Rêver pour penser à leurs pensées

Texte de Jean Lambert-wild, Programme de Mue, Festival d'Avignon 2005

Il nous faut réapprendre à rêver,
_
À chercher les lieux mystérieux,
_
Où,
_
Rassemblées,
_
Nos voix,
_
En chaînes de montagnes,
_
Ouvertes,
_
Sur mille gouffres, sur mille sommets,
_
Nous appelleront à nous transformer.
_
Car,
_
Il n’y a à attendre d’espace de communication sans mystère et sans espace commun,
_
Que de pauvres histoires,
_
Mises là pour nous permettre de franchir péniblement nos journées.
_
Ces espaces de communication sont les nouveaux espaces marchands de coercition,
_
Où le discours n’est la brèche
_
D’aucun événement,
_
D’aucun éblouissement.
_
Mais ces barrages de mortmots,
_
Ne doivent pas nous arrêter.
_
Les paroles ne sont pas dites pour être écoutées !
_
Elles sont les barreaux d’une échelle offerte à qui veut s’élever.
_
Une échelle dont l’équilibre est assuré par l’effort de la communauté,
_
Et que chacun tour à tour peut gravir.
_
Car qu’est ce que parler veut dire ?
_
Si ce n’est se glisser,
_
À notre insu,
_
De l’autre côté de notre visage,
_
Au sein de notre vérité.

Voilà ce que m’ont réappris les A’Uwé Uptabi,
_
Les hommes de vérité de Etênhiritipa.
_
Me glisser dans tous les ailleurs contenus de mes rêves,
_
Trouver la forme pour les partager,
_
Me déposséder de mes mots,
_
Et dire,
_
L’aube d’une Mue,
_
Qui ne m’appartiendra plus.

[www.comediedecaen.com/upload/media/Mue_comp.pdf->http://www.comediedecaen.com/upload/media/Mue_comp.pdf]