais suit les quêtes intérieures de ce trio, se construisant entre le réel de la ville et leur imaginaire. Comment l’avez-vous conçu ?

Mon travail a débuté par une forme d’enquête au cours de laquelle j’ai effectué des enregistrements avec les personnages, repéré des lieux et collecté des documents.

Pendant le tournage, j’ai proposé un certain nombre de mises en situation où les personnages investissent des lieux à partir d’éléments qui constituent une base de travail pour eux : une action, un sujet de discussion, des photographies, des textes. Au moment de la prise de vue, ils s’approprient ces éléments et quelque chose d’imprévisible a lieu. Je souhaitais que le tournage soit un moment d’expérience où nous éprouvions quelque chose au présent et que la caméra enregistre cela.

Peut-on également considérer le film comme un essai politique sur l’évolution de Marseille, le processus de gentrification en cours, et son rapport à ses habitants ?

Dans la ville, la pression économique s’est accentuée et nos équilibres précaires deviennent difficiles à tenir. Dans un même mouvement, l’environnement urbain a été disloqué par les grands travaux et les interstices d’où naissent une vie sociale spontanée se raréfient. Je me souviens de ces femmes arabes qui chaque soir venaient s’installer en cercle sur des cartons à même l’herbe sur les hauteurs de la place Jules Guesde. Je souhaitais tourner une scène dans ce lieu avant qu’il ne disparaisse, remplacé par des immeubles. Ouahib devait filmer les arbres qui venaient d’être coupés pour ce projet immobilier. À ce même endroit, des réfugiés avaient construit des habitats de fortune. J’avais conscience que ces travaux allaient les chasser d’un des rares espaces arborés du centre-ville. Pendant que je filmais le sol, un homme est venu vers la caméra. Il ne voulait pas être filmé mais il voulait témoigner de sa situation. J’ai donc filmé le visage de Ouahib qui l’écoute et à un moment, lorsque Ouahib l’interroge, l’homme lui dit cette phrase : « Dieu, c’est la distance entre toi et moi, ce que tu vois vide, en fait c’est plein. ». Et par ces mots, il répondait aux questions que je me posais en commençant ce film. Ce qui traverse le temps, c’est la relation.

Propos recueillis par Olivier Pierre (FIDMarseille)

juin 2023

Dans quelques jours, le film va être partagé à Marseille, là où il a été tourné, pendant le FIDMarseille. La première projection sera le lundi 3 juillet au matin à la prison des Baumettes. Puis le mercredi 5 juillet à 21h, le jeudi 6 juillet à 11h et le vendredi 7 juillet à 18h30 au cinéma les Variétés. Je serai présent à toutes les séances accompagné par des membres de l’équipe.
Ci-dessous une vidéo avec des images et sons qui ne figurent pas dans le film. Rosalie chante une chanson anonyme écrite en 1720 à Marseille pendant la peste.

avril 2023

Le montage est terminé, le film dure 66 minutes
Il reste à faire le mixage et l’étalonnage.
Ne me guéris jamais a été envoyé aux premiers festivals.
M
aintenant c’est l’inconnu.
Merci à tous ceux qui ont participé à sa réalisation.
Hauts les cœurs.
Bientôt le temps du partage avec un public.

Ci-dessous une scène qui a été tournée en 2020 avec Ouahib sur la place Jules-Guesde en travaux. Aujourd’hui ces arbres ont disparu, remplacés par du béton.
Ces images ne figurent pas dans le film.

novembre 2022

Le film est en post-production, je travaille le montage au polygone étoilé, un lieu de cinéma magnifique à Marseille où j’ai rencontré Ouahib Mortada, un des personnages principaux.
Ne me guéris jamais vient de recevoir le prix films en cours au festival Entrevues à Belfort, ce qui va nous permettre de le terminer dans de bonnes conditions.

Ci-dessous une scène qui a été tournée en 2020 avec Ouahib à Arenc.
Ces images ne figurent pas dans le film.

 

janvier 2022

Il y a plusieurs années, dans un rêve, j’ai prononcé cette phrase, Ne me guéris jamais. Ces mots résonnaient avec une parole du critique Serge Daney, que je venais d’entendre, où il parlait de l’avènement des images de synthèse. Il expliquait qu’avec cette nouvelle technologie, nous nous dirigions vers une image plus lisse où nous pourrions effacer les aspérités et tout ce que nous ne voulions pas voir. Il terminait avec ces mots qui me sont restés à l’esprit « une chose est sûre, nous mourrons guéris ». J’imagine qu’il voulait exprimer que nous voulions supprimer l’organique, l’imparfait, la mort que le travail du temps rend visibles mais qu’à la fois cela nous précipitait vers une autre forme de mort, beaucoup plus immédiate. J’ai souhaité reprendre ces mots avec l’envie que ce titre sonne comme un cri de résistance.

Janvier 2017

Accompagné d’amis, je trace une ligne dans Marseille. La tentative de retrouver un synchronisme entre la pensée, le geste et le temps présent. Ci-dessous des vidéos, comme un carnet de notes, pour donner ma position, provoquer des rencontres et préparer un film à venir qui se déroulera à Marseille et aux alentours.

 

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