Signe ascendant

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Film et textes de Jean-François Neplaz, 1996 et 2012

70 mn / Poème documentaire / 16 mm /1996 /

Loin des yeux

Cet échange de courriers venus d’un autre siècle.
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Que faudrait-il y ajouter ?

Un peu d’Histoire…
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A la fin des années 80, le CNC est chargé par le Ministère de la culture d’organiser des aides à la production documentaire (il se réalisait alors une dizaine d’heures de documentaire par an en France). Ce système («négocié» avec les documentaristes regroupés dans «La bande à Lumière») soumet les aides sélectives reçues du CNC à un achat préalable de diffuseurs TV. Le contexte est aussi, après la fin du monopole public de la TV (1974), celui de la naissance de la Cinq (donnée en 1986 par le président Mitterrand à… un certain Berlusconi associé à Jérôme Seydoux), de la privatisation d’une chaîne publique (TF1), de la fabrication de produits à bon marché pour ces chaînes-là (les documentaires au sens très large, les émission de jeux ou shows en direct…) de la multiplication des producteurs dits «indépendants» (mais dont la survie ne tient qu’à l’indice de satisfaction des programmateurs de chaînes qui eux ne survivent que de l’audimat concurrentiel).
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Cette époque-là voit aussi le développement technique de la vidéo, adaptée aux programmes de flux et son économie… Et de «l’art vidéo» que le milieu parisien rejette comme «n’étant pas du cinéma» (jusqu’en 2000 où Les Cahiers du cinéma virent leur cuti et se vouent au numérique… Selon la politique nouvelle du CNC vers le tout numérique dont nous connaissons le résultat aujourd’hui).
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Et c’est la naissance d’ARTE, chaîne culturelle créé par MM. Helmuth Kohl et François Mitterrand comme expression politique du rapprochement franco-allemand (octobre 1990) après une brigade blindée binationale sous la devise : « Un devoir d’excellence » (octobre 1989). La devise de la Brigade.

Un peu d’histoire…
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Mes films (même tournés pour la plupart en 16mm) était diffusés dans le milieu de « l’art vidéo » où se réfugiaient la plupart des auteurs qui se sentaient « à l’étroit » dans le cinéma (même labellisé « art et essai ») ou dans le docu tel que la TV désormais le définissait.
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Je soumets une première proposition de film à ARTE : « Loin des yeux » sur l’aventure spatiale soviétique à partir d’archives et du journal de bord d’un cosmonaute. Le projet est resté longuement à l’étude dans les tiroirs de la chaîne avant un « non » qui laissait la porte ouverte à d’autres propositions. J’envoyais donc celui que j’avais écrit pendant leur temps de réflexion.
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C’était le même projet (dans mon esprit) mais tourné à l’échelle d’une région : « Signe ascendant ». Il a été accepté en pré-achat dans la foulée, puis en coproduction par ARTE. Le producteur (indépendant donc) était la société PROFIL que j’avais créée à Grenoble avec un loueur de matériel vidéo puis rachetée avec un autre cinéaste indépendant. Elle était gérée à titre gratuit par Gaëlle Vu. ARTE n’avait donc aucun droit sur le contenu. Sauf de prouver qu’ils avaient été « trompés sur la marchandise ». C’est-à-dire sur le respect du scénario.

Ce scénario très détaillé qui plaisait tant à ARTE se tournait en une journée lors d’un vol de planeurs… Il dépendait de la météo, objet déclaré du film. C’était donc une expérimentation concrète de la prévision. De la pré-vision, donc du scénario.
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Personne à ARTE n’a relevé le fait que tout était écrit… sur du vent ! C’était le temps des winners, des décideurs, de la maîtrise, de la gestion, de Tapie et de la gauche au pouvoir. Le temps de la liquidation de l’industrie lourde et des procès contre les syndicalistes. Il y avait même de premiers procès contre Météo-France coupable d’avoir mal « prédit l’avenir » !… Le site Minitel de Météo-France était le plus rentable du pays, et l’agence soignait sa pub sur la fiabilité de sa prévision à X jours, semaines, mois… et la puissance de ses ordinateurs, pour ça.

Les dix tournages répartis au sol sur le trajet des planeurs étaient confiés à des artistes complices et des équipes légères. Ils étaient écrivain, sculpteur, plasticien, photographe, vidéaste… Chacun réalisait un film ou un tournage qu’il me confiait ensuite pour que je le glisse « comme je pouvais » dans une seule narration.
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Le point faible s’est avéré être les deux opérateurs « professionnels » que j’ai introduits dans des équipes pour ne pas effrayer ARTE sur les compétences singulières des autres… L’un de ces « pros » qui devait filmer une expédition spéléo (avec une caméra mécanique de petite taille) n’a pas réussi à mettre l’objectif en face de la fenêtre d’obturation, images inutilisables… Et l’autre ne faisait que des plans de 4 » (de métronome !) qui furent une plaie à monter !

Le montage s’est déroulé à Grenoble et jamais quelqu’un d’ARTE n’est venu voir. Par la suite, aucun montage ne leur convenait (pour diffusion). La société, dont nous pensions déjà que ce serait le dernier film, souhaitant changer d’air, ne pouvait tenir longtemps entre les fournisseurs et salaires à payer, tandis que l’argent ne venait pas du CNC sans l’aval d’ARTE.
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Le reste est dans la lettre.

Lors d’un échange téléphonique avec Jean-Jacques Henri, qui était mon interlocuteur à la chaîne (nous étions dans la finalisation de la production, avant le tournage de « Signe ascendant », pas encore en conflit donc), m’a demandé si je pouvais réécrire mon projet de film sur les vols soviétiques dans l’espace qu’ils avaient refusé… L’Union Soviétique était en train de disparaître, et là-haut, dans l’espace, un type tout seul* se demandait ce qui allait advenir de lui…

Faut-il préciser que tous les festivals de documentaires à qui j’ai envoyé cet échange de lettre et la copie travail du film copiée en vidéo, pour que l’ensemble fasse débat, n’ont même pas accusé réception de mon envoi ? ARTE était leur plus important partenaire…

JF Neplaz, février 2012

* Sergueï Krikaliov partit le 18 mai 1991 sur le vol Soyouz TM-12 en tant que citoyen de l’Union Soviétique, il atterrira le 25 mars 1992 en tant que citoyen russe de la Communauté des États indépendants (CEI), l’URSS ayant été entretemps dissoute.

Plan de montage de

Désencombrer ton film de tout ce qui le parasite

Lettre de Jean-Jacques Henry à JF Neplaz, 25/08/1995

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De la clarté ou pire, de l’hypocrisie

Lettre de JF Neplaz à Jean-Jacques Henry, 14/01/1996

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Contact réalisateur : nespole(arobase)wanadoo.fr