Cote, mon ombre aquatique

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Texte et films de Florian Maricourt, 2016

On se retrouve sous la statue que tu connais, à deux pas de chez toi, pour marcher tous les deux comme on le fait toujours, mais cette fois tu me prends la main pour me dire Arrête, attends, je ne peux pas marcher, puis au creux de l’oreille tu me dis sans raison J’aime écouter la mer, j’aime le bruit de la mer, les vagues cela m’apaise, cela me fait du bien, tu dis ça tout bas, comme ça, tout d’un coup, d’une voix si douce et claire, et tes yeux lumineux,
quand tu parles tu sembles toujours dire un secret,
et je ne comprends même pas qu’on ne se reverra plus,
tu marches lentement, comme on compterait ses pas, comme font les enfants qui veulent s’amuser, je sais que nous n’irons pas loin mais l’on y va quand même, tu tends le bras pour me montrer les choses, d’un geste maladroit, avec une tendresse inquiète, tu dis Attention, je me cogne la tête, tu me souris, tu me racontes des histoires minuscules, toujours, tu te souviens de tout, tu me dis Regarde ce nuage et tu me le décris, tu le connais par coeur,
il y a des choses que toi seul peux voir et que toi seul connais,
moi j’entends le monde malade qui bat dans ta poitrine, toi tu te tais,
tu sais déjà tout mais n’ose pas nous le dire,
je te dis Maintenant tu as l’âge d’être mon père, et tu éclates de rire,
je reste à te regarder, immense phare silencieux, comme tu vis dans l’ombre je t’admire en secret, tu as toute la tendresse du monde au fond du ventre, mais qui en voudrait, toi
tu voudrais ta caméra toujours près de toi, parce que c’est ainsi que tu vis, mais C’est trop lourd à porter, tu dis,
soudain tu trébuches, tu tousses très fort, tu dis Je suis fatigué, puis tu t’en vas.
Je reste seul inconsolable.

Tu me disais Cet été j’ai filmé la nuit et le vent, mais tu avais peur qu’on n’y voie rien.
Avec toi, je voyais les choses pour la première fois ; l’autre soir je crois, tu aurais voulu filmer ceci :
un oiseau étrange s’est envolé dans Paris, un oiseau curieux comme il n’y a jamais eu.
Si triste, je te dis Bon vent cher Philippe, mon compagnon de route, mon grand frère de la côte, toi le coquillage brisé, tu te penchais à mon oreille pour que j’entende la mer,
dans le bruit de Paris,
seul,
mon oiseau déplumé,
tu mourais doucement dans les nuages et personne ne te voyait.

FM,

Boulogne-sur-mer,
26 novembre 2016.

Histoires de ma vue 1 (Nous sommes des oiseaux…)

 

Histoires de ma vue 6 (Ce nord o—ù nous sommes n‚és)

Contact : florian.maricourt@gmail.com