Philippe Cote, guetter le monde

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Texte de Sebstien Ronceray, 2017

L’épopée du cinéaste Philippe Cote traverse en une vingtaine d’années de vastes contrées cinématographiques avec une exigence plastique d’une rare cohérence. Cinéphile assidu, curieux de pratiques variées du cinéma, amateur de musique et de poésie, il a su être proche également de nombreux collectifs et festivals œuvrant dans les champs du cinéma expérimental et du documentaire. Réalisant ses premiers films au milieu des années 1990, il conçoit d’abord, suivant les expériences de Stan Brakhage, des films peints sur pellicule, en Super-8 puis en 16mm. La fragilité de ces films l’incite à fabriquer une truca artisanale, lui permettant de réaliser à la maison des copies de ses éphémères images (Émergences, 1999-2004). De cette approche matérielle du support découle l’envie de mêler images peintes et filmées. Il met alors en scène, à la lisière du monde et de la lumière du jour, son propre corps, de manière abstraite, proche du cinéma haptique : le mouvement libre de la caméra virevoltante s’ancre dans l’intimité et les territoires extérieurs (L’Entre deux, 2003). Familiarisé avec l’outil caméra, il part guetter le monde pour en saisir les variations. Influencé par les écrits et les films de Jean Epstein et de Peter Hutton, Philippe Cote déroule ainsi son attention poétique au monde, filmant toujours en 16mm et surtout en Super-8. Malgré la maladie qui l’oblige à de (trop) nombreux moments de pause, il part dès qu’il le peut à la découverte sensible de paysages inconnus : Inde, Laos, Népal, Mexique, Andalousie, île Canari, Sicile, pointe bretonne… Cette traversée en cinéma, des films en solitaire peints sur pellicule à ceux sondant la poésie du monde, étire son œuvre dans un geste de l’intérieur vers l’extérieur, comme s’il cherchait à changer de peau. A la rapidité fragile des images peintes répond la force des cadrages fixes où le temps et l’espace se recomposent sous nos yeux par l’intermédiaire d’infimes variations optiques ou mécaniques. Ses films sont le signe d’un éveil cinématographique, sensible et attentif, comme une invitation au voyage au pays du cinéma. Son amie Violeta Salvatierra, danseuse et poète, affirme que « dans une volonté de prise de risque permanente, son œuvre se tisse et se reconfigure d’un film à l’autre, cherchant ce qui se manifeste dans la mise en mouvement du regard, sans cesse transformé par ce qui l’imprime. » Le titre de l’un des films de Philippe Cote nous y engage : Va, regarde (2009). Il nous a quitté le 24 novembre dernier à l’âge de 51 ans.
Pour voir ces films en ligne : https://philippecote.wordpress.com/

Sébastien Ronceray

Photographie : Catherine Bareau