Corpus/corpus

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Film de Christophe Loizillon, 27', 2008

Quelle a été la genèse du film ?

Corpus/corpus est la 1ère partie d’une trilogie qui sera suivie par deux autres court métrages homo/animal et homo/végétal. Cette trilogie explore les relations qu’entretiennent entre eux les êtres vivants : homme, animal, végétal. Notre conscience d’être vivant parmi d’autres êtres vivants s’amenuise. Peu à peu nous avons cessé de considérer l’animal et le végétal comme vraiment vivants.

Pourquoi ne pas filmer les visages ?

J’ai réalisé un film intitulé les visages dans lequel je ne filmais que les visages. Un visage raconte beaucoup, beaucoup trop, toute une vie. Le visage aveugle par sa force, son épiphanie. Son absence ici permet de mieux voir, mieux entendre le corps.
Je voulais, avec Corpus / corpus, raconter la rencontre de deux corps dans un cadre précis cinématographique : le commerce de deux corps autour des pieds, des sexes, des cheveux….
Ce commerce est évidemment plus qu’un commerce d’argent : le coiffeur fait beaucoup plus que couper des cheveux, le vieil homme beaucoup plus que se faire couper les ongles de pieds, la prostituée offre beaucoup plus que son sexe.
Ces commerces révèlent, j’espère, que nos âmes sont peut-être autour de nos cheveux, de nos sexes, de nos pieds…
Le corps est aujourd’hui, plus que jamais, ce qui nous révèle spirituels, métaphysiques.

N’est-ce pas une utopie de vouloir raconter le monde avec ces corps, juste en quelques plans ?

Oui, mais le but de cette utopie, comme de toute utopie, n’est pas de changer la réalité du monde : il est de nous permettre de raconter et de penser le monde autrement. L’intelligence du spectateur est infinie. Il est difficile pour un cinéaste d’être à la hauteur de l’intelligence du spectateur.

Ces corps ne sont pas seulement un prétexte à filmer le temps. Ils sont la matière, la chair du film. Ces corps représentent le temps d’avant le film mais aussi la vie captée par le cinéma durant quelques minutes de tournage.

Le plan séquence permet ici à la pensée de travailler librement. Le spectateur a apparemment peu à voir : seulement deux corps sans visages. Son esprit est concentré sur le sens de ces corps, mais aussi sur sa place de spectateur. Pourquoi regarde-t-il ces images ? Qu’est-ce que le cinéma ?
Ce que nous croyons filmer se révèle sans doute autrement et dans un temps plus lointain.

Corpus /corpus se situe-il à la frontière du documentaire et de la fiction ?

La frontière entre le documentaire et la fiction est très floue. Je ne suis pas sûr que le documentaire existe, et la réalité non plus d’ailleurs. Il y a des regards de cinéastes, des points de vue sur le monde : donc des films. Mais filmer l’ordinaire de la vie n’est pas opposé à la dramaturgie cinématographique. Nous ne filmons pas la vie. Nous mettons en scène la vie pour un film.

christopheloizillon.fr