« ...une revue de cinéma, où ceux qui font des films donneraient de temps en temps leur position, comme des navires de commerce divers sur l’océan... » (extrait d’une lettre de Jean-Luc Godard à Jean-Pierre Rassam, 1977)
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les bulletins de CINEMATOGRAPHIES

Par l’atelier Cinéma la Commune, 2007/2010
"Dans mes rêves, quand ça fonctionne bien, je vois une espèce de foisonnement, très divers, très vivant, très multiforme. Des collectifs qui font tâche d’huile, et s’annexent peu à peu, dans une ville, dans un canton, des centaines de gens venus là de divers horizons.
De petits groupes qui se forment et discutent pendant des mois, poursuivant une aventure propre, - et d’autres plus éphémères, vivant seulement le temps d’un projet, le temps d’un désir, et leur éclatement comme la mort d’un fruit mûr sème tout autour de nouveaux désirs, de nouveaux groupes-désirs.
Et une confrontation, des échanges, un dialogue intense qui s’institue aussi entre ces collectifs.
Je vois des rencontres qui s’organisent, des voyages, des stages, des correspondances, toutes sortes de contacts et de relations. Cela remplacerait déjà bien les médecines, bien des traitements. Dans mes rêves, je vois aussi une espèce de journal. Pas du tout une revue sérieuse. Plutôt quelque chose d’un peu merdique, un lieu de discussion encore, mais à un autre niveau. Où des groupes, des individus, n’importe qui, poseraient des questions, répondraient s’ils en ont envie, feraient part de leur expérience, se critiqueraient mutuellement, - un truc où tout le monde ait envie d’écrire."

Roger Gentis, La psychiatrie doit être faite/défaite par tous, Maspero, 1973.

Météorologie

Tout comme la petite caméra vidéo nous permet de filmer dans une immédiateté salutaire (sans attendre que le laboratoire développe les rushs, et surtout sans attendre l’argent pour payer ce laboratoire), et nous permet, non seulement de faire des « croquis » avec la simplicité d’un stylo, mais aussi des films entièrement tournés en « numérique », nous pensons qu’il est profitable également de nous servir des moyens de reproductibilité offerts par les ordinateurs courants quant au « traitement de texte », à l’édition, à la photocopie.
C’est pourquoi nous proposons, avec ce numéro zéro, l’élaboration de bulletins mensuels, sorte de bulletins météo, de ceux que consultent les marins avant de prendre la mer, et qui servent aussi de liaison entre tous. Ces Cinématographies feront état de nos élaborations en cours, tant au sein de l’atelier cinéma, qu’au sein du Kinoclub, avec textes (ici, le premier texte écrit par Vincent Covu) et photos (ici, et pour l’instant, des photos de films, mais à venir : des photos de notre film en train de se faire, etc.).
Ce bulletin sera photocopié et distribué : à La Vague à l’âme à Paris, à l’atelier du Non-Faire à Neuilly-sur-Marne, et dans tout autre lieu que nous jugerions utile. Ici le « nous » signifie les participants à l’Atelier cinéma, les participants aux réunions de préparation du Kinoclub.

l’Atelier cinéma

« le cinéma est ce qui reste de l’hospitalité perdue »

L’atelier est un moment de fabrique collective où nous déterminerons ensemble la récolte et l’agencement des images et des sons, pour faire éclore un film commun. Nous travaillerons à partir du paysage urbain, des rues qui nous entourent, des frontières entre la ville, la banlieue, le ban les lieux et les non-lieux. Partir par exemple, le long de la petite ceinture de Paris, cette voie de chemin de fer désaffectée qui entoure la ville, et filmer quartier par quartier ce qui s’y passe, ce qu’on y voit, ceux qu’on rencontre.
C’est à la fois laisser place au hasard, au réel, mais pour ce faire, le préparer en amont : ainsi nous regarderons des films, nous partirons de textes (notamment des fragments du livre des passages de W.Benjamin), nous regarderons des cartes, établirons des trajets.
Nous alternerons donc, entre des situations très concrètes : prendre une caméra en main, prendre une perche et un micro et partir tourner, marcher, observer, s’imprégner, déambuler, écouter, et des situations d’analyse de ce qu’on a fait : regarder les rushs, les critiquer, les choisir, décider d’aller retourner, s’interroger sur ce qu’est un cadre, écrire un bout de texte qui deviendra une voix off, proposer un son qui irait sur telle image, etc.

C’est à partir de cette méthode, très libre, mais qui implique un suivi régulier du travail en train de se faire que nous évoluerons ensemble sur la durée d’une année (entre septembre et juin) à raison d’une après-midi par semaine.
Nous fournissons le matériel de tournage et de montage dans un premier temps, même s’il faut trouver un moyen d’équiper un ou des GEM. 
Le mode de financement de l’atelier suivra celui de la production d’un film : écriture et dépôt de dossier, dont chaque participant qui se sera engagé dans l’atelier sera le coauteur. Ainsi nous pourrons déposer un projet de film auprès de la commission du courtmétrage expérimental du CNC (Centre National du Cinéma), qui serait signé par dix co-auteurs, par exemple. Nous disons dix mais nous ne savons bien sûr pas à l’heure actuelle combien d’entre vous serons intéressés à s’engager dans cette aventure collective, sensible, de fabrication d’un film.

Florence , Katia.
Le 01 septembre 200


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