Les invendus (Jean Scheurer)

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Texte d'Yves Tenret paru dans le livre « D’étoiles et d’écrits » en 2002.

Les invendus.

« Il avait l’impression d’une chair pleine et tiède pesant sur son cerveau. Son cerveau céda. Un parfum d’embrassements l’envahissait. De toute sa chair humble et affamée montait une muette imploration vers l’amour. » James Joyce

JEUNE, je voulais inventer de nouveaux sentiments comparables en puissance à la haine et à l’amour. Ou, triste pitre, être maître du monde. Ou bien, un chanteur de rock… J’étais bien décidé à ne jamais aller travailler !

Je voulais faire la guerre de la liberté avec générosité et colère. Je désirais une poignée de femmes et je haïssais déjà toutes les voitures. Je voulais rester pauvre et insouciant, ne rien posséder. J’y suis arrivé… Je voulais détruire l’idée bourgeoise du bonheur. Je voulais être l’émeute pour elle-même. Bouffon ! Je croyais que l’art allait s’emparer du pouvoir pour le détruire. J’étais un voyou. Que suis-je devenu ?

Dernièrement, je disais à un type : Je suis un petit bourgeois. Il m’a répondu : Arrête de te vanter !

Je voulais réinventer la révolution, être le révolté le plus artistique de tous les temps et le bohème le plus révolutionnaire de l’histoire occidentale. Je voulais être libre et mettre la vie quotidienne à l’ordre du jour. Parfois, je rêvais même carrément d’une nouvelle civilisation.

Je voulais n’être au service de rien ni de personne. Je voulais réactualiser Dada, détruire. Je voulais remplacer la valeur d’échange par la valeur d’usage. Je voulais transformer mes activités artistiques en critique et mes critiques en œuvres d’art. Je voulais en finir avec le pessimisme de la redite, m’arracher toutes les vieilles peaux mortes, les formalismes.

Je voulais lutter contre la banalisation du monde, multiplier les découvertes subversives, aimer et défendre toute la confusion et le malaise qu’il y avait en moi, déchaîner une inflation mortelle dans le monde des concepts, abolir toutes les spécialités et tous les spécialistes. Je voulais déconstruire le système. Je voulais, en le dépassant, réaliser l’art !
Je voulais être maître de mon temps et ne pas être asservi aux choses… Je rêvais de produire des bouleversements tellement subtils que personne ne les remarquerait. J’étais fanatique. Je voulais découvrir une nouvelle manière de vivre. Je voulais que la vie soit enfin plus intéressante que l’art.

Je désirais de toute mon âme la hiérarchie mobile. Je voulais créer un corps antihiérarchique d’anti-spécialistes. Je voulais le potlatch. J’essayais, jusqu’à l’oubli de moi-même, de me perdre dans la contemplation de nymphettes. Je voulais le jeu sans la compétition et sans le gain. Je préparerais sans cesse mon corps (et mon âme !) aux infinies possibilités ludiques à venir.

J’étais un viveur et je voulais une vie à la mesure de mes désirs. Je détournais tout ce qui pouvait l’être et je me croyais au-delà de toute récupération. Je voulais que la tâche de l’art ne soit plus de traduire la vie mais de l’étendre. Je voulais délivrer l’art de l’artistique, être le premier artiste d’une société sans classe. Je voulais transformer la pratique de l’art en activités délictueuses. Ah ! Être désinvolte ! Je voulais en finir avec le roman, tourner définitivement la page de la rédemption par l’œuvre.

Je voulais plus que tout dissoudre en moi-même le désir d’être aimé par les autorités. Je voulais le paradis sur terre sinon rien ! Je voulais transformer mon époque. Je ne voulais pas me satisfaire de peu. Je voulais modeler directement la vie. Je voulais réaliser ce que les artistes n’avaient fait que rêver. Je voulais balayer la résignation et je voulais mettre fin à l’inévitable servilité de l’artiste…

Avec qui ? Avec Jeannot Tapin et Tijean Tarin et Jihad Marin et Willie Wharin et Nibard Narin et Finaud Lapin et Bimbo Barin et Pineau Parain et Minable Malin et Hirsute Harin et Rinbad Robbin et Dindon Dondin et Pijak Pajin et Vinbad Varin et Linbad Yarin et Xinbad Phtharin.

Le résultat fut nettement supérieur au point de départ. Je fus essentiellement une entreprise de resacralisation. Du quotidien entre autres. Un mythe, une légende ! Le plus extrémiste, le plus infréquentable des marginaux, connu de tous de par son style provocateur, intransigeant, élitiste.

J’étais un as du verbiage, un tapeur effronté, un escroc. Comme tous les inorganisés, les autodidactes, j’avais une gueule, des comportements et des idées de flic (en civil — les cheveux aux fesses…). Je fumais comme un salaud, buvais peu, essayais tout ce qui passait. Je me tapais n’importe qui et même n’importe quoi. Quel bonheur ! Merci les frangines. Je faisais appel à la soumission, à la révolte, aux passions. Je phrasais de près, de très près.

J’ai été le dernier authentique artiste d’avant-garde. Il y a une justice : je me prenais pour un dieu et je n’étais rien… J’ai en vain dénoncé l’anéantissement de tout élan vital et fini par faire de l’absorption de vinasse un art. Mon dieu ce que j’ai bu. Et comme alors je parlais bien le désesperanto !

Bloqué au stade esthétique, j’ai fait de la promenade sans but précis un art. J’ai été vandale. Et comment ! J’ai transformé l’art en culture, et la culture en marchandise. J’ai combattu de toutes mes forces le fonctionnalisme. Je n’ai légitimé comme comportements révolutionnaires que les actions les plus radicales. J’ai eu des comportements sectaires. J’ai été pressé, très pressé.

J’ai été hippie, contre-cultureux, américain. J’ai fait reculer les bornes du narcissisme.

J’ai fait de la fermeture sur moi-même une qualité. Et à cause de mes irrépressibles aspirations à la pureté, j’ai beaucoup contribué à l’extension de la passivité. Faisant de la pose un usage nouveau et de l’esprit de sérieux un emploi constant, j’ai souvent manqué d’humour. J’ai accentué le désenchantement dans lequel baigne notre monde.

J’ai introduit le doute dans la lutte des classes. Si j’ai certainement vu juste en critiquant dans le militant une forme de masochisme chrétien, j’ai eu tort en n’accordant de valeur exemplaire qu’à ce qui transgressait l’ordre bourgeois. Les mœurs !

J’ai posé une exigence de cohérence entre la vie réelle et les idées proclamées. Je suis devenu le plus avancé des loosers. Apôtre d’un militantisme idéologique tourmenté, j’ai usé d’un style provocateur, intransigeant, élitiste. J’ai taggué des slogans dans les rues de Lausanne, de Paris et d’ailleurs. Je me suis servi du scandale à des fins personnelles. J’ai été. J’ai perdu toutes les guerres que j’ai menées. J’ai plus souvent qu’à mon tour renvoyé au lendemain ce que j’aurais pu accomplir le jour même.

Cela m’a maintenu en marge de tout. Je me suis perdu dans mon idéologie du dernier mot à tout prix. J’ai été par excellence la victime de mes illusions biographiques rétrospectives. J’ai rencontré de très jeunes filles. J’ai eu une vraie passion pour les borderlines. Je l’ai moins.

J’ai manqué d’intériorité avec une constance incroyable. J’ai créé un ton distancié, cynique qui a été extrêmement contre-productif au vu de mes propres objectifs. J’ai été d’un radicalisme mal intentionné. J’ai eu une confiance messianique en la capacité révolutionnaire des masses. Je me suis volontairement autodissous. Je suis resté bloqué dans la pire des illusions : les avant-gardes. J’ai inventé la contestation comme bien de consommation comme un autre. J’ai toujours été mimétique. J’ai eu beau pratiquer la parodie, la dérision, je suis resté d’un sérieux à faire périr n’importe qui d’ennui. Quelle plaie !

J’ai estimé mon ennemi plus que je ne m’estime moi-même. N’est-ce pas lui qui me rendait si beau, si vaillant, si léger ? J’ai aimé la femme à genoux, j’ai aimé la femme debout. J’ai aimé la femme de face, j’ai aimé la femme de dos. J’ai aimé la vieille fille, son désarroi, son côté mission impossible. J’ai mélangé espoir et désespoir, violence et ingénuité. J’ai été et je suis resté la vile multitude. J’ai abusé d’un jargon déclamatoire et dissimulé toutes mes incertitudes. J’ai tant et trop aimé me faire du cinéma, les histoires, les héros pour les gamins. J’ai été cyclothymique, mélancolique, braillard. J’ai constamment dû lutter contre l’envie de m’achever. Ça vient de loin ça. Paix sur la terre aux femmes de bonne volonté ! Aimez-moi les unes les autres… J’ai désiré tout et rien. Le beurre et l’endroit où le mettre.

En tout cas, con, mon ratage, je l’ai réussi. Faire l’impasse sur la guerre des acariens et toute la vie sauvage de la moquette ! Donner un coup de Javel là-dedans. Me teindre en blond… Je ne vois plus qu’une solution, changer de nom, partir très loin, tout recommencer à zéro…

Mais venons enfin à notre lapin… Plutôt que rose comme un ver de terre, Jeannot Tapin aimerait être bleu comme l’encre, ou rouge, éructant comme la radasse d’en face :

– POUAH ! Que cette société est molle !

Ou encore, vert comme moi-même, noble vieillard :

– Comment va son Impertinence ?

Oui ! Quand il n’y a plus de place au sana, les tubards reviennent cracher en ville…

Il voudrait pouvoir user facilement d’un ton légèrement auto-dépréciatif,
Ce ton discret et élégant par lequel les hommes du monde se distinguent des pédants.

Jeannot supporterait même d’être jaune comme le palpitant d’un œuf,
Ou encore, O buveurs désolés, buvez ! digestion mauvaise encombrée de cauchemars, marrons — trop bon, trop con…

Il pourrait être blanc comme neige, immortel calviniste,
Ou noir comme un cochon, roublard et timoré, incrédule et superstitieux,

Ah ! faire n’importe quoi, n’importe où, à n’importe quelle heure et avec n’importe qui !

Ou même violet comme un cyanose auquel l’orgie donne des envies d’ascétisme et la tarte aux pruneaux des désirs sadiques,
Mais gris, non ! De non, de non ! Ou alors juste un peu…

Qui a dit : «Je pense que c’est toujours dans les endroits les plus calmes qu’il peut se passer les choses les plus intéressantes ? » Griffonne tes bonnes pensées sur les mauvaises réponses :

1. Le Dalaï-Lama ?

2. Ho Chi Min ?

3. Jeannot Tapin ?

4. Brigitte Bardot ?

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TU VIVRAS DANS LA DOUCEUR…

Il n’y a pas que le suicide qui devrait être interdit. La mort lente devrait l’être aussi. Notre société n’a plus qu’un seul idéal : consommer. Ceux qui luttent pour que leur droit à une vie molle soit reconnu se heurtent à des adversaires de tous bords. Tu as été enfanté sous péridurale, tu vis sous Prosac, tout ton être aspire à la douceur, ne te pose pas de question et vis dans l’insatisfaction. Ne sois ni sado ni maso. La violence est toujours morbide. Ne t’exalte pas. Fuis l’héroïsme, le martyr et la mort vie brutale.
Qui cherche le bonheur trouve le confort ! Qu’en est-il d’une société qui demande insatiablement sa dose de conte de fées, de guérisons miraculeuses, d’amours heureuses, d’associations humanitaires, de casques bleus, d’interventions pacificatrices ? Qu’en est-il d’une société qui crée des êtres tels que vous et moi ?

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Vive la gauche caviar !

1. Nous voulons chanter la nonchalance, la faiblesse, la prudence et l’amour de la sécurité.

2. La littérature ayant jusqu’ici magnifié le mouvement agressif, les truands et l’insomnie fiévreuse, nous voulons exalter l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil.

3. Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : le surplace. Nous haïssons le mouvement.

4. Nous voulons cracher sur l’homme qui tient le volant.

5. Dorénavant, l’artiste sera essentiellement velléitaire.

6. Notre prose sera une douce caresse faite par l’homme couché aux forces inconnues qui le dominent.

7. Le trou est très profond… A quoi bon regarder dedans ?

8. Nous voulons glorifier la paix, le pacifisme, un monde sans frontière, sans conflit, l’espéranto, le volapuk et les joies de la maternité.

9. Nous voulons ouvrir de nouveaux musées, collectionner encore plus de nouvelles choses, créer de très grandes bibliothèques, combattre l’amoralisme et toutes les bravades inopportunes et gaspilleuses.

10. Nous chanterons les grandes foules désœuvrées ; les ressacs multicolores et polyphoniques des expulsions dans les capitales anciennes ; le silence nocturne ; les gares désertes et fermées ; les lourdes péniches naviguant sous la pluie.

11. Couché sur notre canapé, lançons encore une fois notre défi aux étoiles : repose en paix !

Le temps des faibles.

Ceux qui revendiquent le droit à une vie pulsionnelle seraient aussi ceux qui accepteraient toutes les régressions. L’argot, la délation, les totalitarismes ! Tel est l’argument triomphal des contempteurs de la vie molle. Cela doit être vrai. Il n’y aurait pas tant de renoncement et de moutonnerie sans l’acquiescement pathétique de ceux qui sont pris de court par la sollicitude sociale. Dans la situation actuelle, l’individu qui entend gouverner jusqu’au bout sa propre vie doit se méfier des injonctions insidieuses.
Tu l’as dit, Micky. L’appareil médico-policier qui nous gouverne n’aime pas la vie molle. Pour lui, c’est une manifestation de désertion sociale, un refus de vote, une impertinence. L’autocratie thérapeutique ne peut pas d’un côté répondre à la demande de surveillance, d’assistance et de sollicitude de ses administrés, et tolérer d’un autre côté qu’on se soustraie de son propre chef à cette tutelle. Donner c’est donner. Dès lors qu’on s’est confié corps et âme aux services de l’État, il est évident qu’on discrédite celui-ci en lui faussant compagnie.
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L’UNIVERS EXALTANT DES PULSIONS. Le vieil exhibitionniste prie au coin des rues toutes les nuits ! Tout ce que tu penses t’a été dicté par tes maîtres. L’instinct de mort, les pulsions destructrices, la misanthropie, l’agressivité, tout ce qui aspire à son dépassement et donne un peu de goût et de couleurs à la vie est impitoyablement censuré. Les médecins sont devenus nos nouveaux directeurs de conscience.

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DOUCEUR CONCENTRÉE ET DOUCEUR DIFFUSE.

O volupté de l’Internet. Enfin seul ! Pendant que les transnationales brevètent les micro-organismes, les betteraves sucrières, les tensions ethniques, les souris de laboratoire et les composantes du génome humain, des technocrates préformatent la vie sous tous ses aspects, et inventent pièce par pièce un homme nouveau, plus docile et plus malléable aux impératifs du monde machine.

Rappelle-toi Barbara… Si la douceur est d’époque, soyons doux. Et déprimé… Si on ne peut plus s’associer à personne, soyons solitaire. Et désespéré… O.K. ? Tope-là ! Mais quand vont-ils me réinjecter mon cerveau ? Et cesser de me protéger contre moi-même ? Plus c’est transparent, plus c’est démocratique, moins on y comprend quelque chose. Pour finir, qui nous tond ? L’éloge du changement nous est chanté sur tous les modes, mais nous ne vivons que pâles routines. Et partout des flics, des militaires en armes, des sas, des portails qui sonnent, des caméras, des contrôles inopinés, des cartes bancaires, des téléphones portables, une sélection drastique, des riches terrifiants, la peur et la solitude. Et cette suspicion constante avec laquelle ils nous traitent.

Hululements.

Aboyons à la lune ! Soyons sérieux, patient et laborieux. N’ayons pas peur de dire oui. Abandonnons toute ironie. Dans un monde où tout est devenu parodie, arrêtons de prendre nos petites craintes au sérieux. Cessons de vouloir aller bien ou mal. Soyons fluvial. Hydraulique ! Immergé…
À bas les monopoles ! A bas l’Exil !

Épiphanie toi-même ! Énergie offensive. Se voir de l’extérieur, avec détachement, humour—les bons moments. Démolir ce qu’on aime. Crise anti-théoricien (à la mords-moi le nœud). Affirmer l’existentiel, être amical, souple, joyeux, anecdotique. La réussite c’est la destruction de l’ego.

Je me sens de plus en plus souvent comme à côté de moi-même.
Je pense qu’on attache trop d’importance à l’homme. L’une des sources de mon humour : le relativisme, la bonhomie.

Remarques désabusées sur l’Idéal. Sortir de l’autocommunication, parler aux autres.
Comme je me vois : un certain génie qui est fait d’une complète innocence stylistique, d’un caractériel bâclage stylistique qui fonctionne bien dans la contrainte et pas du tout dans la liberté. Un style speed, spontané, violent, impétueux !

Tu bois pour détruire tout. Ton côté pantin, marionnette qui s’agite dans les étagères.

J’ai lu et relu Ulysse dans ma chambre de bonne à Paris parce que j’avais besoin d’une bible, d’un catéchisme de la dévotion à l’art. Pour moi, James Joyce, c’est le monologue, le vomi, le remangé. J’adore vomir ! Remâche… L’ironie, la distance. L’attirance pour l’inassouvissement. La vie contemplée, jamais vécue, parfois un court arrachement. Il vole ! L’érudition gratuite, la passion pour le truc en lui-même. Un homme yin. Fragile, amusé, souverain. Insubmersible. Détraqué. Mon autre…

Pourquoi ai-je toujours refusé de penser ? Comme si j’étais capable de faire autre chose… Sentir, décrire, pister.

Moi qui suis cupide, suret, rance, insatiable, éternellement insatisfait, baveux, morveux, moi qui m’intéresse si peu, pourquoi n’arrivais-je jamais à parler d’autre chose que de moi-même ?

Qui avais-je insulté ? Qui étais-je ? Que voulais-je ? D’où venais-je ? Quelles images utilisais-je ? Qui avais-je envoûté ? Que faisais-je de mes journées ?
Comment dire que les moments les plus féconds de mon existence ont été ceux pendant lesquels la vie me semblait la plus dure ? Que ce qui m’a égaré, c’est ma croyance au perfectionnement moral. Mon Dieu, j’ai tant aimé glander. Et comme cela était difficile et angoissant !

À Paris, du temps de la rue des Archives, j’étais tellement mal tout le temps que je finissais par être bien, comme rentré chez moi… Ma zone et sa vivacité. Mon attirance constante pour le sordide.

Quelle satisfaction, quelle plénitude que de tout subir, d’être puni, empêché, brimé… A Paris, il y avait cette terreur.

Cette idée de raconter des histoires mon Dieu comme c’est ringard. Et comme le cinéma, les romans, la télévision m’ennuient ! Rien n’est plus beau que la théorie, les souvenirs, les impressions fugaces, les épiphanies, Tchékhov, Joyce, Céline, Proust, des livres à chaque ligne bouleversants et tellement mal foutus, asymétriques, monstrueux.

Dans le fond de Renens, il y a des clampins qui chantent les rêves qui les hantent. Il y a des clampins qui boivent et qui reboivent encore. Ils boivent à la santé des ribaudes de Chavannes, d’Echallens ou d’ailleurs. Enfin, ils boivent aux dames.

Mais qu’est-ce que cette maudite dame ? Qui est-elle ? Que fait-elle ? Cela vaut-il vraiment la peine de boire à sa santé ?

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Je ne pense pas qu’à ça,
mais quand je pense c’est à ça.

Il est sûr que la femme ne vous est pas totalement inconnue. On voit sa silhouette multicolore fleurir partout dans les boutiques si bien achalandées et sur toutes les couvertures des magazines spécialisés. Il est aussi à parier que quelqu’un vous a déjà parlé de la femme, la présentant comme un paradis pour l’utilisateur, avec ses belles formes et ses menus si conviviaux.

Mais attention, la femme n’est pas la panacée. Même si, à côté de l’homme, elle fait figure de remède miracle, la femme peut aussi vous réserver quelques surprises.

La femme est un être logique, au même titre que des milliers d’autres que l’on trouve dans des boutiques ou dans la nature. Pourtant, elle n’est pas logique au sens où on l’entend habituellement, c’est-à-dire comme un programme permettant d’écrire des lettres ou de jouer à la Guerre des Etoiles. Il s’agit plutôt d’une interface, autrement dit un intermédiaire, qui va modifier la façon dont vous allez jouer avec votre sexe.

Pendant des années, la femme a été calquée sur le modèle des machines les plus courantes. Si bien qu’elles ressemblaient à ces machines : on entrait des mots et des chiffres dans une oreille et tout cela ressortait par l’autre. Ces femmes ont fait leurs preuves, mais à la longue elles sont mortellement ennuyeuses. Elles sont ennuyeuses parce qu’elles ont été conçues, il y a des lustres, pour et par des accros de la femme ; de joyeux drilles qui imaginaient les femmes confinées à jamais dans des salles étroites, où d’austères jeunes gens en blouse blanche et un bloc à la main prenaient des notes en regardant tourner les dames. Ils ne pensaient pas un jour voir M. Tout le Monde utiliser une femme au bureau, et encore moins, pour son usage personnel, à la maison.

Notre article balaie toute ressemblance avec une machine du passé et actualise le look de la femme. Il remplace les têtes vides, les images et les boutons par des têtes pleines. C’est éclatant et moderne comme une nouvelle cafetière ultra perfectionnée.

Dans la mesure où notre article ne ressemble pas aux autres vieilleries et qu’il fonctionne différemment, l’apprentissage peut prendre quelques jours. Mais vous n’avez certainement pas fait un excellent café avec votre nouvelle cafetière dès le premier jour, n’est-ce pas ?

Comme le surveillant général à la cantine, la femme contrôle toutes les parties de votre intérieur. Vous vous mettez en route, partez au bureau, elle veille sur vos poissons rouges. Elle est là pour veiller à ce qu’il n’y ait pas de chaos dans votre environnement.

Tout en maintenant l’ordre, la femme rend les opérations plus faciles. Elle vous affranchit notamment d’une coutume tout à fait rébarbative : embellir votre sinistre intérieur.

Lorsqu’on presse « Entrée », la femme obtempère, charge vos instructions et les affiche sur son écran facial. L’homme est strict et hermétique. Il ne donne pas d’indices. Il oblige sa compagne à mémoriser tous ses caprices.

La femme remplace la lugubre invite par des petits cris (ou par le mutisme). L’homme est un sec rabat-joie qui n’aime que le mot d’ordre qu’il comprend.

L’homme reste traditionnel, et il a fait ses preuves. Toutefois il est aussi sibyllin qu’une feuille d’impôts. C’est un programme mesquin et malveillant dont il faut connaître la syntaxe bizarre sinon il ne vous écoutera pas.

La femme, elle, joue cartes sur table. Elle surpasse l’homme pour encore une autre raison : les hommes fonctionnent tous de la même façon. Par exemple, une invitation et une offrande requièrent des commandes de sensations différentes. Si vous travaillez avec quatre femmes distinctes, vous devez mémorisez autant de commandes de sensations.

L’acquis contrôle les gènes et ceux-ci créent les femmes pour les hommes, si bien que toutes les applications Femme fonctionnent plus ou moins de la même façon. Quelle que soit la société qui a écrit le programme, et quel que soit le programme les trois touches à presser pour la commande de satisfaction restent les mêmes. Cela signifie que vous n’avez qu’un mémo collé à votre écran au lieu d’une douzaine !

L’homme, en dépit de ses défauts, a au moins le mérite d’être clair, parce qu’il ne gère qu’un seul programme à la fois. Chaque programme apparaît à l’écran puis laisse poliment sa place à un autre sur le devant de la scène.

Avec la femme, au contraire, plusieurs applications peuvent être ouvertes en même temps. Il peut donc arriver que les programmes se chevauchent ou se recouvrent les uns les autres. Parfois ils disparaissent complètement.

Attendez-vous à quelques déceptions lorsque tout ne se passe pas comme vous l’aviez prévu. Vous serez tenté de vous lever, de vociférer, et de balancer le bébé à l’autre bout de la pièce. Lorsque vous aurez repris vos esprits, ouvrez calmement la porte, cherchez la source de vos maux et recommencez.

On trisse au pays vermeil.

Pur, vil

Et presque

Déjà mort.

Dès lors,

Dégrise

Ou crise.

La mouise,

Dehors !

La noix plus haute

Semble un grelot.

D’une main qui saute

C’est le galop.

Elle fuit, s’élance,

Puis en cadence

Sur le gland danse.

Enfin le flot…

La tumeur approche.

L’édenté la redit.

C’est comme la hache

D’un boucher béni,

Comme le cri de la foufoune,

L’audimat, la foule

Qui tonne et qui roule,

Et tantôt s’écroule,

Et tantôt s’esbaudit.

Nietzsche ! La prise de tête :

Des Net Surfeurs ! Quel air con

Ils ont. Fuyons !

Grimace profonde,

Ce teint, mes hanches

Et le nombre qui rampe.

Saleté de livres qui

Montent jusqu’au plafond.

Est-ce amusant le temps qui passe

Et crayonne en ricanant ?

Des types, que son vol tracasse

Claquent comme un rôt dedans.

Hommes, lourds et lents,

Broutant dans l’espace vide

Semblent squelettes livides

Qui portent tags aux flancs !

Brabançons mêmes,

S’astiquent où nous croupissons.

Quelle nuit dehors !

Pieuse acmé

De désirs et d’inhibitions enlacés.

L’outre du moi rejetée,

Noie aussi la honte mouillée,

Et la vieille trouille rouillée

Bande à arracher ses gonds.

Cuit, rachi ! Poids qui hulule

Et qui pleure !

L’horrible dessein, poussé

Par l’ambition, ô ciel,

Sans doute, j’en rabats ou je meurs.

Fléchissons sous le sombre aiguillon !

La mienne couine et danse, tranchée.

Et l’on dirait que, d’un mol arraché,

Ainsi qu’elle masse des écueils séchés,

Cette dextre la mouille. Elle glousse.

Bon…

Schmect ! Si demain me sauve

De ces minables et déments y croire

J’irais ânonner au monde désenchanté

Qu’il revient l’exécré ! Chaque soir,

Faites que devant mon poste fidèle

Demeure mon souffle d’étincelles,

Et qu’en vain le doute bêle,

Crie et grince à mes neurones hilares :

Tu es dépassé ! — Ta morte

S’envole et fuit, et tes pieds

En flamme te portent

Loin de la sacrifiée.

Mère ! Belle pensée malsaine.

Dans les années prochaines,

Frissons, grande aubaine,

Sous le masque, niez !

D’étranges minables

Viennent encore

Comme des crabes

Quand tout mord !

Au-dedans du rêve,

Pourtant s’achève,

La brève fièvre.

Dors…

Gosseline funèbre,

Fille du fracas,

De chaque vertèbre,

Presse ton pas.

Si saine l’onde,

Aussi profonde

Qu’elle gronde,

Ne t’y noie pas.

Qui t’endort,

C’est une blague

De la mort.

N’aie crainte

Puisque éteinte,

Quelle feinte !

Tu dors…

On coûte

Et nuit.

J’écoute…

On luit.

On lasse.

Elle passe

Et tasse.

Et puis ?

*********************

Jubilation, tel est mon nom.

Quand j’étais à l’internat, non mixte évidemment, on chantait :

On en a marre défaire l’amour avec des femmes,

On veut des hommes, des jolis hommes.

Sur le linoléum, si tu veux mettre toute la gomme,

L’Islam le proclame et acclame cette flamme,

Prend de l’opium ad libitum et touche-toi le Te Deum.

Un copain m’avait d’ailleurs promis de m’acheter un externat quand je serais plus grand. J’attends toujours…

Trop cher sans doute !

Rien de grandiloquent. On crève.

Le progrès moral.

Terroriser le quotidien.

Le groupe, le lien, la violence du négatif.

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30 000 SIGNES POUR LE 15 MARS

Suce-le toi-même ! Sucette ! Misha, Yi pense à celui qui demandait à voir ton oeil-de-perdrix ou à goûter de ton gaspard, amer et chaud. Ichthys ! Pêche interdite ! En veilleuse ! Entre voyelles et consonnes ! De quelle taille était son meilleur ami qui l’enivra pour l’embarquer à bord de la galère ? Quel tricheur ! Saleté de ministre !

Je veux mordre la main qui me nourrit.

Vagabonds, peuple de la nuit, mages, casse-pieds, faux prophètes, bacchantes, gentilles flirteuses, expirés et inspirés en tous genres, écoutez mon histoire ! Elle est vieille, elle est moche, elle pue mais je l’aime plus que moi-même et que mon père que je n’ai pas connu.

Dans le beau et si propre pays de Jeannot Tapin règnent les maîtres de l’ennui. Comment rendre impossible le possible ? se demandent-ils. Ce ne sont pas eux qui crieraient : Veux-tu cela ? Le reveux-tu ? Une fois ? Toujours ? A l’infini ? Désires-tu l’éternel retour du même ? Eux marmonnent :

– Ça va ?

– Ça va…

Il est temps de mesurer et temps de se perdre, temps de se souvenir et temps d’oublier, disent-ils. Il est temps de cochon, ajoute Jeannot.

Quel barjaqueur, ce Tenret ! Les Vaudois, de tous les Suisses, sont les plus coquins. Des vrais marrants ! Ils babolent vraiment sans arrêt. Qu’est-ce que je voulais dire ? Je ne sais plus. J’ai un blanc… On se fait une petite poutze ?
Très tôt Jeannot se révolte, inverse, bouleverse l’ordre des priorités.
Il médite : quelle distance gigantesque entre le noir et le blanc, entre la source du visible et les confins du visible ! Il réfléchit en silence, tout en tapant le carton et en se recommandant deux de blanc.
Quel bougillon, ce gamin ! Tout en taquinant, il agende rendez-vous sur rendez-vous. Et pas au bar à café !
Il se raconte des histoires, ce bracaillon. Tout un aiguillage dans lequel il s’embardoufle.
Il s’amuse comme un fou. Hue ! Avance ! Allez ! Vas-y ! Allez, aitidieuds ! baste maintenant. Espèce de vieille batoille !
Il aspire à la perfection, il lui manque toujours quelque chose, il court sans cesse vers l’avenir. Et ça ne se voit pas ! Il semble ne jamais écouter, mais il entend tout…

S’il trouve des pommes de pin, adieu, cet espèce de badadia va bombarder les voisins, tous des bobets. Au lieu de faire les à-fonds ! Il est à baffer.
Même petit gamin, dans la cuisine agencée de ses parents où il faisait bon chaud, il pétouillait en criant : cette fois-ci, on est beaux ! Alleingang ! Autogoal !

Je suis accro, je suis « addict » des filles qui font de l’aérobic. Voilà de l’abstrait ! De la couleur !

Poussons une grande bramée de détresse et advienne qui pourra…
Quand un chien furieux le poursuit, il se sait amendable.

Vite il escalade le mur sans bruit. A toi les amours ! Ailez donne un bec à ton chéri. Et fais-la rentrer dans son trou.

Vieille bedoume. Ramasse ton chenit et en avant ! se dit-il prêt à refaire un tour du monde.

Dans la femme tout se mange.

Enfin, c’est plutôt comme ça qu’en vieillissant, je sens la chose… Long hommage rendu à de grêles Vénus et à de gracile Lucrèce. Gothique, maniéré, érotique, se tourmente à son tour du regard, du désir, de l’émoi ?
L’art est la part non encore réalisée de nous-même et tout ce qui est cela en est. L’art est une promesse de bonheur.

Du moins, il y a dix ans je croyais encore cela. Depuis, un fréquentation assidue de ces pratiques m’a amené à penser que le vieil art n’a plus qu’une seule vocation possible : magnifier le quotidien tel qu’il est dès à présent.

La liberté ou la mort !

Défonce, mélange, révolte.

Sortir de soi-même

Lecteur pénitent, soiffard, taillant jours et nuits dans le carton des mots
Elles se mettent volontiers à genoux. Elles sont au-dessus de tout ça. Mais nous comment nous mettons-nous ?

Proposer la botte à n’importe quelle gourgandine qui passe.

Besoin de promiscuité.

J. T. ne gueule pas. Il est incapable de gueuler. Il sait ce que c’est l’art. Aucun rejet, aucune question. Juste une absence de toute justification. L’ironie. Toujours en retrait, pragmatique. Sur la défensive.

Ça vie, ça vient !

Oui, j’ai dit oui. Je veux bien. Oui. Pouvais-je encore ? J’ai tremblé, durci mon sweater, serré les chicots.

Oui, je suis toqué de tes vallons, épris de ma fatigue (l’extase !), jamais lassé de tes collines affaissées. Et que dire de ton cou altier, de ta nuque glabre, objets de tant de mes méditations ! Petit Ballon. Grand Ballon. L’air conditionné. La Vallée de Bonhomme. Ça défonce !

Il préfère regarder les seins de Machine plutôt que le paysage, dit-elle. Mais ils sont mon paysage.

Et si j’ai offensé la tourte, pardon ! Et aussi pour les feuilles mortes (saleté), les épines, le gravier, les sapins et l’animal totem entre tous — le cochon. Pardon, pardon, pardon !
Mais pour ce qui est de se faire aboyer dessus l’impératif catégorique :

Admire le paysage !

— Non merci. Sans moi…

MARCHER POUR MARCHER EST LA SEULE DÉLIVRANCE.

Oui, il est interdit de toucher. Trop vieux, trop moche, trop sale, trop propre. J’ai les pupilles qui brûlent. Comme quand j’avais dix-sept ans et que j’étais si, si sérieux.

O ma chaîne, ma cordillère, ma cime. Ta bouche de poisson-chat. Tu verras… Et ta croupe. Je la vénère. Verras-tu ? Verrais-je ? Pénétrer ton sein, caresser tes flancs, flatter tes cuisses, te lécher, ô ! Friandise. Oreilles charnues, rougissantes. Nymphe. Toison orange. Peau de pèche. Merde aux clichés. Désir rentré. Ton K. K.

Oui, j’aimerais tant être drôle et sincère. Cesser d’être insensible. Des gros seins mous. S’y perdre. Des fesses basses, basses, si basses et des hanches… Mon Dieu, par Thomas d’Aquin et saint Augustin. « Ah ! Non pas la splendeur du corps, la douceur du temps, ni l’éclat de la lumière si amicale aux yeux, ni la douce mélodie des cantilènes aux tons variés, ni le parfum des fleurs, des onguents, des aromates, ni la manne ou le miel, ni ces membres faits pour les caresses… » Confessions, X, 6, (8).

Tes hanches ! Je voudrais tant trembler, hésiter, bafouiller, rougir puis repartir en crachouillis comme dans un bon vieux solo de ce bon vieil Albert Ayler. Monter dans un grand arbre puis en riant, sauter…
Fais déjà attention à pas te beugner dans l’escalier et après on avisera.
Il lance des petits glands. Il est en bisbrouille avec les chiffres, mais il apprend histoire de l’art quand même.
Mais une fois sans le vouloir, il se fait arsouiller par tout venant.
Il tombe dans la mare et reçoit une assommée, une astiquée de première bourre.

Comment briser cette mer gelée que j’ai en moi ?

Les barbouilleurs font une fête. Avec leurs amies préférées. Après ils se la racontent mille fois et répètent à tue-tête : c’était bonnard ! c’était chouette !

Plutôt la douleur que le néant, la scène que l’aplatissement, l’humiliation perpétuelle que le confort, pense-t-il. Arrête ton cinéma ! lui crie-t-on de tous les côtés.

On crève.

Mais pas Tapin le clanique. On crève. Le groupe, le clan, la secte, la tribu.
Combien de fois, contraint de le faire, me suis-je rebellé dans ma vie ? Peu de fois… Mais, la frayeur passée, quelle béatitude !

De la secte comme œuvre d’art : apologie du 54e — j’aime ce crétin de Genevois, membre du Temple solaire. Lui au moins cherchait quelque chose. La reproduction : avoir un garçon, une fille, des lapins, des lapines, des idées, une intuition de temps en temps, un peu de courage… Qu’elle est belle l’inhibition ! La résignation/la révolte. Comment cela vient-il ? La poésie des pépères pépères. La femme, la frustration, le groupe : des flashs. La mort – bienheureuse dissolution. Un texte débile sur les sectes et les meufs vus de l’intérieur. Trop tard. Machine l’a fait.

Le petit ventilateur pour baiser par temps chaud. Les invendus de Jeannot, la réussite, les repas sous le tilleul. La provocation : l’enterrement. (Une proposition, je pensais au coup du bouchon dans Finnegans Wake. Le type est mort. On ouvre une bouteille de whisky — Pops ! — Il revit…)

Tout reprendre encore et encore. Tu peux être beaucoup beaucoup plus impertinent, familier, léger — tellement plus nature.

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Trois cents fois unique, tel est le livre que Jean Scheurer imagine en 2002, l’année de ses 60 ans. Sept amis sont invités à écrire sur le travail du cofondateur du groupe Impact: Michel Thévoz, Yves Tenret, Nicolas Raboud, Frédéric Pajak, Clémence de Biéville, Lorette Coen et Pierre-Laurent Ellenberger. D’étoiles et d’écrits est imprimé chez Jean Genoud, des pages sont laissées blanches, en attente d’une intervention de l’artiste. Il pose alors les livres, ouverts, dans son atelier, par série de dix. Il passe de l’un à l’autre, dessine, crayonne, peint, à l’intérieur de chacun, sept, huit, voire neuf pages vierges, faisant de chaque exemplaire un livre unique. Un travail de moine, plus de 2200 pages. «Il y a une évidente jubilation dans cette entreprise fastidieuse, un courage tranquille – et surtout une façon très personnelle et ironique de jouer avec le livre et sa reproduction», écrit Marie- Fabienne Aymon. Isabelle Rüf, {Le Temps}, mercredi 17 novembre 2010.