Stéphane Magnin

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Textes d'Yves Tenret écrit pour S. Magnin entre 2003 et 2010.

Avec Stéphane Magnin, j’ai fait plein de choses passionnantes. Vendre Paris sur EBay par exemple. Une expositions sur le gonflable et une exposition sur le dessin. Et aussi aller à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris faire une conférence en me faisant passer pour lui – ça c’était très excitant, surtout qu’il est un virtuose de l’informatique et qu’à l’époque je ne savais même pas faire défiler des images à l’écran…

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SM égal SS !

[[Stéphane Magnin = Ses Sources.]]

Communiqué du ministère de l’Information et de la Propagande.

Stéphane Magnin c’est une tribu, l’Histoire/la légende, le Yi King mâtiné de manga, des espaces de rêveries désenchantées. Il incarne « une négativité brillante, totale, entièrement pessimiste qui s’interdit l’expression », écrit Joseph Mouton. Négativité manifeste à valeur de manifeste. Il n’y a pas d’œuvre d’art plus typique du XXe siècle que le manifeste, que l’addition d’une expression spécifique et d’un projet utopique. C’est de projets, de prototypes, d’idées, de concepts liés à l’architecture, à la cité, au paysage, au design ou à la vie quotidienne que s’inspirent les œuvres de Stéphane Magnin. Il n’entretient pas des mausolées néo-classiques mais ouvre des cabinets de sombres et joyeux desseins, des surfaces étranges, de la vitesse et de la guerre. Tour sonore. Ambiance/Papier peint & muzac… Bibliothèque du souffle. Aire des maquettes. Département des jeux, des décors-comportements, des structures molles et dures, des fluides/gels/liquides (alcoolisés), capsule à voyager à travers le temps.

Dans l’antique boîte de Meccano de l’artiste s’entassent ainsi toutes sortes de jeux rescapés du monde de l’enfance, une vieille collection de science-fiction aux couvertures pétantes, des B.D. Marvel, des échiquiers…

Des trois pistes que nous allons explorer, deux au moins considèrent le temps comme un possible objet réifié. Premièrement, nous allons survoler l’Internationale situationniste à l’endroit où elle croise la science-fiction et l’architecture utopique et vice versa car il n’est plus temps de hiérarchies mais bien au contraire temps de recontextualisation, de flux, de réseaux.

Deuxièmement, nous allons parler de Chute Libre , la collection de science-fiction de Champ Libre, maison d’édition situationniste. Stéphane Magnin en a lu la plupart des titres et ceci à l’exclusivité de tout ouvrage de science-fiction paru ailleurs.

Troisième piste : l’architecture utopique des années 60 et 70 du siècle passé. Structure légère et modifiable. Réseaux, mailles, flexibilité, systèmes géométriques, nappe étoilée, module, combinatoire, prolifération, agglutination – chaque élément est indépendant et peut être déplacé ; le manque de finition, le côté inachevé est à considérer comme un élément incitateur. Anarchie contrôlée… Chacun de ces termes s’applique aussi bien à l’architecture de ces années-là qu’au travail de Stéphane Magnin.

En route vers le futur ! Ah ! Le dernier sursaut des avant-gardes, le fouriérisme et les utopies libertaires et communautaires des années 60-70. Sex and drug and rock’n roll !

* * * * * *

« J’ai fondé ma cause sur rien », Stéphane Magnin.

Les avant-gardes autoproclamées ont un avantage : en postulant de nombreux paradoxes, elles détruisent d’anciennes évidences. Les avant-gardes sont l’inconscient du système, une éruption cutanée, une démangeaison passagère aux effets parfois irréversibles. Le ready made de Duchamp, quel virus !

Les années 60 et 70 ont été celles pendant lesquelles un grand nombre de gens ont cru qu’ils pouvaient changer et l’Histoire et leurs vies, que la vie deviendrait partie intégrante de l’art et que l’art s’épanouirait dans la vie. Une révolte massive, bornée, butée, fermée, pudique. Une aspiration au dénuement mêlée à un grand désir refoulé de consommation. Ou alors, l’utopie sous l’espèce de l’expérimentation immédiate et modeste de mœurs nouvelles. Refus radical et discriminant de production d’art sous forme d’objets marchands. Une forme artistique ouverte, tentant de se libérer de toutes les hiérarchies. Importance inouïe de la musique ! Les anonymes sont revalorisés et l’anonymat survalorisé… Petit nombre et courte durée (suppose égalité préalable et non de principe, et hiérarchie tournante), commencement pratique d’un monde dans les conditions d’un monde qui s’y oppose. Ne peut être que commencement. Ou protocole d’expérience : démocratie de l’improvisation collective dans le free jazz . Ne peut se passer d’un accord préalable.

La haine des spécialistes (et qu’est d’autre un artiste ?), le refus de la délégation (expression artistique incluse), l’espoir d’une transformation du réel. Par des actes symboliques, l’homme peut modifier les mentalités et, à mentalités modifiées, monde nouveau. Le groupe comme œuvre d’art, les comportements, la division des tâches entre les sexes, l’environnement… Le look, le non-idéologique, l’aspect mutant. Eruption anti-autoritaire, multiplicité de micro-révoltes. Utilisation de l’objet quotidien et du déchet . Idéologie de l’anti-idéologie, surproduction de manifestes, vitalité provocante et désenchantée – série de négations qui traversent tous les arts, négation du principe d’activité, de tout dogmatisme, des schèmes idéologiques, de l’engagement politique et des moyens traditionnels d’expression. Bouillonnement dans le design, le cinéma, la mode, la chanson populaire , la bande dessinée, l’architecture ou la représentation politique.

Dans les années 70, la répression est constante. Le pouvoir a peur. Il va mettre dix ans à reprendre le dessus et à transformer toutes les revendications populaires en nouveaux atouts dans son jeu. Les contestataires veulent dresser le principe de plaisir contre le principe de réalité. Le système réagit et fait donner la poudre !

La hiérarchie des genres.

Eh oui ! Depuis cinquante ans, le grand art survit dans la clandestinité, du côté des genres mineurs. Cinéma, B.D., polars, séries télé, musiques populaires, science-fiction, comme les pièces de William Shakespeare ou les romans d’Henry Fielding, en leur temps, sont appréciés par toutes les couches sociales ou presque…

Que serions-nous sans le spectacle et ses mille et une défonces ? Que sont nos vies à côté d’un film comme Mad Max II, d’un livre comme Siva, d’un vinyle de George Clinton, d’une série aussi scotchante que Le Prisonnier (1967) ? Si peu de choses…

La science-fiction, aussi bien hippie que punk, fut le genre dominant de la fin des années 60 et des années 70. Sa vision réaliste des rapports humains – ambition, cupidité, soif de pouvoir, servilité – fut l’expression artistique de l’époque dans le sens le plus fort – mythologie moderne, modèle de pensée, fournisseuse d’images du réel, réserve de vitalité, code, vocabulaire de l’époque, langue secrète, distanciation, ironie, avilissement, mysticisme.
Pour Gérard Guégan, l’un des fondateurs de Chute Libre, avec Patrick Manchette, Raphaël Sorin et Jean-Claude Zylberstein, la science-fiction faisait la preuve de l’éternité de l’art avec pour corollaire, la fraîche pétulance du roman. [[ « Autant que celle de La Jungle nue de Philip José Farmer, premier titre de la collection Chute Libre, la lecture de L’Archange me permit de sauter le pas. Jusqu’alors, me cantonnant à la théorie, je m’étais refusé à écrire un roman. C’était un prétexte commode, car à la vérité je redoutais de reproduire, malgré moi, le maniérisme de l’avant-garde, qu’on l’estampillât Nouveau Roman ou Tel Quel, toutes choses que je détestais sans trop savoir quoi leur opposer. Rose poussière, le récit que Jean-Jacques Schuhl m’avait en 1972 offert, et pour le succès duquel j’avais milité avec ténacité, faillit me convaincre que le roman était mort. Delahayé m’en administra le démenti le plus flagrant. Il suffisait d’avoir l’œil, et aussi l’oreille. Dans les derniers jours de décembre 1973, j’achetai un cahier de deux cents pages grand format et écrivis d’un trait La Rage au cœur. » Gérard Guégan, Ascendant Sagittaire, une histoire subjective des années soixante-dix, Parenthèses, Marseille, 2001.]]

La fin des années 50 voit celle de la croyance aveugle en la technologie comme facteur de bonheur. La science-fiction a une légère avance sur l’I.S. Les années 60 sont celles du mouvement hippie, des révoltes minoritaires, celles d’un gauchisme prônant la lutte armée, celles de la prise de conscience écologiste. On entre dans une dénonciation tous azimuts des menaces de guerre et de saccage de l’environnement.

La science-fiction fut aux années 70 ce que l’architecture fut aux années 60, le genre dominant en matière d’utopie. Y compris en fin de décennie pour les punks, dont les livres à couvertures bariolées représentant des Martiens tarés à tête de fourmi ou à tête de chien étaient la plupart du temps la seule lecture, le seul rapport avec le monde des idées.
La science-fiction est spéculation intellectuelle , substitut de la philosophie, et si les prétentions littéraires de John Brunner (Tous à Zanzibar) sont ridicules – celles de son modèle l’étaient déjà.

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I.S. & science-fiction

L’I.S. : 70 membres, 63 hommes & 7 femmes, 16 nationalités, 12 ans et 6 mois d’existence, 45 exclusions. Rencontre des radicalismes artistique et politique. Rejet de l’intelligentsia. Un état-major qui ne veut pas de troupe. A l’opposé de la mortification gauchiste. Tentative de synthèse de Frank Lloyd Wright et du Facteur Cheval, de Karl Marx et de Mikhaïl Bakounine, d’André Breton et de James Joyce, de Buenaventura Durruti et de Joachim de Flores.

L’Internationale situationniste, au même titre que toutes les avant-gardes autoproclamées, de Marinetti à Archigram ou Rem Koolhaas, fonctionnait au paradoxe : le laid c’est le beau, la guerre est épatante, les gauchistes ne sont pas assez à gauche, les anars sont des flics, les gratte-ciel sont intéressants mais un peu petits, le chaos c’est l’ordre, etc.

Ils désiraient déchaîner partout l’inflation, ne pas être une école artistique de plus mais un nouvel art de vivre. Pour eux, le vrai problème révolutionnaire était celui des loisirs. Ils étaient à la recherche de l’œuvre d’art totale. « L’intensité est un sport de l’âme moderne. Epuisant. L’enfance n’a pas d’âme, elle n’a pas d’enfance. Ne soyons pas les derniers militants. » Ils voulaient détruire les ultimes vestiges d’une esthétique vide afin de réveiller l’instinct créateur qui sommeille et s’ignore en chacun de nous, populariser l’attraction souveraine de Charles Fourier. La crise de l’art moderne leur semblait riche d’espérance. L’art devait être dépassé au profit d’un nouveau mode de vie, d’une révolution de la vie quotidienne. Ils attachaient une importance, très science-fiction, aux objets.

Eternels adolescents, les situationnistes adoraient la sous-culture – et pas dans le second degré ! Ce n’était pas le moindre de leurs charmes. Ils consommaient beaucoup de séries B américaines et de cinémas policier, fantastique, de science-fiction, péplum, érotique, western ou films de pirates. Pour eux c’était là que s’exprimait la meilleure et la plus dure critique du social, là qu’étaient pulvérisés bon et mauvais goût, détruits les diktats bourgeois sur la culture.

Leur utilisation de la science-fiction est souvent ironique mais la séparation, la colonisation de la vie quotidienne, le spectacle, la survie, le quantitatif, les courants, les pentes, les pistes psychogéographiques, les plaques tournantes, le « Grand Passage » , l’aliénation, la marchandise, le don, le temps, l’espace, la réification, la dérive, le potlatch, tous ces concepts situs ne sonnent-ils pas k-dickiens ?!

Dès le premier numéro de leur revue, la couleur est annoncée. Le surréalisme, qui a sombré dans l’ésotérisme et l’anecdotique, a trahi. L’I.S. sera dadaïste ! « Il est certain que l’esprit dadaïste a déterminé une part de tous les mouvements qui lui ont succédé ; et qu’un aspect de négation, historiquement dadaïste, devra se retrouver dans toute position constructive ultérieure tant que n’auront pas été balayé par la force… », écrivait Guy-Ernest en 1957.

Parenthèse – A l’avant-garde des avant-gardes : Dada.

Les jeunes gens d’aujourd’hui croient que Dada, c’était drôle, fun, joyeux, primesautier. C’est faux, archi faux ! Dada était désespéré, complètement désespéré. C’était un mouvement composé de dépressifs, de suicidaires, de cinglés, de gens violents ! Dada n’est pas euphorique. Tout Dada est dans l’urinoir de Duchamp. Exposer un urinoir, c’est inouï et pas marrant du tout…

Dada : un orage éclatant sur l’art comme la guerre sur les peuples. Dada a un point de vue qui est celui de la totalité. Dada désacralise, démystifie l’art, déclare que le statut de l’art a changé, que les airs graves et compassés ne sont plus de saison. L’art est périmé et l’artiste est mort, clame-t-il . Le but de l’art n’est ni la délectation ni la connaissance, il est l’exacerbation des contradictions. Ce qui rentre dans le champ de l’art avec Dada, c’est la pure énergie du négatif, la fin de la soumission de l’artiste – Dada c’est le plaisir de déplaire !

Dada voulait faire sauter la dichotomie entre l’art et l’existence, faire à terme disparaître l’art comme activité séparée. Plus de socle = les œuvres sont de plain-pied avec la vie. Leurs intentions découlent d’une éthique : ne pas accepter ce qui est, ne pas s’y résigner. L’art leur paraît archaïque : Dada invente énormément. Dada veut atteindre le noyau, la créativité en-soi, repenser les origines de l’art, sa nécessité, ses fondements, sa possible disparition. Dada est une attitude. L’œuvre d’art dada par excellence est immatérielle : c’est le scandale… Dada est internationaliste, contrairement aux autres avant-gardes. Dada est anti-réactif, anti-tripes, anti-expressionnistes – leurs vrais ennemis . L’artiste veut être ingénieur, avoir un rapport technique au dessin. Tout et son contraire ! La civilisation a failli. Il faut réhabiliter les modèles archaïques, fêtes et rites collectifs. L’esprit doit sortir de lui-même : la transe ! Ils veulent des totems – des danses sauvages, le retour de Dionysos. Pour Dada, la danse était à l’origine de tous les arts. Hausmann faisait venir les critiques chez lui et dansait torse nu dans sa cuisine !

Dada est un primitivisme. Lucide et perspicace. George Grosz relevait des graffitis dans les chiottes de Berlin pour s’en inspirer ! Les dadas zurichois cherchent l’impulsion première qui pousse à l’expression artistique. Hugo Ball est un penseur profond.

La méthode de Dada : le hasard (très important ! fin des jugements esthétiques – on tire les mots d’un chapeau, on jette des bouts de papier sur une toile encollée), le mépris du passé, la confusion des genres (on mélange tout ! tableaux-manifestes, poèmes simultanés avec bruits, collages, photomontages, etc.), la déshiérarchisation, l’emploi de lieux communs, de déchets, d’objets trouvés, le détournement des typos, des slogans, le ready made, mille tentatives de déconditionnement. Contre la copie et la description. Pour l’absence ! L’absence de composition, de matière, de facture, de sensibilité. La maxime absurde et l’aphorisme transparent sont les armes de Satie, Picabia, Cravan, Duchamp…

Dada est la première grande offensive contre les convictions creuses, la réclame, l’idéologie de la communication, la mystique du vide. (Ecoute et consomme ou je te flingue !) Il est anti-sentimental et noblement agressif. Dada dénonce la raison – tout ce qui se dit rationnel est irrationnel. Il y a dans Dada un pressentiment sur le déferlement de la culture de masse, de perte totale de l’aura attachée aux œuvres artistiques ; c’est une crainte, une terreur et un désir poignants.
Dada est aussi souvent très moderne d’une façon particulière : il s’en fout !

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L’I.S. – ses buts.

« Nous représentons le premier effort systématique pour découvrir, à partir des conditions de la vie moderne, des possibilités, des besoins, des jeux supérieurs. Nous sommes les premiers à connaître un passionnant nouveau, lié à l’actualité et au futur proche de la civilisation urbaine, qu’il ne s’agit pas d’interpréter (de prendre comme nouveau thème de l’ancienne expression artistique), mais de vivre et d’approfondir directement, de transformer. »
I.S. n° 2, décembre 1958.

Construire une architecture équivaut à fixer un mode de vie. La fonction psychologique de l’ambiance, l’architecture et l’urbanisme sont à la base du projet situationniste. Il faut recréer consciemment l’environnement de l’homme. Changer de façon d’être artiste en passant de l’objet-marchandise à l’objet-projet . Transports, électroménager, robotique, temps libre constituent le nouveau panorama du bonheur universel. L’architecture supposant une vision globale de l’organisation des mœurs est forcément utopique. Sans doute est-elle le seul art qui le soit naturellement. Les situationnistes sont progressistes, collectivistes, synthétiques, disciplinés, évolués, anti-art, hyper-conscients, à la recherche de nouveaux comportements dans de nouveaux décors, pour la fusion des avant-gardes artistiques et technologiques, constructeurs de situations. L’architecture est la mère des arts, écrit Asger Jorn, mais en ce moment, cette mère dévore ses enfants. Debord préconise des atmosphères inhabitables, des labyrinthes nouveaux et Vaneigem, après Gilles Ivain, dénonce le chantage à l’utilitarisme que les architectes imposent à la population. La New Babylon de Constant est un dispositif spatial « in progress » pour un Ulysse de banlieue, une dérive ludique, anti-fonctionnaliste, qui détourne les structures du Ricolais, de Frei Otto et de Buckminster Fuller. C’est le fin de toute architecture ! Du titane, de l’aluminium, du verre, du nylon ! Des échafaudages…

En décembre 1959, dans le n° 3, Giuseppe Pinot-Gallizio expose ses idées : seules la création et la destruction continues et implacables constitueront indissolublement la passionnante et inutile recherche d’objets d’un emploi momentané ; minant les bases de l’économie ; détruisant les valeurs ou empêchant leur formation. Le perpétuel nouveau abolira l’ennui et l’angoisse créés par l’infernale machine, qui est reine du tout-pareil. La quantité et la qualité seront confondues dans leur mouvement : civilisation du luxe standardisé, qui annulera les traditions. Les décors nouveaux, qui vont du tissu à l’habitat, des moyens de transport aux manières de boire, aux aliments, à l’éclairage, aux villes expérimentales ; ces décors seront uniques, artistiques, impossibles à répéter. La planète se transformera en un Luna Park sans frontières, produisant des émotions et des passions neuves…

Dans le n° 4 de juin 1960 est décrite la zone que Stéphane Magnin maintient en activité, la zone jaune, le zone des jeux.

Dans le n° 7, en avril 1962, Michèle Bernstein déclare : « Il n’y a plus d’artiste moderne concevable en dehors de nous. »

– Géopolitique de l’hibernation. Six illustrations sur les abris anti-atomiques – l’équilibre de la terreur. Les abris destinés à sa famille : terrorisme de la conformité – Standing de survie – Banalités de base – abris aussi – critique de la survie – dénuement dans l’abondance – défiance vis-à-vis des mythes technicistes.

Dans le n° 8 de janvier 1963, ils citent à la page 20 Le Monde des non-A, de A. E. Van Vogt . C’est un grand classique de la science-fiction, qui date de 1945 et qui a été traduit en français en 1953 par Boris Vian. Ce livre est à la fois un roman policier, un roman philosophique et un conte mythique. Gilbert Gosseyn est manipulé par un meneur de jeu qui se considère lui-même comme une Dame dans un échiquier cosmique. La violence physique et la contrainte morale y sont omniprésentes. « Les bandes et les meutes, les meurtriers et les voleurs qui allaient apparaître attendaient qu’il fît plus sombre. » Il y a la présence de la nuit, l’incohérence apparente de l’univers, l’attente d’une menace imprécise, l’omnipotence des agents de la Machine des jeux, une solitude pesante, un héros qui erre sans but – tout l’imaginaire de l’I.S. ! Le non-A, c’est le système « non-aristotélicien » de Alfred Korzybski (1879-1950), fondateur de la sémantique générale : la carte n’est pas le territoire. Chaque année, la Machine des jeux sélectionne ceux qui ont accédé à la clarté et les envoie vivre dans une communauté anarchiste sur Vénus. Van Vogt, ce passionné, ce génie visionnaire et brouillon, finira par se convertir à la dianétique débutante.

Please, be seated, Saturn girl !

Si dans le détournement de la science-fiction par l’I.S., il y a beaucoup d’humour, une mise à distance de leurs ambitions mégalomaniaques, il y a aussi un effet de surprise, une découverte sidérante : se révolter c’est comme venir d’une autre planète, changer de regard sur la vie dans ce qu’elle a de plus infime, de plus quotidien, être un Saturnien…Quand on leur demande : les positions situationnistes sont-elles utopiques ? Ils répondent : la réalité dépasse l’utopie. La richesse des possibilités techniques est infinie. La pauvreté de leur utilisation vient des dirigeants actuels. Et ils écrivent au cybernéticien Abraham Moles : « Tu es un robot bien trop rustique pour faire croire que tu peux tenir le rôle de professeur d’université. »

La science-fiction = sarcasmes, parodies, inventions, utopies corrompues au fiel le plus amer. A côté de certains auteurs de science-fiction, les situationnistes sont des enfants de cœur, des dandys conseillistes, des marxistes sectaires, des artistes nombrilistes qui ont perdu toutes les guerres qu’ils ont menées. Nous avons tout à réinventer. Stéphane Magnin s’y emploie en démonétisant tous nos vieux catéchismes. Il les dissout dans le flux du contemporain. Pour lui, l’I.S. n’est qu’un des aspects de la contre-culture. Bien vu

Grandeur et décadence : extension et groupuscules.

« Votre civilisation représente la mort. Vous mangez de la nourriture morte. Vous vivez une vie de mort. Vous avez besoin d’art mort. Vous baisez des femmes mortes. » King Mob Group, 1969.

L’âge d’or du mouvement situ se situe un peu avant et pendant les années 70. Provos hollandais, autonomes italiens, alternatifs allemands, punks anglais, se réclament du situationnisme. Dans la contre-culture, la route, les communautés, l’amour libre, les stupéfiants, de continuelles conspirations au sein d’innombrables petits groupes, les aventures hippie et situationniste se confondent.

Science-fiction & utopies & dystopies.

Et si le rêve était plus réel que la réalité ? La science-fiction et ses tares – fabulation facile, enthousiasme inconsistant, logomachie fumeuse et évasive – se déclinent sous toutes les formes : écrits, expositions, shows, films, disques, timbres-poste, affiches, jouets, etc. La science-fiction est pour l’essentiel un questionnement ; elle corrode les compacités sociales, relativise leurs absolus. A l’inverse, l’utopie cherche une vision rassurante d’un avenir planifié. S’évader hors des contingences, de l’histoire. L’utopie est par essence antihistorique. Contrairement à la science-fiction, elle donne la prépondérance à la dimension spatiale de l’expérience aux dépens de sa dimension temporelle. Aucun intervalle entre le désir et sa satisfaction. Univers manichéen. Le rôle des îles dans les projets utopiques, symptôme évident d’autisme, la nostalgie du passé, les structures rigides de la cité traditionnelle, de la quiétude du sein maternel. Même l’utopie marxiste, la plus scientiste de toutes, a cru devoir se référer au mythe justificatif du communisme primitif.

Le statu quo est aussi une utopie (la gestion technique qui feint l’universalité et ignore ou feint d’ignorer ce qu’elle veut, et se revendique du bon-sens et de l’évidence joliment critiqués par Barthes.)

On ne peut pas parler de dystopies sans rendre hommage à Huxley, à Orwell et à leur prédécesseur, I. I. Zamiatine, l’auteur de Nous autres.

Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes (1932), surproduction, surpopulation et surconsommation, prévision prophétique de la tentation de la drogue dans une société d’abondance – liberté totale du sexe en tant que moyen de plaisir, stimulé au besoin par des pilules – l’espèce se perpétue par voie de laboratoire. Soixante jumeaux identiques sortent d’un même œuf. Horreur du beau et du gratuit chez les esclaves.

George Orwell, 1984 (1948), répression sexuelle totale, réécriture permanente du passé, emploi systématique de caméras de surveillance. Une technique appelée « double pensée » permet d’assumer simultanément des positions inconciliables, comme l’adhésion à un idéal socialiste conjuguée avec un mépris effectif du travailleur.

« Le ministère de la Vérité – Miniver, en novlangue – frappait par sa différence avec les objets environnants. C’était une gigantesque construction pyramidale de béton d’un blanc éclatant. Elle étageait ses terrasses jusqu’à trois cents mètres de hauteur. De son poste d’observation, Winston pouvait encore déchiffrer sur la façade l’inscription artistique des trois slogans du Parti :

LA GUERRE C’EST LA PAIX

LA LIBERTÉ C’EST L’ESCLAVAGE

L’IGNORANCE C’EST LA FORCE

Chute Libre

Les auteurs de Chute Libre sont davantage tournés vers les sciences humaines que vers la technologie. Avec une nette prédominance, un fort attrait pour les sexualités déviantes, les drogues et une interrogation obsessionnelle sur toutes les formes possibles d’exercices du pouvoir.
Au dos de chaque numéro de la collection figure la réclame suivante :

Lecteur
Ton époque : une farce
dont tu es le figurant
Ton rôle : produire, en baver, la boucler
Ton avenir : produire plus,
en baver plus, la boucler plus
Pourtant
Tout change : les idées,
les sentiments,
les désirs
Tout vibre : les corps, les villes,
les planètes
Tout explose : les cerveaux, les poings,
les sexes
Alors
Décroche : sans toi
la plaisanterie ne peut pas durer
Agis
Jouis
Chute Libre
Décrit ton époque
: tout ce que tu as
trop longtemps refoulé va jaillir
Alors
Mets-toi en chute libre.

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James G. Ballard (1930), qui n’y fut pas publié, est peut-être l’écrivain de science-fiction le plus proche des environnements glacés de Stéphane Magnin. Au début, Magritte, Dali, le meilleur de l’imagerie surréaliste. Rien de tripal ni de bourbeux. Chichiteux ! Ensuite, les cauchemars contemporains. Une suite de tableaux hyperréalistes montés cut. L’armement thermonucléaire et les réclames de boissons gazeuses coexistent dans un royaume aux lueurs criardes, gouverné par la publicité, les pseudo-événements, la science, la technologie, l’architecture utopique et la pornographie. « Je crois à mes obsessions personnelles, à la beauté de l’accident de voiture, à la paix de la forêt engloutie, à l’émoi des plages estivales désertes, à l’élégance des cimetières de voitures, au mystère des parkings à étages, à la poésie des hôtels abandonnés. » Ses personnages à la recherche d’eux-mêmes surfent et planent sur les catastrophes. Recomposition du monde extérieur en termes mentaux. Le paysage est une métaphore extrême d’un drame intérieur. Sémiologie, psychologie freudienne. Ses catastrophes symboliques, anti-réalistes, structurées comme un inconscient. Afin de survivre, l’obligation de trouver en soi-même un climat psychologique comparable au climat extérieur. « La science et la technologie prolifèrent autour de nous, au point de nous dicter leur langage. Nous avons le choix : utiliser ce langage ou demeurer muets. » Sa définition du bonheur est nietzschéenne : se trouver et devenir ce que l’on est. Nouvelles mythologies. New Wave. L’obsession du vol sous toutes ses formes : l’éternité du rêve. Et comme chez Archigram, le sable volant dans les rues désertes d’une station balnéaire un dimanche après-midi. Le Luna Park est ouvert mais il n’y a personne pour y aller. La voiture comme métaphore sexuelle et comme synecdoque de la société actuelle. Décomposition et régression vers l’animalité d’une petite société vivant dans un I.G.H. (immeuble de grande hauteur). « L’équilibre de la réalité et de la fiction s’est radicalement modifié au cours de la décennie écoulée, au point d’aboutir à une inversion des rôles. Notre univers est gouverné par des fictions de toute sorte. Nous vivons à l’intérieur d’un énorme roman. Il devient de moins en moins nécessaire pour l’écrivain de donner un contenu fictif à son œuvre. La fiction est déjà là. Le travail du romancier est d’inventer la réalité. »

La démarche de Stéphane Magnin est aussi assez proche de celle de Philip José Farmer (1918) car « quel que soit le sérieux de mes écrits, je sens Bugs Bunny peser sur mes épaules comme le daïmon de Socrate », dit-il. Fanfaron exubérant, paillard, lubrique, choquant, palpitant et hilarant contestataire, ardent démolisseur de préjugé, cherchant à détruire à coup de parodies le genre même… 1952, Les Amants, pour la première fois y était décrit dans les termes d’une sexologie puritaine à la Kinsay un terrien copulant avec une extraterrestre. Le héros se rebellait contre la hiérarchie cléricale en couchant avec une humanoïde de type insectoïde. 1953, Mère, Eddie et sa mère débarquent sur la planète des matrices géantes. Eddie choisit la régression utérine. 1960, Ouvre-toi à moi, ma sœur. 1960, Chair, la Terre est sous le joug d’une religion priapique. Il écrit une suite à Moby Dick ou au Tour du monde en 80 jours. Une biographie de Tarzan qui fouille les mœurs intimes de celui-ci. Dracula bien sûr, car quoi de plus tabou que le sang – les règles ! – fut aussi l’un de ses sujets. Comme Borges, grand admirateur de Richard Francis Burton (1821-1890). Bref un hippie qui pense que les gens qui ont du sexe à satiété ne peuvent en être obsédés et n’ont besoin d’aucun substitut, violence y compris. Faites l’amour, pas la guerre ! Le pouvoir est dans nos os et dans nos veines – il est désespérément suranné.

Norman Spinrad (1940) fait actuellement partie d’un groupe de musique avec Richard Pinhas et Maurice Dantec ! Phallocrate sinistre, provocateur professionnel, anarchiste obscène ; un nostalgique de l’époque hippie, l’unique vrai auteur gauchiste de la science-fiction américaine. Sa problématique : le pouvoir. On propose la présidence des Etats-Unis à Jack Barron, l’animateur d’un reality show. En 1967 ! Langage très cru, opposition entre les médias et le grand capital.
En 1972 dans Rêve de Fer, il prend Adolf Hitler, Lord of the Swastika, comme héros. Les Anges de la Mort = des motards portant une croix gammée. Afin d’éviter la tragédie de la contamination génétique et de préserver la pureté raciale, le dictateur autrichien utilise le clonage.
Dans Little Heroes, la compagnie Muzik Inc. règne sur le monde. Ces cyborgs produisent en laboratoire un rock qui lobotomise la population. Les sourds sont surveillés par une horde de vigiles. Des hackers révolutionnaires tentent de rendre les pixels au peuple.
Le Chaos final, Chute Libre n° 4 : les mangeurs tyrannisent et consomment tout cru les mangés. Leitmotiv : « Et on s’amuse et on rigole ! »
Les Pionniers du chaos, Chute Libre n° 6 : l’Hégémonie règne, la Ligue démocratique s’y oppose mais les vrais maîtres du jeu sont les membres de la Confrérie des Assassins dont le credo est un livre de sociologie qui traite de l’entropie.
Pour Spinrad, le pouvoir corrompt absolument et le seul antidote a cela est de susciter le chaos…

Tout ce qui compte en science-fiction à l’époque est dans Chute Libre : l’as de la forme courte Roger Zelazny , le sentimental et brillant Theodore Sturgeon , l’hyper intello Samuel Delany , le conceptuel Ian Watson et l’éditeur de la new wave, Michael Moorcock . En 1964, ce dernier prend la direction de la revue londonienne New World. Avec ce colosse barbu, pape de l’underground londonien, les sciences humaines, à commencer par la linguistique, vont remplacer l’astronomie, l’astrophysique et la technologie spatiale dans la science-fiction mondiale. Il va publier toute l’impubliable Fiction Spéculative : œuvres expérimentales par la forme et/ou par le fond. Camp de concentration de Thomas Disch par exemple : un livre de 1968 sur la drogue et sur son utilisation par le gouvernement. C’est la guerre. Une agence gouvernementale inocule une sorte de syphilis à des objecteurs de conscience, infection qui rend très intelligent tout en tuant rapidement… La maladie se répand par les rapports sexuels. La première infection est produite par un rapport anal entre un Noir et une femme blanche, cadre supérieure et vierge !
Dans ses propres livres, Moorcock campe toujours un champion immémorial qui s’efforce de maintenir le fragile équilibre entre les forces de l’ordre et le club des amis du désordre… Son héros affiche une délectation sadique et, au lieu de mener le jeu, se sent l’instrument aveugle de conflits qui l’instrumentalise et le dépasse.

P. K. Dick (1928-1982)

La fin de l’époque coloniale avait transformé l’ethnologie en sociologie, la conquête spatiale va transformer la science-fiction en k-dickeries. On va explorer l’espace intérieur ! Se lancer dans des mises en scène à tout petit budget. L’individu fabrique sa propre réalité. Il projette son Moi. Apprenez à connaître votre dealer ! Il y a autant de réalités que d’individus et les réalités d’autrui sont toutes menaçantes… La réalité est voilée, œuvre d’une déité mineure et néfaste. Un extraterrestre prend l’apparence du père d’un jeune garçon ! Le monde phénoménal est un leurre. Le Dr Sourire est une valise-psychiatre, Bob Arctor s’espionne lui-même, Horselover Fat explique à K. Dick qu’il ne sait pas lequel des deux, de l’auteur ou de lui, le personnage principal du livre, élabore toutes ses hypothèses farfelues. Vie de couple impossible, société mortifère, menacée par la bistouille, incapable de savoir s’il est un androïde (humanoïde bipède qui n’est pas d’essence humaine), un homme, un dingue ou une chose. Entropie, désordre toujours croissant de la matière, confusion de tous les esprits et des machines pensantes. Vertige et désir de la régression schizo. Le simulacre est le pivot et la hantise de l’écrivain. Grand lecteur de Finnegans Wake, il emprunte la formule du récit dissocié à James Joyce. Dévoreur de physique théorique, de psychologie, de publications neurologiques traitant de la latéralisation cérébrale, de manuels japonais de jardinage, de théologie et d’écrivains français du XIXe siècle, K. Dick subit une forte influence de la pensée gnostique. Dedalusman ! Le temps linéaire n’existe pas, notre monde n’est qu’illusion. Dick est le déclassé type. Il veut être romancier mais aucun éditeur n’accepte ses « vrais » romans. Il va élever le genre hors de lui-même avec une indifférence au style, une écriture simple et naturelle, qui fait que ses romans semblent intemporels. Tout est cheap, non-héroïque, se passe en banlieue, dans la zone. Son loufoque réparateur intègre, courageux et solitaire incarne la loyauté, le savoir-faire manuel, l’indépendance d’esprit et la révolte contre les institutions – industrielle, commerciale ou étatiques – sans âme. Les androïdes esclaves se révoltent et des chasseurs de primes sont chargés de les abattre. Un chef d’entreprise, victime d’un accident, apprend qu’il est un robot et il en souffre !

Dans Radio libre Albemuth, Dick (qui y figure en tant que personnage) s’entend dire par son geôlier (il est prisonnier politique dans une Amérique ouvertement fasciste) que c’est dorénavant le gouvernement qui écrira ses livres, lesquels continueront de paraître, truffés de propagande pro-gouvernementale, même s’il est exécuté.

K. Dick est le super crack du doute, l’empereur de la perception subliminale d’univers parallèles. Dans son œuvre, la drogue est omniprésente . Grand consommateur d’excitants et de calmants – les années 60 prêtaient aux drogues une aura de prestige et d’aventure qu’on ne retrouve plus guère aujourd’hui. C’était hip, branché. Une seule prise de L.S.D. et une seule de mescaline. Ce n’était pas son truc. Il préférait les médicaments : des myorelaxants, des antispasmodiques, des hypotenseurs (Apresoline, Dyazide), des antidépresseurs, du Librium, du Valium, du Ritalin, du Dexamil, de la méthédrine, des speeds, de l’angel dust (P.C.P.), de la Dexédrine, de la Benzédrine, de la Stélazine, du Darvon, de l’Elavil, du Sinequan, du Tranxène. Quelle poésie ! Mais il écoutait aussi la voix de la Shekkinah , de la Sibylle ou de l’I.A.

Les Combinés Poupée Pat ont pour mission officielle de fabriquer des combinés miniatures de rêve. Ce sont des maisons de poupée – immense garde-robe, appartements de luxe, décapotables aux courbes aérodynamiques, villégiatures idéales, – où sont translatés les colons martiens lors de « voyages » sous l’influence d’une drogue illégale nommée D-Liss, pour se retrouver incarnés dans les anatomies irréprochables de Walt et de Pat. Lorsque trois couples voyagent ensemble, les trois garçons peuvent être ensemble Walt simultanément, mystère aussi impénétrable que la sainte Trinité.

Il multiplie les romans dans lesquels le Jeu est le principe organisateur de la société. En 1963, par exemple dans Les Joueurs de Titan. Ce que l’I.S. prêchait, il l’hallucine ! K. Dick reconnaissait être attiré par ce qui ne vaut rien ou presque, comme si c’était là que résidait la réponse, l’indice suprême. Il dénichait constamment des problématiques elliptiques, des angles d’approche inhabituels. Dans ce qu’il a écrit, on trouve, disséminés de-ci de-là, aussi bien des choses distrayantes que des questions religieuses, ainsi qu’une tendance au social ou au sociologique plutôt qu’un penchant pour les sciences dures. L’impression d’ensemble est puérile. Ce n’est pas le travail d’un individu complexe et raffiné. Tout est réel au même titre, la pacotille comme le reste. On a là un esprit fertile, créatif, percevant des séries en perpétuelle modification, ce qui est sérieux devenant amusant, ce qui est amusant devenant triste, et l’horrible restant ce qu’il est : horrible. Avec le temps, cette rapide permutation des possibilités est susceptible de juxtaposer et de révéler des choses importantes, automatiquement omises par la pensée ordonnée. Puisque rien, absolument rien n’est exclu (car considéré comme indigne d’être inclus), il propose un vaste sac à malices d’où il fait sortir tout à coup aussi bien Dieu que les portes à qui il faut donner une pièce pour qu’elles s’ouvrent.

Dans son allocution « L’homme et l’androïde », il propose d’étudier la nature propre de l’homme pour tenter de mieux comprendre les fonctionnements et dysfonctionnements des systèmes électroniques… Il dit aussi que les jeunes hippies qui crient des slogans sont régressifs et que seuls sont dans le vrai ceux qui se rebellent par égoïsme pur. Si nous sommes en passe d’entrer dans une société totalitaire, les valeurs les plus authentiques pour la survie de l’être humain ne seront-elles pas la déloyauté, le mensonge, la fuite, le faux-semblant, la falsification de documents et la fabrication clandestine de gadgets électroniques ?

Il accueille chez lui des gens « vraiment pervers » comme antidote au petit monde confortable, rationnel et mou que lui impose son épouse. Lors de son long séjour au centre de désintoxication X-Kakay à Vancouver, il juge que les jeux de thérapie par l’agression révèlent plus ce que l’on redoute être que ce que l’on est et que dans cette ville rien ne vieillit, rien ne s’use, rien ne se salit ; sinon, la police débarque et le tue.

Dick pense que la réalité culturelle dans laquelle il a toujours vécu, celle de la Californie, n’a ni tradition, ni dignité, ni morale. Comment créer des romans fondés sur cette réalité-là et qui n’aient pas un côté toc ? demande-t-il. « Si Dieu Se manifestait à nous ici, Il le ferait sous forme d’un atomiseur vanté à la télé. » Mais il y retourne pour écrire Substance Mort, description d’un enfer, d’un désespoir complet. Durant ses longues séances nocturnes de travail, il pleure tout en l’écrivant. Ce qui renforce son sens de l’humour !

Au début des années 70, il se nourrit exclusivement de tourtes au poulet surgelées et de biscuits aux pépites de chocolat. Peur panique et durable du gouvernement. Il voit deux psychiatres, l’un le juge paranoïaque et l’autre, simulateur. Il écrit une nouvelle contre l’avortement, place ses héros face à des épiphanies, cherche à tout prix à s’échapper (mentalement) de son proche environnement. En 1976, il écrit : « Je me suis peu à peu rendu compte que les plus grandes souffrances ne viennent pas du fond de l’espace mais du fond du cœur. Evidemment, l’un n’empêche pas l’autre ; vous pouvez voir partir votre femme et vos enfants, vous retrouver seul dans votre maison, à la campagne, sans plus aucune raison de vivre, et en plus voir les Martiens forer un trou dans le toit et vous tomber dessus. »

Le confort ou la mort !

Les bâtisseurs d’imaginaires, qu’ils soient bricoleurs ingénieux ou technocrates mégalomanes sont deux fois gobe-mouches, une première fois dans leur approche littérale de la représentation et une seconde fois dans leur croyance aux potentialités des idées qu’elles soient pratiques ou non. C’est pourquoi la gamberge de Stéphane Magnin se trouve comme chez elle dans le terreau des architectures utopiques. Ce vieux gamin s’intéresse tout autant aux constructions vernaculaires, aux délires anonymes, aux cavernes des troglodytes[[25 000 en France, le long de la Loire en Touraine.,]] aux structures dans les arbres, qu’aux villes-forteresses de Vauban ou aux dessins néo-classiques de Lequeu, Ledoux, Boullée, à Gaudi qu’aux « architectones » du constructiviste Casimir Malevitch, à Adolf Loos, au génial Frank Lloyd Wright, au Brésilien Oscar Niemeyer qu’à Eero Saarinen. Que racontent ses objets, ses dessins, ses plans, ses maquettes de nos préoccupations et de nos projets ? s’interroge l’artiste.

Comprenez-moi bien. Je ne dis pas que l’on voit de l’architecture dans ses choses. Je dis qu’il s’inspire du désir qui animait les inventeurs de formes habitables. Le Prince charmant compulse des catalogues : quelle salle de bain va-t-il offrir à sa princesse ? Ça, c’est de l’aventure !

Stéphane Magnin est un modeste, ce qu’il exhibe l’est aussi. C’est en cela qu’il est si touchant : un trou de souris dans un palais, un imaginaire tout fait de dessins animés dans lesquels un cornichon pourchasse un morceau de fromage, où le principe de plaisir traque le principe de réalité jusqu’à l’écœurement le plus total. Puis le lendemain, on remet ça…
Quand on habite près de Monaco, on sait ce que Disneyland veut dire ! Le monde du tout ludique qui règne sur nous qu’est-ce d’autre que l’extension du régime de la plage à l’univers entier de la production-consommation. Nos musées, à deux-trois exceptions près , ne sont-ils pas tous de conception néo-antique ou carrément empire ? Alors que l’art de Stéphane Magnin, à l’inverse, c’est l’animation d’un hall à Las Vegas vu par Lionel Venturi, l’air conditionné comme délivrance cher à Rayner Banham ou encore l’environnement total du shopping si bien analysé par Rem Koolhaas et ses pairs. Pour ceux qui ont vu à Monaco en 2000 le show mémorable « Air-Air » dont Magnin était commissaire , exposition consacrée au gonflable dans toutes ses applications, et particulièrement en architecture, tout ceci paraîtra évident. Pour les autres, ajoutons qu’il y a du Jeffrey Shaw chez Stéphane Magnin mais en tendance miniaturiste. Les concepteurs d’« Air-Air » considérait le champ d’utilisation du gonflable comme une manière radicale de penser son environnement familier. Et qui fut plus radical que B. Fuller ? Qui !

C’est tout ça que Stéphane Magnin transforme en confettis pavesiens. Il a grandi du temps du situationnisme de masse , lorsque les punks braillaient : No Futur ! Il combine, il manipule, mixe, permute, contamine sans hésiter des démarches hétérogènes. Il scratche ! L’arbitraire est sa façon à lui de résister. Quelle douce et ironique musique ! Le recyclage, usure & dégoût, mais aussi transe face à l’éternel retour du même. Ah ! Retrouver son bon vieux monorail. Jubilation et mélancolie broyées de concert !

Discographie.

-* Albert Ayler, Live in the Greenwich Recording, 1998.
-* Artefact, Agit’Pop, 1980.
-* Asphalt Jungle, Marie et les garçons, etc, Nos années Punk, 1977-1980, 2002.
-* Bob Dylan, Pat Garrett and Billy the kid, 1973.
-* Brian Eno, Discreet Music, 1977.
-* Brian May, Mad Max 2, 1981.
-* Can, Tago Mago, 1971.
-* Charles Ives, New England Symphony, 1912.
-* Devo, Are We Not Men ?, 1979.
-* DNA, You & You / Littles Ants, 1978.
-* Edgar Varèse, Poème électronique, 1958.
-* Erik Satie, Musique d’ameublement, 1920.
-* Funkadelic, Maggot brain, One Nation Under A Groove, 1971, 1978.
-* George Crumb, Night of the Electoric Insects.
-* Giacinto Scelsi, Canti del Capricorno.
-* Gong, Camenber Electrique, 1971.
-* György Ligeti, Atmosphères, 1961.
-* Ian Dury, New Boots and Panties, 1977.
-* Iggy and The Stooges, Raw Power, 1973.
-* Jean-Sébastien Bach, “Wachet auf, ruft uns die Stimme”, BWV 140.
-* Jefferson Airplane, Surrealistic Pillow, 1967.
-* Jerry Goldsmith, Alien, Total Recall, 1979, 1990.
-* John Carpenter, Alan Howarth, New York 1997, 1980.
-* John Coltrane, The Complete 1961 Village Vanguard Recordings, 1997.
-* Johny Thunders, Hurt me, 1983.
-* Joy Division, Love will tear us apart / These days, 1980.
-* Karlheinz Stockhausen, Stimmung, 1968.
-* Kraftwerk, Autobahn, Radioactivity, The Man Machine, Computer World, 1974, 1975, 1978, 1980.
-* Krzysztof Penderecki, String Quartet, 1960.
-* Link Wray, Early Recordings, 1963.
-* Luc Ferrari, Petite Symphonie intuitive…, 1990.
-* Métal Urbain, Panik / Lady Coca Cola, No New York, 1978).
-* Mike Oldfield, Tubular Bells, 1973.
-* Neu, Neu, 1972.
-* Nusrat Fateh Ali Khan, En concert à Paris, Vol. 2, avril 1987.
-* Parliament, Chocolate City, 1975.
-* Père Ubu, The Modern dance, 1978.
-* Pierre Henry, Messe pour le temps présent, 1967.
-* Public Image ltd, Public Image, 1978.
-* Robert Cohen-Solal, Les Shadoks, 1968.
-* Rolling Stones, Sticky Fingers, 1972.
-* Senor Coconuts, Hikashu, etc, The radioactive tribute to Kraftwerk, 2002.
-* Sex Pistols, Never Mind The Bollocks, Here’s The Sex Pistols, 1977.
-* Steve Reich, Different Trains, 1975.
-* Suicide Romeo, Images, 1980.
-* Suicide, Suicide, 1977.
-* Talking Heads, Fear of Music, 1979.
-* The B 52’s, The B 52’s, 1978.
-* The Gun Club, Fire of Love, 1981.
-* The Normal, T.V.O.D. / Warm Leatherette, 1978.
-* The Pop Group, The Pop Group, 1979.
-* The Residents, Meet The Residents, The Residents present the Third Reich’ Roll, Eskimo, 1974, 1975, 1979.
-* The United States of America, I won’t leave my wooden wife for you, sugar, 1967.
-* The Cramps Human Fly / Domino, Surfin bird / The Way I walk 1977.
-* Throbbing Gristle, Zyklon B Zombie / United, D.o.A., The third and final Report of TG, 1970.
-* Tuxedomoon, Half mute, 1979.
-* Vangelis, Blade Runner, 1982.
-* Velvet Underground, The V.U. and Nico, Loaded, White Light, white Heat 1966, 1967, 1970.

Catalogue capcMusée d’art contemporain de Bordeaux, octobre 2003.

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La force de l’art 2…

(S. Magnin a brisé au marteau des pierres précieuses et a dispersé la poudre dans la peinture des praticables dans lesquels les artistes ont exposé. Ce texte était écrit au sol à l’entrée de l’exposition).

Une nuit d’entre les nuits, le khalifat Haroun Al-Rachid dit à Giafar Al-Barmaki : «Je veux que nous descendions cette nuit vers la ville, pour nous distraire ! » Et Giafar répondit : « J’écoute et j’obéis ! »

Et le khalifat el Giafar et Massrour le porte-glaive se déguisèrent et descendirent et se mirent à marcher à travers les rues de Bagdad, lorsqu’on passant dans une ruelle ils virent un vieillard fort âgé qui portait sur la tête un filet de pêche et une couffe et qui tenait à la main un bâton ; et ce vieillard s’en allait lentement en fredonnant ces strophes :
« Ils m’ont dit : « 0 sage ! Par ta science tu es entre les humains comme la lune dans la nuit ! »
Je leur répondis ; « De grâce épargnez-moi ces paroles ! Il n’y a point d’autre science que celle du Destin !»

Car moi avec toute ma science, tous mes manuscrits et mes livres et mon encrier, je ne saurais contrebalancer la force de la Destinée pendant un jour seulement ! Et ceux-là qui parieraient pour moi ne pourraient que perdre leurs arrhes !

En effet, quoi de plus désolant que le pauvre, l’état du pauvre et le pain du pauvre et sa vie !
Si c’est l’été, il épuise ses forces ! Si c’est l’hiver, il n’a pour se chauffer que le cendrier. S’il cesse de marcher, les chiens se précipitent pour le chasser ! Il est misérable un objet d’offenses et de moqueries ! Oh ! Qui donc plus que lui est Misérable ? S’il ne se décide point à crier sa plainte aux hommes et à montrer sa misère quel est celui qui le plaindra ?

Oh ! Si telle est la vie du pauvre, que la tombe pour lui est donc préférable !

En entendant ces vers plaintifs, le khalifat dit à Giafar ; « Les vers et l’aspect de ce pauvre homme indiquent une grande misère. » Puis il s’approcha du vieux : 0 cheikh quel est ton métier ? » Il répondit: «O mon maître, pêcheur ! Et bien pauvre ! Et j’ai une famille ! J’étais khalife. Le Destin m’avait accordé tous ses dons. J’avais le plus beau des palais, il n’est plus qu’une infecte masure. Et, maintenant depuis midi, je suis hors de chez moi à travailler, et Allah ne m’a point gratifié encore du pain qui doit nourrir mes enfants. Aussi je suis dégoûté de moi-même et de la vie, et je ne souhaite plus que la mort ! » Alors le khalifat lui dit : « Peux-tu revenir avec nous vers le fleuve, et jeter, de la rive ton filet dans le Tigre, et cela en mon nom, pour voir un peu ma chance ? Et tout ce que tu retireras de l’eau je te 1’achèterai et te le payerai cent dinars. » Et le vieux se réjouit à ces paroles et répondit : « J’accepte l’offre et la mets sur ma tête ! »

Et le pêcheur revint avec eux vers le Tigre et y jeta son filet et attendit ; puis il tira la corde du filet et le filet sortit. Et le vieux pêcheur trouva dans le filet une caisse fermée, fort lourde à soulever. Et le khalifat aussi, après essai, la trouva fort lourde. Mais il se hâta de donner les cent dinars au pêcheur, qui s’en alla consolé. Alors Giafar et Massour se chargèrent de la caisse, rentrèrent au palais et en firent sauter les serrures et cadenas.

Haroum Al-Rahid fit porter au pêcheur une cassette de rubis, diamants, émeraudes, saphir, pour restaurer la splendeur de son palais.

Les semaines, puis les mois passèrent et le pêcheur resta pêcheur. A la fin, dévoré d’une brûlante et dévorante curiosité Haroum Al-Rachid lui rendit une visite de courtoisie…

Comme convenu, Haroum Al-Rachid arriva dans la masure délabrée, et il eut beau scruter attentivement chaque recoin, il ne remarqua aucun changement, ni à l’extérieur, ni à l’intérieur de la vieille et grande bicoque. Ils prirent le thé, échangèrent les salamaleks et autres formules de circonstance jusqu’à ce que n’y tenant plus Haroum Al-Rachid demande au pêcheur ce qu’il avait fait des pierres précieuses. Le pêcheur lui répondit, en pointant de l’index un trou dans le toit : « – Quand le soleil passera par cette brèche, tu sauras ! Ce que le Destin te donne, il peut te le reprendre. C’est pourquoi j’ai transformé l’âme de mon âme, le sol de mon sol, la vie de ma vie ».

Et à ce moment précis le soleil illumina de mille feux le sol qui scintillait de toute la poussière et des minuscules débris des cailloux précieux que le pêcheur y avait fait maçonné…