Jaime : Témoignage du réalisateur

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Texte de António Reis, 1974

C’était un travail difficile et ardu. Il n’a jamais conservé les travaux. Normalement, il empruntait le matériel et, disons, payait avec les travaux. Nous avons quand même réussi à recueillir quelques dizaines de dessins et de peintures et plusieurs lettres. Heureusement, tout ne s’est pas perdu (d’ailleurs je ne veux même pas songer à la possibilité contraire).

Nous nous sommes toujours préoccupés de ne pas dissocier la biographie de l’œuvre. Faire le film sur la vie d’un peintre ne nous intéressait pas. D’ailleurs, je suis convaincu que nous aurions rendu un mauvais service à Jaime si nous avions fait un film sur les arts plastiques, quoique, peut-être aurions-nous rendu un bon service à la peinture.

Disons, ainsi, que le film est un poème plastique et humain.

Je n’ai pas connu Jaime et au long de toutes les recherches que j’ai faites sur lui il m’a toujours échappé. La seule chose (le peu) que j’ai saisi, c’était par ce qu’il a laissé peint et écrit. Du reste, Jaime lui même m’a échappé.

Jaime avait la notion parfaite de l’espace que devait occuper le dessin ou la peinture. Puisqu’il était limité aux petites dimensions du papier, plusieurs de ses figures-hommes ont des bras ballants ou levés, alors que les figures-animaux ont la queue baissée.

Ainsi, les attitudes des dessins se donnent toujours en fonction de la délimitation du papier, pour laquelle il trouvait toujours une solution plastique géniale. C’est possible qu’elles soient aussi liées à une stéréotypie émotionnelle obsessive et à des archétypes.

Tout au plus, les lois qui président son art équivalent à celles des enfants ou des peuples primitifs.

Dans son art il y a une santé et une vitalité extraordinaires.

Concernant l’interprétation de la symbolique des couleurs, elle est trop usée et varie de société à société, selon les cultures. Et, par exemple, le rouge, chez Jaime, n’est pas passionnel et le noir n’est pas le deuil. Il peut remplir une grande superficie de noir et rouge et après il met une dissonance de violet. Or, cela n’est qu’à la portée de grands artistes et est un acte de conscience picturale.

D’ailleurs, Jaime n’a pas commencé là. Il y est arrivé. Dans le film, nous n’avons utilisé aucun matériau qui pourrait expliquer son parcours et son évolution artistique.

António Reis


Texte initialement paru dans la Revue
Celulóide, no 204, décembre 1974, pp. 5-6.

Propos recueillis par Albertino Antunes pour le journal Jornal do Fundão, du 27 janvier 1974.

 

Traduction du portugais au français par Bia Rodovalho.

Document disponible grâce à Steph Moro.