Propos de Jonas Mekas

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2000

 

« Penses-tu qu’aujourd’hui les nouvelles technologies de l’image sont plus faciles d’utilisation que la caméra de cinéma classique ?

Dans tous les arts, il s’invente constamment de nouveaux outils, de nouvelles couleurs, de nouveaux sons, de nouvelles technologies (le numérique). Mais juste parce qu’il existe des sons électronique, on ne peut demander à Yehudi Menuhin de laisser tomber son violon et de faire de la musique électronique, on ne peut me demander de laisser tomber ma caméra Bolex que je maîtrise après 40 ans d’utilisation et de me lancer dans les ordinateurs que je ne connais pas.
Il me faudrait 10 ans pour qu’un ordinateur obéisse à mes doigts et ce n’est pas possible.
8 mm, 16mm, 35mm, 70mm, etc et chacun de ces formats utilise différentes lentilles et produit des images de différentes textures et densités, avec des couleurs de différentes qualités etc….

Un peintre peut choisir les couleurs qu’il a besoin pour un travail spécifique, peinture à l’huile ou à l’eau ou autre chose et le choix n’est pas pris au hasard mais par une connaissance des outils et de leur rendu.
Dans le cinéma c’est pareil, chaque outils ou format produit quelque chose de différent. Et ce n’est pas une question de facilité ou de difficulté. Ce n’est jamais pris en compte.

Qu’est-ce que cela signifie pour toi d’ajouter plus d’images dans un monde déjà saturé d’images ?

Dans ce monde, tout est transitoire, toutes ces images réalisées en 20 ou 30 ans. A l’exception de quelques unes d’entre elles qui contiennent quelque chose d’essentiel.
Les personnes veulent les préserver parce qu’ils veulent les revoir, les échanger avec d’autres personnes.
Tout ramène à l’intensité, combien est intense cette pierre précieuse, cette perle, ce morceau de musique, ou cette peinture ou ce film.
Et même si les images sont transitoires, la réalisation d’image est une activité innocente, laissez les personnes en réaliser et être heureux. »

Extraits de l’interview de Jérôme Sans publié en septembre 2000, dans le livre « Just Like a Shadow : Jonas Mekas » aux éditions Steidl Publisher, Göttingen.

Walden, Jonas Mekas, 1969 (extrait)