Pourquoi il faut aider « L’Abominable » à l’heure de son déménagement forcé.

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Appel à soutien écrit par l'équipe de L'Abominable, mars 2011

L’industrie du cinéma, chacun le sait et peut en faire l’expérience concrète, « passe au numérique ». Après des années d’effet d’annonce, la projection numérique des films dans les salles de cinéma commerciales en France et en Europe se déploie véritablement. Par ricochet, les industries techniques sont touchées de plein fouet par la réduction du nombre de copies et désormais, du nombre de tournages en argentique. Partout dans le secteur, restructurations et plans sociaux se succèdent.

Au même moment, l’engouement de nombreux artistes contemporains pour le support film fait symptôme. D’un médium utilisé massivement par une industrie, l’argentique devient désormais un support de création délibérément choisi par un certain nombre de cinéastes et de plasticiens qui mènent avec ce support des recherches spécifiques. Embrasement temporaire teinté de nostalgie ? On peut en douter quand on voit le jeune âge de certains de ces artistes et l’intérêt des institutions de l’art pour ces créations.

Il s’agit plutôt d’un basculement comparable à celui qu’à connu la gravure à la fin du XIXème siècle : un basculement de l’échelle industrielle à celle plus circonscrite, plus précise, de la création.

Mais pour créer il faut encore que ces cinéastes puissent accéder aux moyens techniques appropriés. Avec la transformation de l’industrie cinématographique, disparaissent les machines, les connaissances techniques et les services auxquels ils pouvaient accéder en marge des productions de l’industrie. Le cinéaste étasunien James Benning, auquel la Galerie Nationale du Jeu de Paume vient de consacrer une rétrospective à Paris, abandonne le film après avoir réalisé une vingtaine de longs-métrages sur ce support entre 1976 et 2010. L’artiste britannique Tacita Dean, dont les oeuvres en 16mm sont montrées dans les musées et galeries d’art contemporain du monde entier, doit renoncer à tirer les copies de ses films dans son pays, faute de laboratoire disposé à assurer ce service. Des centaines d’autres, moins connus, font face aux mêmes difficultés.

Parallèlement, à l’échelle mondiale et particulièrement ces dix dernières années, des cinéastes organisent des ateliers avec l’équipement délaissé par les laboratoires et, dans la mesure de leur possibilités, s’affranchissent du passage par l’industrie pour la création de films, de performances et d’installations utilisant le support argentique. La France est particulièrement riche de telles initiatives. Ce sont des initiatives de terrain, souvent modestes et peu visibles, mais sans lesquelles on peut légitimement se demander comment feront les cinéastes désirant travailler sur support film pour produire dans une dizaine ou une vingtaine d’années.

Parmi celles-ci, une structure, l’association « L’Abominable » en Région Parisienne, a su agréger suffisamment d’énergie, de compétences et de matériel pour proposer un éventail technique impressionnant pour le développement et le tirage du super-8, du 16 et du 35 mm et les aller-retours vers le numérique depuis ces formats. Son fonctionnement ouvert, où les cinéastes les plus aguerris apprennent à d’autres la manipulation et le fonctionnement d’outils naguère réputés inaccessibles et trop complexes pour être mis entre toutes les mains, a fait florès et plus de 250 oeuvres ont bénéficié de son existence depuis sa création en 1996. Son activité et son expérience dans ce domaine particulier, l’étendue des possibilités techniques qu’on y trouve et la qualité des oeuvres qui ont été créées avec son concours, lui valent une notoriété internationale et une importance particulière dans le réseau des laboratoires cinématographiques d’artistes européen et mondial bien que ses financements publics soient encore aujourd’hui minimes.

Mais tout cela n’a été possible que parce que L’Abominable payait un loyer quasi-nul. A l’heure où cette structure se retrouve expulsable du local où elle fut créée il y a quelques quinze ans, voyant ainsi son existence mise en péril, l’institution publique doit saisir l’enjeu contemporain que représente le passage de l’outil cinématographique dans les mains des artistes eux-mêmes. Alors qu’elle accompagne considérablement la numérisation des salles commerciales, elle doit donner les moyens à une structure telle que L’Abominable de passer le cap, de poursuivre et développer ses activités à la pleine mesure de l’outil technique et des compétences qui s’y sont opiniâtrement rassemblées.

Asnières-sur-Seine, mars 2011

Pétition de soutien à L’Abominable
www.l-abominable.org/petition

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Janvier 2011

Bonjour,

Comme vous l’avez peut-être appris, l’association L’Abominable, en tant que sous-locataire d’un bailleur qui est expulsable depuis le 30 septembre dernier, se retrouve aujourd’hui en danger d’expulsion — quand bien même elle a toujours payé son loyer depuis 15 ans.

Plus violent encore, le nouveau propriétaire du site, à l’opposé de son grand-père, refuse obstinément de reconnaître notre existence. Notre bailleur a eu la riche idée d’empocher nos loyers sans payer le sien pendant deux ans ; ayant obtenu son expulsablilité, le propriétaire préfère se cacher derrière son petit doigt et ne pas voir que nous sommes présents et actifs sur les lieux, ainsi qu’onze autres sous-locataires de cette même société. Voir les choses comme ça, voilà qui est mieux pour ses projets immobiliers — depuis qu’il a hérité, il tente avec acharnement de faire vider les lieux aux occupants du site et attaque également pour cela ses deux autres locataires « en direct ».

Des procédures juridiques sont en cours pour lui faire entendre raison et nous bénéficions du soutien de la Mairie d’Asnières qui considère le 28-30-32 rue Bernard Jugault, où sont installés de nombreux artistes, comme un élément important de sa politique culturelle.

Il faut bien admettre néanmoins que cette situation met en péril l’existence même de l’association.

Le loyer que nous avons toujours payé était symbolique par rapport à la surface, ce qu’on peut considérer comme une forme de mécénat de la part de l’ancien propriétaire, celui qui qui est décédé il y a deux ans. Il faut préciser tout de même que nous avons entièrement réhabilité ce qui n’était au départ qu’une série de caves poussiéreuses et encombrées. Il sera difficile de trouver quelque chose d’équivalent en région parisienne, et nos financements ne nous permettent pas d’envisager de louer des locaux appropriés « au prix du marché ».

Il serait triste qu’une structure qui a su participer à la production de plus de 250 films, performances et installations au cours des quinze dernières années disparaisse à cause d’un héritier indélicat qui veut toucher le jackpot.

Nous avons donc besoin de votre soutien :

– Vous pouvez signer une pétition de soutien en ligne. Celle-ci ne concerne pas seulement L’Abominable mais le site du 28-30-32 rue Bernard Jugault dans son entier et les diverses associations et ateliers d’artistes qu’il abrite, regroupés sous la dénomination de Hang’art. Une fois sur la page vous ne trouverez donc plus de référence au l’abo mais bien une pétition «Soutenez Le Hang’art». Merci de la signer et de la faire signer car en le faisant vous démontrerez la pertinence et la valeur de ce qui se fait à cet endroit :

www.petitionpublique.fr/?pi=P2010N4128

– Vous pouvez également nous soutenir en faisant un don. L’année 2011 sera critique pour nous et votre participation sera appréciée. Il suffit pour cela de nous envoyer un chèque à l’ordre de L’Abominable 30, rue Bernard Jugault 92600 Asnières-sur-Seine (justificatif sur demande).

– Bien que nous nous employions à éviter que notre expulsion soit concrètement mise en place, nous cherchons à organiser un plan d’urgence pour sauvegarder le matériel au cas où. Cela signifie que nous cherchons un local de 50 – 80 m2, au plus près d’Asnières, pour pouvoir entreposer le matériel si le pire arrivait. Merci de prendre un instant de votre temps pour penser à qui vous pourriez connaître qui aurait des locaux type entrepôt vides pas trop loin de Paris (il faudra sûrement faire des allers-retours). D’ailleurs, un camion qu’on pourrait solliciter à ce moment-là nous serait également fort utile.

– En parallèle, nous avons engagé une recherche de locaux qui nous permettrait de nous réinstaller dans un lieu pérenne et approprié. Nous estimons qu’idéalement il nous faut une surface de minimum 300 m2, relativement cloisonnée, pour pouvoir continuer à développer ce que nous avons entamé il y a quinze ans, et cela dans un rayon d’une quinzaine de kilomètres autour de Paris, en tous cas à moins d’une heure de transport.

Nous allons d’une part suivre une piste institutionnelle (collectivités locales, etc.) pour voir si nous arrivons à convaincre une municipalité ou un département de nous héberger quelque part (directement ou via une subvention). Si vous avez un contact institutionnel qui pourrait entendre notre demande, merci de nous le communiquer.

Mais d’autre part, nous devons aussi considérer les pistes « privées ». C’est pourquoi, si vous avez connaissance de locaux suffisamment vastes à un prix inférieur à ceux du marché, nous vous demandons de nous le répercuter (si possible après avoir pris connaissance des conditions : surface, coût, localisation, …)

De tout cela nous vous remercions par avance,

et nous vous souhaitons une excellente année 2011…

L’équipe de L’Abominable

www.l-abominable.org
www.filmlabs.org