Plan d’un précis de morale dialectique

thumb image
Textes d’Yves Tenret parus dans Nie n°1 et deux n° de Station Gaité en 1980, 1983 & 1984.

« Plan d’un précis de morale dialectique ».

NIE_PMD_1.jpg

57_Nie_PMD_2.jpg

Morale & dialectique

1. L’en-soi de la dialectique

Diverses réductions

L’en-soi de la morale

Diverses extensions

Préconçu, implicite, dogmatisme, idéologies, arrière fond socio-culturel.

2 L’en-soi de la dialectique

Adversaires vulgaires : journalistes, enseignants, hommes politiques, prêcheurs.

L’en-soi de la morale

Promoteurs vulgaires moralistes, immoralistes, amoralistes, phraseurs.

3. L’en-soi de la dialectique

Sa nécessité, sa vérité.

L’en-soi de la morale

Occultation des rapports de force.

1. Le pour-soi de la dialectique

Sa reprise par nos adversaires.

Le pour-soi de la morale

Son abandon par nos adversaires.

2. Le pour-soi de la dialectique

Adversaires sérieux : les quotidennistes, les dionysiaques, les activistes de classe, les nihilistes, les bavards.

Le pour-soi de la morale

Adversaires sérieux L’inconscient dicte tout.

3. Le pour-soi de la dialectique

Fair-play. Le paroxysme.

Le pour-soi de la morale

Intolérance L’utopie.

1. Morale et dialectique

La méthode.

2. Morale et dialectique / La méthode

La critique de celle-ci.

3. Morale et dialectique / La méthode

Le roi est nu. Vérifications.

L’identité

L’identité / Individuelle

1. Réponse individuelle à l’aliénation généralisée, vanité, complaisance, fatuité, orgueil, ostentation, suffisance, inconsistance, modestie, simplicité, humilité, sobriété, morveux pour, mièvrerie, honnêteté, résignation.

L’identité / Individuelle

2. Classification personnalisée, psychologisme, esthétisme normatif, spécialisme, freudisme vulgaire, déontologie, égocentrisme de classe, féminisme, karaté, ergothérapie, psychothérapie, religions, culturisme.

L’identité / Individuelle

3. Moi, je…

Le culte du moi.

L’identité / Collective

1. Petits ensembles.

Amitié, couple, possessivité, libéralisme.

L’identité / Collective

2. Moyens ensembles. Sexisme, sociologisme, nationalisme.

L’identité / Collective

3. Grands ensembles. Impérialisme, racisme, anthropocentrisme.

L’identité / Idéologies

1. Affirmation de possibles valeurs positives.

L’identité /Idéologies

2. Critique de celles-ci. Rapport passif à la chance et au hasard.

L’identité / Idéologies

3. Le roi est nu.

Vérifications.

58_Nie_PMD_3.jpg

La non-identité

La non-identité/Individuelle

1. Réponse individuelle à l’aliénation généralisée, mensonge, lâcheté, malhonnêteté, vices, agressivité morveuse, drogues, alcools, narcissisme, hooliganisme sans bande, insoumission.

La non-identité / Individuelle

2. Esthétisme non-normatif, freudisme dogmatique, arrivisme, anticléricalisme, écologie comme éthique, zen, messianisme, paroxystisme, rébellion, l’absurde, le dernier grand orgasme, le non-conformisme.

La non-identité / Individuelle

3. Principe d’explication ultime : les utopies.

La non-identité/Collective

1. Petits ensembles. L’unique.

La non-identité/Collective

2. Moyens ensembles. Anarchisme, autogestion, autonomie.

La non-identité /Collective

3. Grands ensembles. Humanisme.

La non-identité/ldéologies

1. Affirmation de possibles valeurs négatives.*

*Supplément sur l’humour.

La non-identité/ldéologies

2. Critique de celles-ci. Rapport actif à la chance et au hasard. **

** Supplément sur l’ironie.

L’identité / Idéologies

3- Le roi est nu. ***

Vérifications.

*** Supplément sur la lucidité et le cynisme.

Totalité

Totalité / Individuelle

1. Libertins :

— sans sublimation

— avec sublimation

— réglementés, dotés de lois.

Totalité / Individuelle

2. Ludisme.

Totalité / Individuelle

3. Se casser la gueule sur l’autre tout, le social.

Totalité/Collective ****.

1. Créativité en petit groupe.

**** Tautologie

Totalité /Collective

2. Créativité des masses avant la révolution industrielle.

Totalité/Collective

3. L’émeute comme dissolution et renforcement du caractère.

Totalité / Mort des idéologies

1. Cette idée comme idéologie pragmatique. L’impossible réconciliation.

Totalité / Mort des idéologies

2. Cette idée comme dépassement.

Totalité /Mort des idéologies

3. Rien.

Vérifications.

« Plan d’un précis de morale dialectique », 10 p., Nie, n°1, Paris, 1980.

pub_nie.jpg

« Plan d’un précis de morale dialectique », affiche, Station –Gaieté, n°5, Lausanne, 1983.

60_ppmd_1.jpg

61_ppmd_2.jpg

62_ppmd_3.jpg

Précis (Morale dialectique)

I. MORALE ET DIALECTIQUE

A. L’EN-SOI DE LA DIALECTIQUE.
L’EN-SOI DE LA MORALE.

1.1 L’en-soi de la dialectique. Diverses réductions.

Notes, ébauches, sensations, rencontres. Pas d’à suivre. Je ne développerai pas. Je me dois le respect. Je suis paresse. Je suis sud, été, chaleur, noir, amer, brûlé. Je suis cœur. Je suis langue, parole. Je suis vivant. Je suis pure joie. Je suis fête. Je suis caressant, paisible, souverain.
Je hais les haleteurs d’enthousiasme et d’indignation.
Je ne suis pas celui à qui on ne la fait plus. Je ne suis pas né.
J’aime le hard rock, le thé citron et deux-trois grosses têtes penchées. J’aime les jeunes filles. Tendres poussins rêveurs. Je suis vieux, radieux et fatigué.
Les guerres ont lieu quand elles sont nécessaires.
(Ceci n’a supporté qu’une correction).

1.2 L’en-soi de la morale. Diverses extensions.

C’est ridicule. Je le sais. Je suis un être moral.
Arrogance légitime. J’ai des idées. Ich hasse dich.
J’ai écrit bien des livres bouddhistes. L’animisme m’est consubstantiel. Pourquoi toutes ces poses de torturé, de maudit, d’artiste?
Nous voilà donc réconciliés. L’affirmation vient. Pauvre monde. Si nous commençons à l’étreindre, que va-t-il en rester?
La transgression n’est plus la véhémente conservation du souvenir du devenir du possible être libre. L’emphase. Babillage. Tas d’idoles.
Surdose de vérités et de risques. Implosion d’expériences centripètes. Démesures !
Se contenter de le dire.
Leur morale est la nôtre.
L’ordre des passions est irréductible. La raison est la seule source de valeurs.
Se reconnaître, se bouleverser, s’aimer soi-même, s’indifférer : morale extatique. C’est à chacun de lutter contre son propre tempérament, d’être sa propre puissance, de se respecter.
L’extase s’accepte comme nausée. La morale se connaît comme illégitimité. Elle sait se dépenser, se multiplier, se dépasser, se détruire. Maîtresse de soi, elle justifie toutes les lâchetés, tous les abandons et bien des découragements. Elle n’est pas à la taille de l’homme. Elle est tyrannie de l’instant. Elle est impulsions, caprices, canicule.
La morale est paroxysme majeur, moyen et fin.

1.3 Préconçu, implicite, dogmatisme, idéologies, arrière-fond socio-culturel.

Parler en termes de classes sociales est de plus en plus mal vu. Stalinien ! Archaïsme ! La critique de l’historicisme est à venir. Une guerre éternelle.
Pauvres contre riches. Riches contre pauvres. Des dieux, des esclaves ou des hommes libres. Vertus. Bravoure, cruauté, audace, ruse, intelligence. Force. Les romans, ça va un moment. La guerre est la fin des querelles.
Le consommisme malheureux a une grandeur indéniable.
Lui payer, lui dormir tranquille.
Le lieu du crime : j’y retourne. Il se tait : il est beau. Il cause : il est intéressant. Il chante : il est marrant. Il pleure : il est humain. Il ne pleure ja¬mais : il est… Irréalité abstraite de l’engagement. Je parle. Soyez hargneux pour deux. J’ai déjà donné.
Le classicisme monumentalise. Qui cela flatte-t-il? L’historicisme est l’imbécilité de l’époque. Ceux qui le refusent sont des illuminés. L’avenir n’est fait que d’indifférences.
Ma vitalité n’a qu’une source ou deux peut-être : se contempler (et se relancer des caresses perdues-données au corps de chat souple que j’ai).
Mon âme se perd interminablement…

2.1 L’en-soi de la dialectique. Adversaires vulgaires : journalistes, enseignants, hommes politiques, prêcheurs.

Agitation puérile, toi-même !
Il faut admirer tous les styles. Celui qui se soumet ne fait qu’être poli.
Bas de plafond. Tout est contingence.
Hommes de fonction. Jeteurs de paillettes.
Le désœuvrement est juge. Très très juge, tout juge et rien que juge.
Les gens qui encadrent les stages de réinsertion sociale et professionnelle appellent «le monde de l’entreprise» (l’usine), la réalité. Les directeurs y sont pusillanimes, les cadres francs et responsables, le chef «social-froide». Tous sont d’excellents relais.
Curetage de restes. Principe de plaisir. Des Weltanschauungs.
Entre le tourment et l’ennui, j’ai toujours opte pour l’ennui.
Lucide et contemplatif sont un terme. Mon avidité : posséder ce qui est.
Toute occupation est inactivité. L’inactivité est une drogue.

2.2. L’en-soi de la morale. Promoteurs vulgaires : moralistes, immoralistes, amoralistes, phraseurs.

La révolte est conformisme. Soyez brillants !
La volonté : cruelle impertinence.
Sous-produit immoral et nihiliste, écrasé sous le scandale, je suis un rat. Sans métal.
Je bois à en tomber. Je tombe. Intervention stupide. A nouveau délatté. Cet inintérêt tournoyant dont ils me flagellent tous. Courir !
Maints blasphèmes joyeux, bien d’autres sinistres.
La soudure. Beaucoup de vodka, du techi. Je défonce sa porte. Dix kems apparaissent. L’oiseau sous un léger make-up. De m’être voulu bestial, je me suis fait spiritualiser.
Iniquité du système n’égale pas suprême degré de lucidité.
J’ai été chétif, roulé en boule devant tous. Cela m’a lavé de tous les péchés. Oui, c’est un lion. Feuilleton. Look médité. Lubricité androgyne. Fougue dissoute. S’espace de la clairvoyance en gouttes sur un trouble constant.
Libertin de tête ou de pratique n’est pas moralement aléatoire.
Pelotage. Un doigté. Pleurer. Ivre, je traite ma génitrice d’enculée. Égaré, déplacé, cassé. Ensuké. Racleur d’épluchures. Ma seule fierté. Éjaculations jubilatoires. Consolations. Macération.
Si je le veux, ce peut être un acte méritoire pour préserver les nuits avec le poussin, notre douce dérive et nos empoignements bientôt sauvages. En fait, je fais ceci et le reste pour être seul, sobre, saint.
Mes intuitions m’effraient. J’ai vu ta mort…

3.1. L’en-soi de la dialectique. Sa nécessité, sa vérité.

Le fils organise une fête. Le père veut y assister. Le fils dit :
— Non père, vous êtes trop jeune.
Acosmisme. Ça fuse. Malheur aux vaincus !
Une certaine satisfaction, rance, à rester en contradiction avec le monde. Luxe nerveux. Bavarde indolence. Lourd bourdonnement des censeurs. Lutin exhibitionniste. Désintéressement. C’est toujours le passé qui est dramatique. Ni libre arbitre, ni mal, ni être fini. Grabuge gratis. Un art de la distance. Le mal y est non-être.
Il n’existe pas de critique productive. Toute critique est fluide, joueuse, sexuelle, dépensière.
Légiférer est jouissance.
La dialectique est velléitaire, particulière, sans règles universelles. Le rationnel est la grande voie où chacun va et où personne ne se distingue.
La dialectique ne flatte pas les intérêts changeants. Elle ne pense pas son abolition. Elle ne s’ancre pas. Qui vaincre ? Tout passe.
La beauté est-elle fragile apparence ? Ni satisfaction ni repos. Continuité neutre. Ravagé par le désir de la perfection, je m’éclate la tronche sur ce bon vieux ciment. Jusqu’à satiété. Passage du sujet dans l’objet et de l’objet dans le sujet. Chamanisme.
La dialectique est une aventure, une scène de ménage, un exploit. Je n’ai pas construit de tour. Pourtant, je loge dans les combles. Forme et matière de la volonté restent en présence sans se pénétrer.
La dialectique est nuit noire, étoiles, contemplation.

3.2 L’en-soi de la morale. Occultation des rapports de force.

La politique, c’est les mœurs. Rien d’autre. Le pasteur kikuyu, debout au sommet d’un petit mont, regarde approcher le champion masaï. Tout à coup, il lui crie :
— Je suis seul, pourquoi viens-tu avec ton frère aîné?
Débordant de principes, je les liquide, les solde, les donne. Je maudis l’inactivité. Je glorifie le labeur.
Admirables sont les maîtres dont les propres disciples ont honte.
L’idée de la liberté en tant que bien vivant est douleur.
La morale est l’expression de la virilité.
N’est réellement bouleversant que ce qui est stérile, rare, fugitif, violent.

B. LE POUR-SOI DE LA DIALECTIQUE. LE POUR-SOI DE LA MORALE.

1.1. Le pour-soi de la dialectique. Sa reprise par nos adversaires.

Oisif, je me suis vu multiple. Ai-je affirmé avoir une intuition toute féminine? La prohibition du pathétique fut l’intelligence d’une survie âprement arrachée, jamais conquise. Je n’ai qu’une discipline : immersion complète. Ambitions : faire des économies, être précis, raconter l’histoire la plus envoûtante de tous les temps.
N’avoir aucune dimension personnelle, aucune originalité, pas d’existence propre.
Univers de la résolution bidon. Que veut mon peuple (wam)? Il est tant de gens avec qui on ne peut ou juste un peu ou juste si peu ou rien et en tout cas pas ça, ce dont je vis, qui m’auréole, qui me relance, qui m’étonne. Parricide, je suis mon propre père et mon propre fils. Visage en grimaces. Tout mensonge est lyrique. L’homme s’entête.
C’est de n’avoir jamais su gémir que j’ai les joues enflammées.
Avant tout la liberté de supposer que l’objet, que l’état, que l’être sont entre autres néants.
Qui est ce «nous» ? Ai-je des «adversaires» ? Je fus l’un de ces jeunes chiens qui cherchent à tirailler en tous sens, à déchirer ceux qui les approchent. Réfuter ! ! ! Ne croire en rien ! En ma personne, le philosophe, le guerrier, l’artiste furent discrédités. La dialectique est l’un des sentiers battus de mon repli vers l’intériorité. Le «Je» reste ma seule objectivité.

1.2 Le pour-soi de la morale. Son abandon par nos adversaires.

La liberté n’est pas effet mais cause. Hein ! Hein?
Un cheminement vague, initiatique, scandé de temps de terreur rationnelle. L’autonomie spirituelle, somme érudite, tolérante et sensuelle. N’avoir peur que de la peur. N’être que boutades, non-dits, jeux de mots, rapports éphémères, mimiques rapides. Avoir le goût aux humeurs, aux coups, à l’incisif. Ne rien savoir de la fécondité. Être lunatique. Le beau est crainte du pouvoir.
C’est ma terre de nomade ô femme ton corps…
J’avance, humble, malicieux, joyeux, ému, anxieux. Toujours peut-être est peut-être là lui qui est moi et qui t’espère le souffle court d’une histoire qu’il s’est racontée et qui enfin dans une étreinte… Baste ! Que le moins mauvais gagne ! Que revienne la valeur !
La volonté ne peut être appelée cause libre. Vouloir être cause de soi est enfantillages. Je n’ai aucune conception théorique du monde. Je suis perpétuelle négation. Jusqu’à présent, je n’ai utilisé mes forces, mes capacités et mon temps qu’à nier mon être donné.
Je blâme. Je loue. Je me soumets.

2.1. Le pour-soi de la dialectique. Adversaires sérieux : les quotidiennistes, les dionysiaques, les activistes de classe, les nihilistes, les bavards.

Je me suis souvent présenté en tant qu’artiste khmer, jeune hégélien de gauche, sophiste désintéressé, présocratique et souriant. Et combien de fois n’ai-je pas disserté sur «les petites choses de la vie» ? Quant à la gueule de bois… Et tendu, austère, passif, prétentieux, paternaliste, verbeux, extrêmement pudique. Cynique sans audace. Cruel sans courage. Surmoïque. Leurbran. Mère bidasse. Ceux qui ne sont jamais découragés exaspèrent. Et agité, à crans, agressif, nerveux, inquiet, colérique. Renfermé, parasite, pute, de quoi n’ai-je pas eu peur de manquer ? Instantanéité précoce. Superficiel. Et critique, destructeur, mesquin, honnête, militariste, sentimental, trouillard. Confus, hétéroclite, brouillon. Un jour se déchirant, le lendemain montrant du doigt.
Courts excès, petite monnaie, activisme touffu.
Gestes minuscules, aigus, tout en arêtes. Petits gestes de castré, ras-la-blessure, de vies entrevues. La voix irrite.
J’aurais voulu que ceci soit incarnation charnelle, récit fleuve, dissolution du caractère. Ce n’est plus d’époque. Il n’y a plus d’urgence.

2.2. Le pour-soi de la morale. Adversaires sérieux : l’inconscient dicte tout.

Ma malice me retrouve. Va apprendre à convaincre. Articule ! Je bande. Je déchire. Des fois, je ne sais plus. La conscience ? L’être ? L’aurore ? Je me serre le front entre mes paumes puissantes. La nuit ou la vie ? La fiction ou la mort ?
Parfois, on me trouve cadavre, abstrait, bloqué. Je suis bloqué.
Je regarde l’une de mes anciennes carcasses. Je délire. Je les inonde. Je me laisse aller. Je m’agite.
Ma mémoire sent bon. J’aime me retourner ainsi d’un air las et bienveillant et murmurer: «Ceci sont mes vies…»
A force de briller, je suis terne. C’est très certainement de la douceur, de la condition de mortel et peut-être même de la tendresse qu’il faudrait partir mais… Tout est trop. Rien n’est assez. Le soir me voit roi, le matin, esclave. En tant que durée, je me méconnais. Seul le rêve est temporel. Je me rencontre. Très tôt, j’ai été abandonné à moi-même. Je chantais à tue-tête.
L’époque est bonne. Elle m’autorise casanier, grégaire, humain. Nous nous habituons. Rétention affective est excellente à qui se veut sociable. Qui n’a jamais ri de l’amour n’a jamais été dévoré. Me suis-je enchanté de la fadeur ? Me suis-je repu d’eau calme? Quand ai-je commencé, couché sur mes compagnes, à fermer les yeux ?
Fureur, vitesse, acuité de l’esprit. Excentricité froide, vulnérabilité, ironie.

3.1. Fair-play. Le paroxysme.

Le meurtre de l’esprit.
L’horreur du positif. L’apparence la plus démunie. Ringard. Solitaire, grotesque, orgueilleux. Refus de toute familiarité, dégoût des automystifications, mépris du mépris. Radicalité de tout appauvrissement. J’étais le cerveau de la révolution. Je veux devenir son corps. Le sadisme est ce que j’ai de plus affectueux à offrir.
Tout en répétant — La politique, c’est les mœurs —, je n’ai jamais eu la philosophie de mes propres attitudes. Ma philosophie fut toujours généreuse.
Un rien et je ressors de mon lit. Y a-t-il eu un être plus facile à dévoyer? Pas distrait… Concentré. Jusqu’à l’étranglement, l’hystérie, la crise. Je veux tout. Prison de gloire. Et de toutes les consolations, celle qui ramène la couverture à soi m’est la plus interdite. Je ne peux pas susurrer : «Oui… Mais…» Je veux me disparaître à moi-même. Là, mes amitiés. Là, mes amours. Là, les seules complicités permises.
J’ai passé ma vie à genoux. Toujours, j’ai su qu’un jour je dresserai ma haute stature au-dessus du monde.
Fair-play : ce Précis est avant tout montre suis¬se, gogues à la turque, lyrisme refoulé, vigilance de tout instant à l’encontre des assertions définitives.
L’esprit du meurtre.

3.2. Intolérance. L’utopie.

Niaiseries sur le don.
J’ai essayé toutes les corruptions. Rien n’y a fait. Toujours, je me suis éveillé aussi pur, inentamé et enfant que le jour précédent. J’ai eu la mystique sociale. J’étais farouche. Je suis le monotone.

Paru dans Station-Gaiété, n°5, 20 mai 1983.

img906.jpg

Précis (Morale dialectique)

L’IDENTITE

A. L’identité individuelle.

Bien que vivant la nuit, Wam ne poétise pas cela.

Le Monde s’autonomise. Abel est toujours noir.

INTIME SUSCEPTIBILITÉ.

Souviens-toi ! Oublie !

Le mouvement pour le mouvement : OUI !

Dites donc, chers Kraussiens, et si vous alliez devenir CHOSE dans les cordes vocales de Jackie Quartz ?

Zizi Top.

Abel a promis de m’acheter un externat. J’attends toujours…

La kraussienne a du vichy, du caoutchouc et de l’alpaga plein la bouche. Elle suinte la nostalgie. Regardez-la dans son tailleur Chanel…

Un discours ! Un discours ! Les kraussiens sont mimétiques.

L’homme à l’attaché-case crie :
– Attila sur le plateau !
Personne ne bouge… Bon con, j’y vais. Après, il me donne cinq francs pour la course.

Les kraussiens ont des manies : créer des bureaux, des instituts, se faire imprimer des cartes de visite et du papier à entête, faire des conférences, organiser, etc. Les kraussiens sont mous. Ils disent :
— Les images ne parlent pas. Ce sont les légendes qui parlent pour elles.
Les kraussiens sont méchants. Qui a dit :
— Le nerf est mort ?

Le Loto devient bihebdomadaire. Les kraussiens croassent. Les mots s’envolent. Ils restent. Wam est dernière en classe mais première en amour.

Al de Ma me trouve bien habillé. Et moi, je m’excuse !

Star ? Séducteur ? Ce n’est pas TRÈS agréable.

Le cercle des admirateurs de Wam s’agrandit. Les hommes apprécient ces femmes-enfants. Elles ont les mains si douces… Manipulateur ? Wam ne sort jamais sans son paquet de guimauve.

Kraussien, quand tu les auras lues, mange ces pages !

1985-Octobre –
A suivre :
PRÉCIS (Morale & Dialectique).
Le retour de M.J.T. (Moi, Je, Tenret).
Petit Robinet illustre. Frais, pasteurisé, demi-écrémé.
Il bonifie !!!

Qui a vécu par l’épée, périra par l’épée.

1.1. RÉPONSE INDIVIDUELLE (1948-1988)
à l’aliénation généralisée.

Les Kraussiens sont sentencieux. Wam est irréfléchie, mouvement pour le mouvement, solitaire.

Une question : Mercedes vue du premier, brousse ou savane ?

Lieux vides d’une Affectivité sans Usage : WAM dévore tout. Le corps raide & l’honneur. LARBINAUSORE de mon dard !!!!!!

Abel digère -Jean-Émile se repeint en trois couleurs, à genoux, aux égouts a fait une bonne pêche. Il a son hobby. Surprise ! Mercedes négocie. A Coeur Vaillant, rien d’impossible. Je la vois en python. Plus caractériel que moi, tu meurs ! Provocateur ? Wam sait tout. Les chambres de bonne sont carnivores. Elles mordillent le cul (Mon bel amour). 1.2. Vanité.

1.3. Complaisance. Les kraussiens martinisent le monde. Démagogue ?

Sinistre gaîté. De tous les tondus, le repu est le pire. Wam ne renâcle, ni ne rouspète, ni ne renaude, ni ne mâchouille, ni ne grommèle, ni ne bougonne, ni ne grogne. Elle tranche ! Peux-tu, volatile métaphysique, piger cela ?
Les kraussiens yoyottent dans une humble apathie hargneuse.

Elle semble détendue. La discussion, le marchandage durent, durent ; on entend le temps. Pas de relance. Wam a une énorme capacité à ne rien faire, à attendre sans espérer, aux RONRONS. Ouïdire n’a aucune capacité. Il est inconsistant. Il apprend la boxe française. Deviendra-t-il Super-Inconsistant ? Rire bêlant…

Mercédès est-elle un agent du Sériorisme ?

Wam est pour le Ridiculisme car toute honte bue, elle en reprend une double pinte.

C’est cher ou quoi ?

AVIS : L’autre est un usurpateur. Wam est la dynamiteuse.

Sors de ton lard ! Où est dehors ? Il est parti ?

Les kraussiens sont usés, tolérants, abusés & amusants — c’est-à-dire amusés & tolérés. Et déjà, vous lisez : … chez les dieux. Vieux est un propre.

Et ta mère, tête de mort !

1.4. ORGUEIL

(Toute charge contre la bêtise est aussi une amputation).

Secouer le paquet de nerfs, son hagard, maussade et surpris compagnon du moment, — MOMENT ! —, le réveiller, hurler :
— Je veux devenir maître du monde !

Fumiste ? NOUS DEVONS PARLER. Et nous taire. Je ? Yvan RRRRRobinet, m’invanite, m’incomplèle, m’humilie — chaque jour — m’inostende, m’insuffît & m’inconsiste. L’inceste : c’est délicat. Quelles parties de votre ligne vous préoccupent-elles ? Hanches, cuisses, abdomen, visage ? Ces obsessions sont-elles anormales ? Eh bien, ça dépend… «Suite au prochain numéro» est immonde, monde et prêchi-prêcha. Attendre… Wam sait attendre ! Qui d’autre ?

QUI ? QUI ? QUI ?! Des noms ! On veut des noms ! Com¬bien de fois n’a-t-elle pas tenté de monopoliser l’attention sous ses pieds ? Et combien de fois n’a-t-elle pas été saoule de provocations et d’elle-même ? Son fanatisme ?
— La condensation (Où est dedans ?)

– La fatuité (1.5.).

– Les yeux ludiques du myope.

– Le décentrement (Où est dehors ?).

– Il lui manque une case. Il est des intensités claniques qu’elle ne connaîtra jamais.

Elle y voit — Suborneur ?

Elle, emmuré vivant volontaire.

1.6., 1.7. & 1.8.
Ostentation/Suffisance
INCONSISTANCE
L’État d’Ébauche EST-IL Convenable ?

Le kraussien écrit PUBLIC à une personne. C’est moche. Ne pas convaincre ne vaut pas mieux que convaincre, ânonne Mercedes.
ET PERDRE ?

Profonde. Ange exterminateur ? WAM S’EXÈCRE.
La conscience, la culture, LE JUGEMENT, l’idée, le sens, la vérité, le droit, le courbe, la justice, le devoir, la volonté, dire «bonsoir», la personne & la liberté l’emmerdent.

L’INCONSCIENT, LE DÉSIR, LES PASSIONS, l’Illusion, le Mensonge, l’imagination, la créativité, l’irrationnel.

Plus il y pense… plus il se demande comment on peut acheter sans comparer !

L’INSTINCT l’emmerde.

Wam n’est rien, un œil, elle voit tout. Quand elle a faim, elle rase la moquette. Elle a toujours aimé rompre. Elle s’HABITUE à tout dire plusieurs fois. Plus petit diviseur commun ? L’apaisement lui est inconnu. Raide de plaisir. Elle aime cette pudeur. 1.9. Modestie. 1.10. Simplicité. 1.11. Humilité.

Préméditation : la vitre, le miroir, le Sécurit.

Au-dessus, il y a WAM. Entre les kraussiens et les ouïdires (ces derniers très très en dessous des Robinet), il y a les LEPTOLITHIQUES. C’est un troupeau de petits hommes gros et chauves. Pasteurs, sédentaires, charentais ; pendant leurs loisirs, ils organisent de grand concours de pets. Leur traducteur — l’homme invisible — en traduit le sens aux isolés qui les fréquentent NEANMOINS. Leur chef a pour habitude de répéter :
— Ils sont cons hum-hum mais ce sont mes peuples hum-hum.
Leurs femmes n’ont pas encore appris à parler. Elles aboient, tressautent, jappent. C’est charmant.

Deux lotos par semaine :
AUGMENTONS LES MISES !

Et qu’au sein de toute assemblée s’agite la secte des nihilistes, que ses adeptes renchérissent sur tous les rêves égalitaires, qu’ils veuillent même renverser les distinctions el les barrières de la nature !
Les hommes leptolithiques sont fiers de leurs femmes mais moins de leurs propres appareils.

21 mars, 28 mars, 4 avril et tous les mercredis après-midi :
– Je t’emmène ?

WAM Sa pratique : la fuite.

Son éthique : la mobilité.

Attention : 24 mars Aux folles dépenses 31 mars Wam est râle à gorge blanche.

7 avril Son rire est sourd.

12 avril En se transformant, Elle se délasse.

KI-KI-KI ?!! Wam est pucelle, vierge, putain.

Virus polis. Les kraussiens écrivent des lettres aux journaux. Wam a cessé de dramatiser l’HISTOIRE. Le leptolithique cherche le ça. Ses dents se barrent, ses cheveux tombent, son cassin s’arrondit, il cherche le ça. Saoul, il braille : je veux le ça ! Il meurt, il cherche le ça, il meurt, il cherche le ça, il meurt. Ça l’a bien eu !

1.14. Mièvrerie

1.12. Sobriété 1.15. Honnêteté

1.13. MORVEUX POUR

Wam est VRAIMENT morale. Elle a le moral. Il faut que ça roule. Quand ça roule, ça écrase. Arrache d’un coup, ça fait moins mal ! Entourée de l’affection des siens. L’abus fait la WAM. 1.16. RÉSIGNATION (EX-MJT).Wam n’aime plus tout le monde.

1984-juillet

Deviennent populaires
«nuages» (je retire ce que j’ai dit sur les Présidents), «bord de néon» la recette du Petit Suisse les jeux éducatifs

Les kraussiens rongent leur frein. Wam a horreur du quotidien. Wam est partante sur tous les coups. Les kraussiens sont paternalistes. Ils ciblent…

1984-mai

Carnage pour un simple blâme

Catherine la Douce
Est si
Fraîche

(Hypocrite. Massage personnel)

19 mai NEO-MJT

OBSTRUCTEUR amateur ? 25 mai – SOPHISTE ? Animateur PROFESSIONNEL ? Et si tu allais te faire ASSEMBLER – sonne quatre fois – chez les Grecs ?

1984-juillet

DODO 3
Muflerie la dernière vague d’agressivité s’est embourbée dans l’autosatisfaction, la bouderie, la lourdeur et l’énergie pour elle-même. Ce que nous lui avions prêté, elle ne l’a pas rendu. Dodo Mercedes, Dodo Boris, Dodo le Bonze (tu dois vingt sacs à Ouïdire !).

1984-Août

Parution de W… est-elle VRAIMENT l’Unique ? Pense au souffle de ta mère !

Les kraussiens sont des existentialistes honteux. Les kraussiens sont rétention, jouissance différée. Ils mangent froid. Wam est dépense, vitesse, PERTE. Les kraussiens sont bariolés. Et possessifs. Wam est le vertige de la réussite. Wam ne rumine jamais. Wam est gentille. Mr Philippe :
— Je préfère les kraussiens. Si on tape dessus, ils se taisent.

Les kraussiens préméditent. Ils ont des buts inavoués. Pour eux, la fin n’est pas dans les moyens. Wam est susceptible, altruiste, ultra. Les kraussiens affichent leurs goûts populistes et cachent leur archéo-humanisme. Ils sont rusés. Wam est une louve pour Wam. Les kraussiens ont la fraternelle familiarité familialiste. Wam s’habille de promiscuité. Tache bien grasse. Wam est paranoïaque.

Les kraussiens sont très forts.

Les Ouïdires grossissent. Les leptolithiques ne maigrissent pas. Les kraussiens mangent énormément et ne changent pas de poids. Wam mord.

WAM WAM WAM WAM WAM

WAM WAM WAMWAMWAMWAMWAM-

WAM WAM

WAM WAM

WAMWAMWAMWAMWAM-WAM WAM WAM WAM WAM WAM

Wam affectivise tout. Les kraussiens savent utiliser cela. Wam est unique et pour cela les kraussiens la méprisent. Wam est indulgente.

Paru dans Station-Gaiété, n°7, en juillet 1984.

82_st_g_3.jpg

Lettre de F.P. à Y.T.

Dans le numéro 1 de Nie, Pajak avait publié une série de lettres dont celle-ci qui m’était adressé.

Adressée :
À Yves Tenret
Paris

Montana. Avril 1980.

Pas de recommandation. Pas de recommandation sur la négation. Je suis un moment. Je ne suis pas. La théorie ? Allons donc. Je suppose un passage; et ne parle pas d’exemplarité. Je suppose un passage et laisse aux affamés (affamés de réplique, de la réplique de l’Autre, toujours cet Autre qui doit) la chose exemplaire, palpable, charnelle, affermie. Moi et la théorie de Moi. Moi et la négation de Moi. Moi et la négation de la théorie de Moi. L’Autre c’est Moi : vraiment l’Autre. Et Je reste possible, l’Autre reste, le reste. Être dogmatiquement Moi. Je suppose un passage. Ce que je vais promettre? Le passage : c’est où. Où, Moi, Autre.
J’ai lu Un autre été. Il y a l’indépendance du bavardage. Le bavardage pour soi. Et qui sera donc plus bavard : l’indépendance du bavardage, sa dispersion ou sa croyance ? Je peux strictement le soutenir, ce texte. (…) Il y a quelque chose de pourri dans le royaume du rapport. Toujours cette même mise au défi. Toujours le soliloque. Ça m’emmerde. Je verrai tout se fermer, s’étrangler. «Cette nouvelle loi, ô mes frères, je vous l’impose: Faites-vous durs !»
Oui mais durs pour Soi comme première part. Et durcir l’Autre. Est-ce que vraiment ma pensée est là ? Sur la supposition d’un passage je trouve une nébulosité. Non pas cette volonté, plutôt son expression. Il y a une approximation. Je veux : d’une pareille volonté, volonté d’un passage, prétendre à sa forme, à son effectif. Quelque chose de passager. Il se trouve dans mon travail présent une direction encore chargée de l’Entier. Dans l’Entier se traînent des sublimations. Peut-être est-ce nécessaire. Mais je vais vers une forme passagère. Ce pourrait être une feuille de quelques pages. Une exploration désordonnée, transitoire. Moins somme. Donc : non plus seulement le passage c’est , mais le passage c’est comment.
J’avais déjà cet impératif en tête il y a trois ans. Mais l’existence de l’Autre demande à être provisoire, et plus jamais ces petits hommes cherchant, fouinant l’éternité de l’œuvrette, l’épée de Damoclès qui veut sa tarte à la raison. Je ne me suis pas trompé parce que j’ai voulu comment. Je fais mais je ne suis pas. Pauvres cons qui tiennent à faire sans abîmer l’être. Et piaillent : Je suis et Je m’éternise. Nostalgie puritaine; le monde les débarrasse. Voir l’effectivité après de terribles destructions. Et c’est pour moi à présent la seule réponse inachevée. Et c’est cette permission auprès du matériau, auprès de ce qui n’en finit pas d’obséder, de se tenir en éphémère. L’acte. C’est comme cela qu’il m’est nécessaire de reconnaître Un autre été. Et non pas comme ferment de ma propre dissolution. La difficulté est dans l’effectif. Oui, comment et jusqu’où.
Est-il possible d’avancer auprès du matériau entre les colonnes d’une forme pudique et entière, stagnante?
Je vois un appareillage, la note primitive. Non plus devant. Avant. Embrouillé. Je sais ce brouillage impératif. Me trouver avant l’effectif et, sans attendre, après une liquidation. La pensée vient extérieure au monde. Elle prend ses aises. Le langage est sorti. Le monde voudrait punir; il se referme comme sa parenthèse. Il n’a rien connu d’autre et tout son brouhaha reste une énigme. Une note primitive. A bientôt de mes nouvelles.

Frederik Pajak

En avril 1983, {Autrement} publie un livre de Bruno Richard, Gérard Guegan et Alin Avila, livre qui compile des fanzines. {Nie} n°1 a l’honneur d’y figurer.