La Genève rouge de Léon Nicole, 1933-36

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Textes d'Yves Tenret parus dans Nous n’avons rien à perdre, n°2, à Lausanne, en 1975.

On a été voir Marie-Madeleine.

Nous aimerions entreprendre par le biais de Nous n’avons rien à perdre deux choses qui nous paraissent fondamentales.
La première serait de reconstituer cette sacrée mémoire populaire, la mémoire des masses de chez nous. La seconde serait de diffuser des informations symptomatiques du malaise créé par le remplacement de l’état de guerre (sociale) par un état de diplomatie généralisée. Toute information est donc bienvenue.
.

Entretien avec M.-M. Grounauer à propos de son livre La Genève rouge de Léon Nicole, 1933-36, Éditions Adversaires.

L’histoire pour moi c’est rompre le silence, c’est montrer que chez nous il y a eu aussi des luttes sociales violentes et que la Suisse n’a pas toujours connu la paix sociale.
Dans les écoles, on ne parle pas des luttes ouvrières, mais de la bataille
de Morgarten et autres mythes bêtifiants, c’est moins dangereux.

.

Quels sont les fondements méthodologiques de ton travail ? Quelle est l’importance réciproque des différents éléments dans l’analyse d’ensemble ?

— Pour moi, les années 30, ça a été la découverte d’un
autre monde. J’ai tout de suite été frappée par la façon
différente de parler des gens, par leur violence verbale. Il
m’a semblé qu’il fallait essayer de restituer le climat politique de l’époque, donner la parole aux contemporains en
faisant de larges citations. Je suis allée consulter la masse des
journaux, journaux d’opinion, de partis, de gauche et de
droite. Puis je me suis plongée dans le Mémorial des Séances
du Grand Conseil. C’était passionnant, j’ai mieux compris
les luttes, les antagonismes de classes, les enjeux de l’époque. Et aussi, ça a pas mal remis mes travaux en question.
Au départ, je voulais montrer que le réformisme n’était
pas possible, je pensais trouver une extrême-gauche crédible
et je me gourais complètement. On ne pouvait pas être
aussi schématique. Ça m’a amenée à me poser pas mal de
problèmes. Quelle ligne avaient suivi les différents groupes
politiques ? Quelles étaient leurs forces respectives ? Quel
était le poids du réformisme dans l’histoire du Parti socialiste ? Comment s’est développée la crise économique ?

As-tu interrogé des contemporains ?

— Oui, je suis allée voir plusieurs militants, par exemple
Louis Piguet, Lucien Tronchet et aussi des militants de la
base ou des gens qui n’ont pas été directement mêlés aux
luttes politiques de l’époque.

Mais il n’en reste rien dans ton livre…

— Ce qui reste de ce que m’a raconté la base, ou Piguet,
ou Tronchet, c’est l’esprit de ces années-là. J’espère ne pas
l’avoir trop trahi. Après la sortie du bouquin, beaucoup de
gens que je ne connaissais pas, mais qui avaient vécu l’époque m’ont téléphoné pour en parler. Ceux de gauche, en
général, étaient contents. Il y en a même qui m’ont dit, en
parlant des luttes d’actions directes qu’ils avaient vécues :
« Mais c’est vrai, on avait fait tout ça et on n’en avait plus
le souvenir. » Et la sortie de ce livre m’a permis de connaître
d’autres militants, souvent obscurs, qui m’ont appris beaucoup de choses. Dernièrement, je suis allée voir un ancien
militant du Théâtre Prolétarien. On n’a plus aucune idée
de ce qu’ils faisaient à l’époque. C’était déjà une forme de
théâtre de rue mais, en 1939, il y avait 5000 personnes sur
la Plaine de Plainpalais pour voir les « Fêtes de Mai ». C’est
fantastique !

La paix du travail, en 37, serait le moment charnière de ce processus d’occultation de la mémoire populaire ?

— Je crois que c’est surtout la guerre. Tu vois, dans les
moments de guerre, on a fraternisé, c’était la grande paix
sociale. Les partis de gauche et surtout les syndicats ont
fait croire à la classe ouvrière, comme dans les autres pays,
qu’il fallait serrer les coudes devant le danger extérieur.
Patrie d’abord ! Ensuite, la crise économique passée, les organisations ouvrières ont persuadé les travailleurs que leur situation, réformes aidant, n’allait pas cesser de s’amé¬liorer. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’elles prennent le chômage et le débat de crise en pleine figure.

Peut-on parler d’une dynamique mémoire/luttes ?

— Certainement, mais je pense que la lutte se greffe avant tout sur des éléments présents. Mais raviver la mémoire peut amener les masses à la confiance en elles-mêmes. Regarde actuellement les syndicats, ils sont contestés par des mouvements à la base. C’était pareil dans les années 30. Et c’était le passage à l’action directe qui faisait vraiment avancer les choses. Il faut que les travailleurs le sachent. Il y a des analogies entre les actions directes menées par les chômeurs de l’époque et les groupes d’action qui contestent la ligne réformiste des syndicats à l’heure actuelle.

Mais n’y a-t-il pas un lien entre ce contrôle de la mémoire populaire et l’absence relative de luttes ces trente dernières années ?

— Absolument. Chez nous, il n’y a pas de tradition ni orale,
ni écrite. Il n’y a pas de support aux luttes. La politique
devient un tabou. On en parle le moins possible. Ainsi,
c’est la légende bourgeoise qui prend le pas sur la réalité.
Dans la mémoire des Genevois, pour les fonctionnaires, par
exemple, le gouvernement Nicole c’est « l’année où on n’a
pas été payé ». En réalité, c’est la bourgeoisie qui a privé
le gouvernement de toute ressource, fermant ses coffres et
les portes de ses banques pour entraîner la faillite du gouvernement socialiste.

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Quel est le point de vue de l’idéologie dominante sur ces événements ?

— C’est le silence complet ou la mauvaise foi. Sans doute
certains ont-ils mauvaise conscience. L’un d’eux, Albert
Picot, a écrit des mémoires sur cette période. Picot, c’était
un bourgeois de la rue des Granges. Le dialogue n’était pas
possible avec la classe ouvrière. Les bourgeois des années 30
se préoccupent avant tout de conserver leurs privilèges qui,
pendant ce moment de crise, sont effectivement menacés.
Leurs intérêts sont directement contradictoires avec ceux
de la classe ouvrière. Après la sortie du bouquin, j’ai aussi
reçu quelques téléphones d’insulte. Nicole pour beaucoup
est encore un mythe, c’est le diable rouge, le bolchevik
camouflé, le suppôt de Moscou. A l’époque il a fait trembler
les bourgeois et beaucoup ne l’ont pas oublié !
Pourtant, la bourgeoisie devrait admettre aujourd’hui — et certains l’admettent – que Nicole et le PSG ont voulu avant tout, pendant leur passage au gouvernement, de 1933 à 1936, être de bons gestionnaires, en somme des réformistes zélés. D’une certaine façon, ils ont mérité la reconnaissance de la bourgeoisie. Mais, dans les années 30, la classe domi¬nante a cherché avant tout à faire cesser l’expérience Nicole. Il fallait que cette tentative soit un échec. Genève pouvait sauter, c’était secondaire. En 36, les partis bourgeois sont de nouveau au pouvoir. La situation économique s’est améliorée, il y a eu la dévaluation et puis la guerre qui a contribué à accentuer le réformisme des socialistes.

Quelle politique a mené le PC dans ces années-là ?

— Le PC est très faible numériquement dans les années 30.
Son influence est donc limitée. Mais il représente un groupe
de militants très actifs et surtout très combatifs. Nicole, et
avec lui, l’aile gauche du PS était assez proche des communistes, mais, à l’époque, l’unité est difficile, le PC attaque
sans cesse le gouvernement socialiste. Mais il ne présente
pas une alternative révolutionnaire.

Mais l’attitude du PC après la fusillade du 9 novembre 32 ; l’appel à la grève générale. Comment réagit la base à cet appel ?

— Après la fusillade, il y a peu de gens qui suivent, il ne suffit pas qu’un mot d’ordre soit « juste » de manière théorique. Les communistes ne parviennent pas vraiment à faire le lien avec les masses, le PC suit aveuglement les mots d’ordre de l’Internationale Communiste, mots d’ordre la plupart du temps inadaptés à la situation locale genevoise où le Parti socialiste traité de « social-fasciste » a véritablement une base ouvrière. En 1933, voter pour un gouvernement socialiste, c’était vraiment une alternative pour la classe ouvrière : la bourgeoisie est décadente, pourrie, sa politique a fait faillite, les masses sont dans la misère. Le Parti communiste préconise pourtant le vote blanc. Résultat : 46 bulletins blancs dans les urnes. Des communistes de base n’ont donc pas suivi le mot d’ordre du parti ! Pour la classe ouvrière et une fraction de la petite bourgeoisie, c’est donc le PS et non le PC qui représente l’alternative.

Pourrais-tu préciser l’attitude du PSS à l’égard du PSG de son passage au gouvernement ? Notamment lors de l’appel du canton à la Confédération pour résoudre ses difficultés financières ? Quelle était la représentation socialiste au gouvernement fédéral ?

— Le Parti socialiste suisse a toujours été en conflit avec Nicole et l’aile de la gauche. Nicole a d’ailleurs été exclu en 1933. Au Conseil National, cette tendance était très minoritaire. Et le Parti socialiste suisse, c’est Nicole qui le dit, n’avait qu’une préoccupation : que cesse cette expérience qui faisait, selon lui, du tort au socialisme !

Ne sous-estimes-tu pas l’importance de l’extrême-droite en 33-36 ? Si l’on amalgame l’Union Nationale et les Chrétiens-sociaux, leurs alliés objectifs, l’extrême-droite dispose 22 sièges sur 100 au Grand Conseil.

— Je ne crois pas que l’on puisse les amalgamer. C’est plus compliqué. On ne peut pas vraiment dire que, dans ces années-là, les Chrétiens-sociaux étaient à l’extrême-droite. C’est vrai qu’une large fraction des syndicats chrétiens s’est engagée dans la corporation. Que souvent, face aux socialistes, ils ont joué le rôle de briseurs de grève. Que beaucoup ont vanté l’Italie mussolinienne. Mais, chez les Chrétiens-sociaux, il y avait aussi d’autres tendances comme la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) qui voulait se rapprocher des socialistes.
Pendant les années 30, l’extrême-droite est restée peu organisée en Suisse romande. Elle s’est implantée surtout dans milieux d’intellectuels, par exemple au Collège et à l’Université. Mais parmi les travailleurs, ça n’a pas tellement pris. Ça reste très minoritaire.
Moi, je vois plutôt dans ces années-là, le danger que la droite au pouvoir, celle qui se dit libérale ou radicale en vienne à utiliser des méthodes extrêmement violentes, souvent proches de celles des fascistes. Preuve en est la tuerie du 9 novembre 1932 à Genève, où la bourgeoisie radicale et libérale a fait appel à l’armée pour disperser une manifestation de rue absolument pacifique. Il y a eu treize morts.
Je crois bien (j’y ai souvent pensé), que si l’expérience socialiste avait vraiment menacé le pouvoir économique de la bourgeoisie, le Conseil Fédéral n’aurait pas hésité à intervenir. Il y a des preuves de cela. Par exemple, le gouvernement socialiste a refusé d’appliquer les mesures de défense aérienne préconisées par le Conseil Fédéral. Albert Picot, conseiller d’État minoritaire a été alors investi par le CF, par dessus la collégialité de Conseil d’État, des pouvoirs de la faire appliquer. La légalité, c’est finalement le pouvoir du plus fort.

Peux-tu nous parler de la FOBB en tant que syndicat anarchiste et de son importance ?

— Au sein de la FOBB, surtout à Genève, l’influence de Lucien Tronchet, qui avait lui-même été influencé par l’anarchiste tessinois Bertoni, a en effet été déterminante. Il a fait de la FOBB le syndicat le plus combatif. Quand il s’agissait de défendre ce que Tronchet appelait des « droits du travail », la FOBB n’hésitait pas à recourir à l’action directe, souvent « violente » pour répliquer à la violence de la bourgeoisie. Les syndicalistes acceptaient les conventions collectives, et même les revendiquaient, mais ils étaient prêts à se battre sur les chantiers pour les faire respecter, prêts à passer à l’action. Par exemple, ils se sont mis, un soir de décembre, à démolir un taudis. Ils voulaient montrer ainsi à la bourgeoisie que les chômeurs en avaient ras-le-bol, ils voulaient du travail. Dans ces années-là, je crois, que c’est le type d’action de la base qui a fait vraiment avancer les luttes; le gouvernement socialiste essayait de fermer les yeux mais très souvent, il se trouvait coincé entre la droite et l’extrême-gauche. Il y a eu d’autres groupes de base très actifs, par exemple le Comité de défense des chômeurs, qui tâchaient d’empêcher les évacuations et les saisies de meubles de ceux qui ne pouvaient plus payer leur loyer. A son appel, des milliers de chômeurs et de travailleurs descendaient dans la rue. C’était extraordinaire !

Comment comprendre la citation de Rosa Luxembourg que tu donnes en conclusion de ton ouvrage ?

— C’est vraiment pour moi ce qui était au départ et à la fin de cette étude : le problème du réformisme. Réforme ou révolution. Et ça n’est pas aussi simple qu’on le croyait en 68. Il n’y a pas une alternative claire : 17, armes à la main ou participer au pouvoir du capital. Je crois aujourd’hui qu’un gouvernement « de gauche » n’est pas forcément défi-nitivement réformiste s’il permet que se développent à la base des expériences de tout type, autogestionnaires et de prise en charge des gens de leur vie, à tous les niveaux. Peut-être une victoire de la gauche pourrait-elle ouvrir un champ nouveau? De toute façon, le pouvoir, ça fout la trouille, mais comment sortir de l’utopie ?

Propos recueillis par Y. Tenret & P.-A. Schatzmann.

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notre théâtre est de combat

dans la lutte des classes, on ne choisit pas son arme. Le théâtre est le nôtre… Nous ne faisons peut-être pas du « théâtre », peut-être sommes-nous des travailleurs qui se sont rencontrés pour détruire ce mot creux, mais ce que nous faisons est vital : nous créons le débat idéologique sans lequel toute révolution n’est qu’un exercice militaire ». k. yacine

Camp Bir Hassan

— Monsieur le secrétaire de l’Université du Chili,
quelles mesures administratives notre faculté doit-
elle adopter au sujet des livres devant être retirés
de l’inventaire de la bibliothèque en raison de leur
contenu politique ?
_
— Vous êtes priés de procéder à leur incinération.

Camp Chatila

D’autre part, critiquant le travail de « certaines gens et institutions », Gierek a fermement souligné devant le Comité Central la nécessité de « consolider et appro¬fondir la démocratie sociale ». « Nous avons, a-t-il dit, une conception large de celle-ci. En ce qui concerne la participation véritable des travailleurs à la gestion de leurs entreprises, de leurs régions, de leur pays, user de la démocratie socialiste signifie avoir le droit de critiquer et de contrôler, le devoir de prendre en considération l’opinion publique et de réagir à celle-ci. Le peuple doit sentir que si ses avis sont justes, ils sont pris en compte.

Après l’insurrection du 17 juin.
_
Le secrétaire de l’Union des Écrivains
_
Fit distribuer des tracts de la Stalinallee.
_
Le peuple, y lisait-on, a par sa faute
_
Perdu la confiance du gouvernement
_
Et ce n’est qu’en redoublant d’efforts
_
Qu’il peut la regagner. Ne serait-il pas
_
Plus simple alors pour le gouvernement
_
De dissoudre le peuple
_
Et d’en élire un autre ?

B. Brecht La Solution

Camp Sabra

à masquer le réfèrent on ne gagne qu’en obscurité.
_
cette obscurité qui servit si bien certains à occuper
_
négativement la scène du spectacle, foin de mystère.
_
foin de récupération, ces problèmes ne sont pas les
nôtres.

dialectique solvante.

Camp Jisr-el-Pacha

the night fall.

et mon assurance insupportable ?
_
nous dirons… jusqu’à épuisement du sens,*
_
le néant de ce dont il est le résultat, on ferme ? non ! à la chose de la logique, quintessence métaphysique, on oppose la logique de la chose, celle à laquelle on se confronte chaque jour, t’en es où ? à produire et reproduire socialement ses moyens d’existence.
_
— Rien de tout cela n’est nécessaire à une produc¬tion efficace, désir d’autogestion technocratique ? du fluide, pas du flou, le flou organdi d’une saison, ce à quoi on se cogne existe puisqu’on s’y cogne, donc du saisissable et du désir, pas celui d’une autogestion technocratique, celui d’un réel contrôle par les travailleurs…

* L’opuscule de J. Staline, le Matérialisme historique et le Matérialisme dialectique, Paris, 1945, fait aujourd’hui autorité en la matière (cf. A. Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, 1947, p. 1226-1228), notons aussi son travail sur la Langue : A propos du marxisme en linguistique, Paris, 1951.

TELEGRAMME :

masque, jeu. spectacle, déguisement, enfance, maquillage.
_
j’entends ceux d’ici, avec leurs introvertis et leurs extravertis.
_
mode, être reconnu, bistrot, se situer, prendre, exigence.
_
avec leurs maso et leurs sado et leurs parano.
_
don. l’autre, les autres, pudeur, agressivité, marginalité.
_
tous. et j’ai les semelles qui collent, « tu as vu comme
_
abrutissement, révolte, fatigue, lassitude, bluff.
_
elle a changé depuis qu’elle est avec lui? « ; nympho. crado.
_
attitudes, composition, mensonges, cri. mutisme, fermeture.
_
merde. vu! tous ces termes sont ceux de la bêtise, couple
_
machinalement, obsession, impassibilité, rictus, grimaces
_
passe-partout comme si nous étions sécables. fini, le
_
énergie, cynisme, audace, justification, caution.
_
fluide, l’ambiguïté de la vie. les tourne-tête, et ils s’arrangent
_
force. faiblesse, crédibilité, face à face, déjouer, bas
_
pour figer, pour enfermer, j’entends bruisser leurs
_
les culottes, prouve que tu as du poil au cul. voyeurisme.
_
mots. étiquettes sur le vide, la lucidité, et tout ce
_
viol, agression, terrorisme, cassure, défense !
_
qu’on tisse pour pouvoir vivre nos manques et qui ne
_
dépassement, subtilité, goûter, grandir, un masque tombe, un
_
les émeut même pas. ils sont sourds à force de s’écouter
_
autre est là. le jeu de la vérité, sinistre, inutile, pas
_
ces masques qu’avec amour nous fabriquons pour leur plaire,
_
quêtes mystiques, pas d’attitudes chrétiennes, pas d’absolu.
_
ils crachent dessus, ils nous disent soyez fragiles.
_
mon masque tombe quand je le veux, j’ai rarement
_
et nous piétinent ensuite, ils sont grossiers, à force
_
quelque chose à perdre, improviser, jouer, provoquer, sentir.
_
de crever l’enfant, mais ils sont durs, compétitifs, brillants –
_
voir, toucher, les mots, les voix, les codes, tout,
_
cyniques et tellement cons avec leurs mains battoirs
_
déplacer, refus de brasser du vide, pas d’étiquettes, pas
_
corps dignes et ridicules, têtes hagardes, on les enculbutera
_
de reconnaissances implicites, brassages, inconfort, confort
_
stabilité, instabilité, spirale, « tu as vu comme il a changé
_
depuis qu’il est avec elle ? « … on rit ? …
_
tous… bien… si on a le temps, bourgeois gras.
_
on rit. un peu jaune parfois.

y. tenret
_
b. lavanchy.

le peuple lui-même ?

… de même que les vents préservent les eaux des lacs de croupir.

affaire Focus contre la justice militaire.

Les camarades de Pierre Goldman, toujours persuadés de son innocence, violemment indignés par ce verdict insupportable inspiré par la haine, désignent le président Braunschweig, l’avocat général Langlois et la majorité du jury comme de véritables assassins.

si vous aimez les femmes à la fois attrayantes et instructives, see you soon, sur une face blême, transition difficile mais le sérieux et la patience du négatif nécessaires, mûr mais pas blet, croissance circonflexe, frémissement insupportable, épuise-ment par parole à éviter, la mégalomanie anthropocentrisme d’un univers totalement factice, et la science présuppose un système, pas de gémissements, pas de récriminations, pas de complaisances, une nouveauté piquante, un vrai régal, toc ce volontarisme, un vieillard aux gestes cassés hurlant dans une grimace : — c’est in !
_
des poils roux, des poils, une notule sur les choses utilitaires en matériaux bruts, effervescent sans emballement.

« et il vous poussera
_
des lèvres
_
faites pour d’énormes baisers. »

les polissons, toujours à parler de la révolution, et à s’activer. S’activer à coucher les mots, les po lissons, le messianisme, exercice éreintant, mirage, et d’un impulsif!
_
faut absolument (sic! ), négocier des répressions pour se sécuriser : la vie des familles. Sagacité,
il ne faut pas perdre de vue qu’avant d’être une insulte le qualificatif « dogmatique » désigne une façon d’appréhender la société. Cette façon de penser étant une sorte de mauvaise foi radicale et même souvent extrêmement radicale, nous pouvons la glacer sous une forme simple : « l’opinion selon laquelle le vrai consiste en une proposition qui est un résultat fixe ». Si je parle de « pensée » c’est bien parce qu’il s’agit d’un appa¬reil conceptuel coupé de la réalité SOUS SON ASPECT TOTAL.
_
Villes barbouillées de mots d’ordre. Cet appareil qui échappe aux trucs, aux séductions faciles, y échappe simplement parce que face à un jeu aux dés pipés, il refixe abstraitement des règles qui n’ont de sens que par rapport à un après. Après. On regarde distraitement. Tout est dans un finalisme morbide et surrépressif. Mauvaise foi. Pourtant, il n’y en a pas de bonnes, alors… La force de notre naïveté réelle quand nous « enregistrons » le courage du peuple n’est pas dans la naïveté mais clans le courage du peuple. « Les masses font l’histoire » rend l’histoire lisible. Une histoire connue rend la construction — sociale — d’un présent possible. Les temps sont venus.
_
Cuba 1971 1er avril. Entrée en vigueur de la loi contre la paresse. Et un premier avril en plus! Pervers polymorphes, fascinés par la bêtise du sys¬tème, donnez-nous des gages.
_
Soyons plus bois, moins métal, seul, serein, paisible.

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FAITS DIVERS

plié en deux, obligé de courir vers le vase à déjection, obligé d’entendre, les branchies ouvertes pour l’air, d’entendre les occultateurs d’eux-mêmes nous désigner d’un « névrose objective » ou d’une « pulsion de mort », fatigué du murmure incessant : haschich, haschich, haschich, haschich… bordel! et un enfant à côté de moi : j’aime mieux les thés parfumés.
_
bordel ! quel sérieux ! quel inénarrable sérieux dans leurs jeux! ce sérieux ludique qui nous permet quand même de vivre debout, d’éclater de rire de temps à autre, de faire des statistiques sur les suicides, de finir enfermer — prison, asile, peu importe, nuances fragiles —, de vouloir raviver la mémoire populaire, la nôtre, la mienne, celle des miens, mon peuple, ma tribu, de se souvenir qu’ils les ont hachés en gestes décousus, qu’ils ont imprimé leur connerie et leur grossièreté sur mon corps, sur leurs corps, charismatisme? oui.
oui, la cause du peuple. oui, la taupe. oui, micmac désespoir-espoir, oui, un vitalisme primaire bande d’éborgnés.
_
oui, ce support est ce qu’il est mais nous ne nous
situons pas face à un absolu vierge mais par rapport
aux organes, mi-flics, mi truands, des techno-bourgeois, et par rapport à ceux des spécialistes de la
politique, ciao, les zombies

paradoxe

La révolution, que couve l’Europe, naîtra en Suisse.
La paix des foyers, la paix sociale, la paix ici, c’est la paix des cimetières.
_
Ici aussi la justice parodique et les audiences-guignol.
_
La tension monte. Des barrages sont mis en place sur les routes. Les contrôles deviennent plus fréquents. Les commerçants baissent leurs rideaux. Les flics se reproduisent plus vite que les rats. Les femmes ne portent plus de bas de filet. Les hommes n’ont plus de casquettes. Les ramollissements cérébraux à issue fatale sont de plus en plus nombreux. Les choses de la pilule? Ça ferait plaisir à plus d’un curé en tout cas. « En quelques jours, voire en quelques heures, cette structure de pouvoir, qui apparaissait inébranlable et omniprésente, a été balayée dans un cas par une intervention armée étrangère, dans l’autre par la colère populaire. « Les journaux après. » Les joueurs de Servette se mettent en grève. Mon ami Olivier qui aime la violence (comme au Portugal, dit-il) se sent revivre. L’indiscipline persiste dans l’armée. En vertu d’un décret promulgué le mois dernier, sont auxiliaires de police : les policiers municipaux, les gardes forestiers et des propriétés privées et les concierges. Les vieux chevaux de retour, les étudiants professionnels et les agitateurs salariés reviennent au pays.
_
Bref, « dans une phase supérieure de la société communiste, quand aura disparu l’asservissante subordination des individus à la division du travail, et, avec elle, l’antagonisme entre le travail intellectuel et le travail manuel », nous serons moins verbeux et loquaces, chers vaudois.
— A propos de J-L Bideau, j’ai bien aimé les Cahiers
du cinéma
. Ils disent que même après avoir répété 10 fois sa phrase Bideau n’est toujours pas convaincu qu’il ne s’agit pas d’un acte sentimental. Je suis extrêmement propre sur les autres et sur moi-même. Les hommes parfois, m’énervent. Ils sont constamment en représentation. Même dans les moments de plus total abandon, ils jouent leur rôle. Ce sourire au coin des lèvres, je te l’écraserais à coup de presse papier (en fonte) avec un de ces bordels de plaisir.
Milieu carcéral. Équivoque ? Un gâteux qui se gratte. Ambigu, ambivalent ou ambidextre? A Strasbourg en 66, 67 le moindre ivrogne s’entendait, lorsque saoul, il chantait une chanson un tant soi peu paillarde, traité de…
_
Maintenant noyé, même plus braillard, même plus un pauvre petit anar, comme dessine Gébé marché sur la pointe des pieds ville européenne. Prestige. Oui, je sais. Le décousu peut être complaisance mais il est tant de choses à dire vite, vite. Pas que le pouce tellement nicotine a imprimé son empreinte sur la feuille. Puis merde ! « Parler pour parler est la seule délivrance » (Novalis). De deuxième main.
_
24 décembre
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Dinde / petits pois / un linge de toilette avec Y / de la vaisselle. On se traîne.
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25 décembre
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2 x Dinde — 2ème couche. Bricoles.
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Un peu calmé il fixait la route. Peut-être écoutait-il les grillons. Il reprit d’un débit moins rapide : Arrêté du 11 avril 1973 sur le classement des antiquités et des monuments historiques. LE CONSEIL D’ETAT DU CANTON DE VAUD, vu la loi du 10 décembre 1969 sur la protection de la nature, des monuments et des sites; vu le préavis du Département des Travaux-Publics, arrêté : les paysages plastiquement abstraits sont susceptibles de donner aux spectateurs une impression de présence physique et même une douce sensation de chaleur interne. Bof! Je rêve en pagaïe.
_
On y va de la hache puis de la guillotine, à la balustrade, sans relâche, vaporeux et toc-toc. ils ont arrêtés trois soudeurs et un mécanicien, je colle des aurores boréales dans mon jone’s freud. je sens l’amour.
ALORS je lui dis de dire aux gens qui me font ces reproches que je ne le ferai plus, je crache entre mes doigts et je jure, en enfer, puis je luis dis que dorénavant, je signalerai toujours, les monologues par un « moi-je monologue », les dialogues par une photo du dialogueur respectif; je supprimerai les « il » et peut-être aussi les « nous », tout dans l’individu, plus d’éclipsés, plus de réflexions non signalées en tant que telles et plus de collages non plus, des balises partout, des flèches, des panneaux, comme dans la vie de tous les jours, comme dans la voiture, comme à la télé, comme dans les maisons qui sont closes. Des PANCARTES : super grosses, demi-gros, maigre, gentille, fait le cheval, spécialités françaises, je ne veux pas fatiguer ces lecteurs, moi. je veux pas voir gommer l’intérêt, où va-t’on? Sur quelle LIGNE ?

Mes modestes débuts…