Serpents of the Pirate’s Moon

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Film de Jean-Louis Jorge, 1973

93′, 35mm

Scénario : Jean-Louis Jorge
Photo : David Garcia
Montage : Jean-Louis Jorge
Musique : Judith Bell
Interprétation : Sylvia Morales, Sahdji, Jean-Philippe Carson, Paul Young, Valley Hoffman, Jonna Ruiz, Mary Smith, Dagoberto Lopez, Juliette Graham
Production : Jean-Louis Jorge
L’affiche du film a été dessinée par Jean-Louis Jorge.

Jean-Louis Jorge et le cinéaste colombien Luis Ospina.

Jean-Louis Jorge par Nancy Dowd, Avril 2020

Jean-Louis Jorge arrive à Los Angeles de sa République Dominicaine natale en 1967. Il a 19 ans. Il compte étudier l’architecture navale à UCLA, mais celle-ci cède rapidement la place au Département de théâtre, de cinéma et de télévision. Sur le bras gauche il portera toute sa vie un tatouage du Titanic en train de sombrer. On trouve dans ses bagages sa sensibilité dominicaine et son histoire personnelle. Cardiologue éminent, son père, Salomon, formé en France, est proche de ses patients. Sa mère, Jacqueline, est un mannequin parisien. Jorge naît et grandit au beau milieu de l’opéra-bouffe meurtrier et terrifiant du dictateur dominicain Rafael Trujillo, El Jefe. Sa réalité à lui, c’est ça. Il est grand, et beau comme une star du cinéma muet ; son sens de l’humour est extravagant, parfois noir, parfois ironique (l’ironie provoquée par l’injustice), et parfois juste drôle. Son univers, c’est les excès des tropiques. Il a du chic.
« Les serpents de la lune des pirates » est un film d’étudiant du début des années 1970 : une époque où le cinéma indépendant/expérimental est considéré comme une avant-garde dans un monde en mutation. Réalisé avec un budget microscopique, il est tourné en grande partie sur un plateau de Melnitz Hall à UCLA, et dans l’appartement de Jorge à Venice, Californie. On y retrouve ses icônes personnelles, Greta, Marlène, Diana, Aubrey Beardsley, et, bien sûr, plantes araignées et voiles à perte de vue. Angel (Sylvia Morales), la strip-teaseuse qui réussit à échapper à son destin, est étudiante au département de cinéma. Sanchez, le souteneur maléfique, est interprété par Jean-Philippe Carson, un professeur de cinématographie. L’équipe n’est constituée que d’étudiants. « Serpents » est le film de thèse de Jorge. Il correspond à un idéal de l’époque: un film produit, écrit, réalisé et monté par son auteur.
Son premier cycle terminé, Jorge, Français par sa mère, vient s’installer à Paris dans l’espoir de développer des projets de films avec son ami de UCLA, Jean-Marie Bénard. Ils écrivent un film de vampires qui se passe dans l’univers des boîtes de nuit ; mais le projet ne se monte jamais. Jorge est danseur aux Folies Pigalle, puis physionomiste au Palace. L’air du temps a changé. Le résultat est « Mélodrame », un autre film très personnel. Le côté sordide de Los Angeles cède la place au château d’un copain en France ; la revendication de liberté, très féministe, est remplacée par un hommage au cinéma muet. Lorsque le SIDA et l’héroïne se mettent à décimer son monde, Jorge repart en République Dominicaine ; il déclarera plus tard que le SIDA lui a sauvé la vie en l’obligeant à quitter Paris.
Il connaît la réussite. Il devient un réalisateur respecté et recherché de la télévision dominicaine. Il produit une émission de variétés hebdomadaire populaire, « Ritmo del Sabado », des clips vidéo, des concours de beauté. Son énergie, son charme et son élégance font de lui un notable. Mais il veut faire un autre long-métrage. La scène d’ouverture: un yacht de course élégant, sous une pleine lune, dans une baie argentée bordée de palmiers, quelque part au fin fond des Caraïbes. Nous sommes au Paradis. Le yacht explose.
Jean-Louis Jorge est assassiné dans son appartement à Saint-Domingue le 13 mars 2000.
Nancy Dowd
(Traduction Jean-Marie Bénard)

Nancy Dowd est scénariste. Elle a notamment écrit le scénario de Slap Shot (1977) de George Roy Hill avec Paul Newman et a eu l’Oscar du meilleur scénario original pour Coming Home (1978).

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Jean-Louis Jorge came to Los Angeles from his native Dominican Republic in 1967 to study naval architecture at UCLA. He was 19. Soon naval architecture gave way to the Department of Theater, Film and Television but he wore a tattoo of the sinking Titanic on his left arm for the rest of his life. He brought with him to California his Dominican sensibility and personal history.  His father, Salomon, was a distinguished, compassionate, French educated cardiologist, his mother, Jacqueline, a Parisian mannequin. Jorge was born and raised in the murderous and terrifying opera-bouffe of Dominican dictator Rafael Trujillo, El Jefe. That was his realism.  Tall and 20’s matinee idol handsome, he had an extravagant sense of humor, part gallows, part the irony that comes from injustice, part pure funny. He was at ease in the exaggeration of the tropics.  He had style.
Serpents of the Pirate’s Moon is a student film of the early 1970’s, a time when independent/experimental cinema was considered cutting edge, a vanguard in a changing world.  Made on a tiny budget, it was shot largely on the sound stage in Melnitz Hall at UCLA and in Jorge’s apartment in Venice, California, which was decorated with his personal icons, Greta, Marlena, Diana, Aubrey Beardsley, and, of course, spider plants and acres of voile.  Angel (Sylvia Morales), the stripper whore who walks out on her destiny, was a student in the film department. The evil pimp impresario Sanchez was played by professor of cinematography Jean-Philippe Carson.  The crew were students.  Serpents was Jorge’s thesis film. It corresponded to the auteur beau ideal of the period: he produced, wrote, directed and edited.
His undergraduate work was completed; Jorge, a birthright French citizen, moved to Paris in the hopes of developing screenplays with his UCLA friend Jean-Marie Benard. Their deal for a vampire nightclub script fell through.  He was a dancer at Les Folies Pigalle, worked the door at the Palace. The Zeitgeist had changed.  The result was Melodrame, his next personal project. The seamy side of LA was supplanted by a pal’s castle in France, the feminist cry for freedom replaced by a tribute to silent cinema. When AIDS and heroin decimated his world, he returned to the Dominican Republic, saying AIDS had saved his life by getting him out of Paris.
He flourished. He became a respected and sought-after director in Dominican television. He produced a popular weekly variety show Ritmo del Sabado, music videos, beauty contests.  His energy, charm and style made him an eminence. But he wanted to make another feature.  The opening scene: a sleek racing yacht lies beneath a full moon in a silvered palm-fringed bay somewhere deep in the Caribbean.  Paradise.  It explodes.

Jean-Louis Jorge was murdered in his apartment in Santo Domingo on March 13, 2000.

Nancy Dowd