Les cendres du passé ; la fumée du présent. Le passé, ombre rouge de mon présent

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Textes de Thatha autour du film la nuit et l'enfant, octobre 2015

Sur les hautes steppes de l’Atlas, le passé se conjugue au présent. L’air respiré remet le feu aux cendres engouffrées dans des poumons effrayés. L’écho d’une menace s’amplifie dans les oreilles des lieux traversés. Le soleil ne se lève pas, le soleil ne se lèvera pas tant que la peur reste là, tel un fruit pourri qui ne se décompose pas. Le fruit d’un champ élaboré par des mains qui pleurent l’enfance volée, arrosé du sang innocent des cadavres qui respirent encore… La tendresse, la fratrie, la douceur et le non-conflit sont aujourd’hui le souvenir du temps d’avant ; avant la chaleur meurtrière des braises noires de toute une décennie. L’enfant compte les étoiles toute la nuit, la terre semble s’arrêter de tourner et les masques tombent du visage, dévoilant les traits du gouffre, de l’incompris. Qu’a-t-on fait de l’humain pour qu’il souhaite l’oubli ? Qu’a-t-on fait du confident ? Que reste-t-il pour l’enfant ? Le temps passe et la fuite continue…
Il va falloir porter le fardeau du doute sur le dos, il va falloir panser les plaies de sa jeunesse pour se diriger vers la lumière qui ne sourit pas au bout de ce chemin obscur. Le conte rend visite aux fantômes qui laissent les traces de leurs pas sur des décombres où quelques fleurs parviennent à naitre. Les êtres, vivants, arrivent tout de même à danser, sous la lumière rouge de la tranquillité espérée.

Et moi dans tout ça ?

Né au beau matin de l’hiver, mon souffle a échappé au soleil froid des jours reconvertis en chiffres, à la chaleur étouffante dégagée par la toile noire d’une décennie. Je suis venu, je n’ai rien vu, mais le rouge sang est une couleur que je connais !
On voudrait me faire croire que le sang, une fois séché, ne laisse nulle trace sur des chemins à présent désertés. On m’anime le spectacle avec des colombes blanches qui ne volent que pour garder la forme, qui n’ont en commun avec la vie qu’un souvenir ; la mort ! Les bien assis s’obstinent à conjuguer les verbes meurtriers au passé simple, mais la menace a plus que dix doigts, elle garde la main posée sur l’espace temps qu’elle se réapproprie continûment, sur des lieux qui lui sont familiers, et l’écho de son cri silencieux se répand sur la mémoire, refusant l’inhumation. La mémoire, elle, n’est pas d’humeur à sourire à l’hypocrisie d’une dite réconciliation…
L’immortalité du passé effleure mon éternel présent, la lumière sombre dans l’obscurité, le silence berce ma nuit et mes pupilles se dilatent pour mieux voir l’ombre d’une jeunesse qui me fuit. Je fixe la fuite dans les yeux et la peur s’empare de moi, donne un rythme à mes émois et m’exile sur le fil d’un destin incertain…
Quel dieu a inspiré les armes ?
Quel diable a pris du plaisir à se baigner dans des mares ensanglantées ?
Je suis venu, je n’ai rien vu, mais le rouge sang est une couleur que je connais.

Textes initialement parus dans la gazette des 13èmes rencontres cinématographiques de Béjaia et dans le bulletin d’information des Ciné-clubs de Kabylie à l’occasion de la tournée du film la nuit et l’enfant en Algérie.

contact : barachesalima(arobase)gmail.com