Le gonflable comme expression du négatif

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Texte de Yves Tenret paru dans le catalogue Air-Air à Monaco en 2000

Le gonflable comme expression du négatif.

En architecture, le béton a représenté l’académisme du XXe siècle et les HLM sa version pompier. Face à cela, dans les faits, l’architecture utopique n’a pas pesé très lourd. Et c’est cette légèreté, cette capacité au nomadisme et au transformisme qui ont passionné Constant, Dubuffet, Friedman, Debord, Jorn et tout ceux dont Michel Ragon s’était fait le défenseur et l’historien.

Quoi de plus libertaire qu’un tank leurre en caoutchouc, un radôme de la NASA ou un hôpital de campagne au Viêt Nam ? Eh oui ! Les premiers à avoir utilisé des structures gonflables sont les militaires américains. Le gonflable n’a donc rien de ridicule. Il aurait pu être freak-out comme les rangers ou les vieux shorts kaki mais il a mal tourné. Il a choisi de se cantonner aux formes culturelles les plus classiques telles que la messe, le théâtre ou le patinage artistique. Il est bon garçon et parfois même jusqu’à la nausée – des abris pour clochards accrochés aux grilles d’aération du métro. Seule la publicité a réussi à lui donner une touche encore plus cynique.

Pourtant, dans les années 60, cette utopie turgescente toute de légèreté, de transparence et de fluidité luttait résolument contre l’esprit de sérieux des révolutionnaires. Sous la plage, le gonflable !

Très présent dans la contestation à travers le groupe Utopie à l’école des Beaux-Arts de Paris en 1967-1968, à l’instar d’Archigram, ce hippie voulait faire imploser le système. Au point de vue médiatique, ce ventru, cette abstraction, ce monstre de désérotisation pouvait être d’une efficacité sensationnelle ainsi qu’on a pu le constater en 1970 à Osaka. Fort d’être joyeux, avant-gardiste par destin, il proposait une architecture faite d’air, de viscères, et la révolution par la couleur, l’éphémère, la consommation, le jetable, le modulable, l’extensible.

Buckminster Fuller (1895-1983) en résume bien toutes les ambiguïtés. Décoré en tant que soldat de la Navy pour avoir élaboré un mât avec flèche permettant de repêcher les hydravions, ses premiers travaux portent sur un projet de transport à quatre dimensions (flying jet-stilts porpoise) ! En 1927, il invente la Dymaxion (dynamisme plus efficacité), container d’habitation traversé par un mât central creux aux canalisations d’approvisionnement intégrées. Transportable, démontable et remontable en peu de temps. D’après lui, synthèse parfaite entre le gratte-ciel américain et la pagode orientale.

En 1939, à l’Exposition universelle de New York, il présente une cité du futur, sphère de 60 m de diamètre flottant au-dessus de 8 fontaines. C’est à partir de 1940 et grâce à la guerre qu’est mise en pratique l’une de ses chimères : des habitations cylindriques en acier utilisées par l’armée américaine dans le Pacifique. En 1946, il sort Wichita House. Même technique que pour l’assemblage des avions. Mais l’intérêt des industriels ne se porte pas vers l’industrialisation du bâtiment. Fuller entreprend alors la mise au point des structures géodésiques qui lui apporteront la gloire. 1953, érection du premier Dôme géodésique. 1955, Fuller House (tout plastique) pour laquelle il compose ces vers :

Rôde jusqu’au dôme de ta maison

Où par le passé le géorgien et le gothique furent.

Maintenant des liaisons chimiques seules gardent nos blondes

Et même la plomberie a de l’allure.

En 1956 il fonde Bird-Air avec Victor Lundy et Walter Bird qui réaliseront, en 1960, un hall gonflable, comprenant une salle de cinéma de 300 places, ne nécessitant que quatre jours de montage et de transport très aisé, pour abriter une tournée de propagande étatique en faveur de l’énergie atomique.

En 1959, il expose à Moscou un bâtiment tout en aluminium – les Russes l’achètent. En 1960, Reyner Banham l’introduit en Angleterre en tant que nouveau rédempteur. En 1962, 2000 exemplaires de dômes géodésiques ont été élevés dans le monde.

1967: il réalise son chef-d’œuvre, le pavillon américain à l’Exposition internationale de Montréal, biosphère géodésique de 90 m de diamètre, en matière plastique transparente. Cette sphère brûle accidentellement. Publicité désastreuse…

En 1968, il propose d’ériger un dôme géant, une coupole de 3,5 km de diamètre, au-dessus de Manhattan (d’une rive à l’autre, de la 646 à la 22e rue). Il le veut couvert d’instruments de contrôle. Un bouclier géodésique ? Réserve de ville après une pollution définitive ? Quartier de privilégiés ? Coupure nette avec Harlem ? Camp retranché en cas de guerre civile ?

Et que penser de ses abris pour les boys au Viêt Nam, transportables par hélico, parachutables, dotés d’un système de montage couleur pour illettrés ?

Quels sont les phantasmes de ce mystique ? Les mathématiques et la géométrie comme promesse d’une harmonie universelle ? La Terre conçue comme un vaisseau spatial ? L’homme produit de son environnement ?

Il oppose à l’agressivité des gratte-ciel une structure arrondie qui se veut antiautoritaire. Il rêve de cités tétraédriques flottantes de 3 km de long sur 200 étages de haut et d’un million d’habitants, cités transportées par des remorqueurs. Avec son Buckmaster (L’ultime cité), G. Ballard est loin du compte. Partisan des communautés autonomes, symbole fort de la contre-culture, Fuller inspira une école pythagoricienne de design géométrique. Son impact fut très fort en Angleterre (Archigram) et au Japon (les Métabolistes).

Son dôme géodésique idéal était une structure sphérique translucide enveloppant entièrement la Terre, et dont le centre de gravité coïnciderait avec celui du globe.

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La suite passe par Frei Otto (1925). Pilote de chasse, il est frappé par la technologie de l’aviation légère. Surgeon de l’Italien Antonio Sant’Elia, ... les caractères fondamentaux de l’architecture futuriste seront la caducité et le fait d’être provisoire. Les choses dureront moins que nous. Chaque génération devra fabriquer sa propre ville, de Félix Candela, champion des paraboloïdes hyperboliques en béton armé, de Walter Bird et de R. B. Fuller, après-guerre, Otto recycle une partie de l’industrie allemande dans le spectacle (foires internationales, grands rassemblements, jeux Olympiques, etc.).

Pour être vraie, l’architecture doit être dépouillée de tout ce qui n’est pas l’essentiel. Tout ordre structurel et architectonique doit provenir des procédés de fabrication et d’assemblage. Pas de fantaisie chez lui. De la rigueur ! Toujours ce bon vieux pont de la rivière Kwaï…

Pour Otto, les algues brunes, les toiles d’araignées ou les bulles de savon constituent la préfiguration idéale d’édifices légers. Les tentes de nomades aussi. Dès 1959, il s’attaque aux structures dilatées. Nous n’avons pas encore appris à maîtriser le climat enfermé à l’intérieur d’une enveloppe, c’est-à-dire à obtenir par la climatisation un climat sain, authentique. Jusqu’à présent, le climat, le climat artificiel que nous créons est trop uniforme et manque de stimulant. Par la suite, nous serons à même de le modifier de telle sorte que l’ambiance à l’intérieur de nos enveloppes sera véritablement saine et viable. Mais sur quelle planète? Dès à présent, connaissant les propriétés physiques et chimiques de l’air, nous pouvons imaginer un équipement qui permettrait de construire des volumes sans emploi de matériaux.

Il fonde en 1964 à Stuttgart l’Institut pour l’étude des ensembles porteurs légers. Il veut dégager la technique des conceptions mathématiques abstraites et la rapprocher des formes de vie organique. L’un de ses objectifs constants : les conditions climatiques extrêmes. L’Arctique, le désert, etc.

Plus prosaïque que le Capital, tu meurs ! Qui défendra les beaux, les grands, les forts contre les faibles ? se demandait avec inquiétude Nietzsche. Ebonite, parkesine, Celluloïd, Bakélite, caoutchouc synthétique, thermoplastiques ou thermodurcissables, le plastique, c’est la revanche du petit, du nombre, de la laideur.

Pendant la dernière guerre mondiale, le Plexiglas remplace le verre pour les coques d’avion, les sièges sont recouverts de skaï et les parachutes sont en nylon. Après 1945, le béton sera souvent remplacé par le polyester ou le Plexiglas. Il n’y a plus de murs portants. On recherche la luminosité naturelle. La hiérarchie des substances est abolie. Une seule les remplace toutes. (Roland Barthes). Les plastiques sont de plus en plus utilisés dans les superstructures (tuyauterie, joints, revêtements, équipement électrique, etc.). Leur utilisation n’est pas liée à la création d’espace mais à l’économie de temps (de fabrication, de montage, d’utilisation). En 1982, leur production mondiale dépasse en volume celle de l’acier. Le plastique représente la gaieté et la dimension ludique que les avant-gardes appelaient de tous leurs cris depuis cinquante ans. Dès 1917, Dada ne rêvait-il pas d’une américanisation de l’Europe?

I’d like to be a machine, wouldn’t you? AndyWharol.

A partir de 1955-1956 chacun y va de son alvéolaire, de sa cellule tout plastique. Les Russes, les Japonais, les Américains, Quarmby, L. Schein, Chanéac, Hauserman, Camoletti, Hoechel, Maneval, etc. Une coque moulée jaune vif, orange ou violette aux angles arrondis ou une structure gonflable transparente. On évacue tout contenu au profit de mots d’ordre comme mobilité, variabilité, flexibilité, productivité. Mais ça ne marchera pas. Ce qui était fun pour les fauteuils ne l’était sans doute pas pour les maisons.

Si nous vivons dans un style, c’est celui du profit. R.Topor

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Chanéac va essayer de réagir à tout ce discours sur les machines à habiter en proposant une architecture insurrectionnelle, rapidement montée et immédiatement recouverte de filets de camouflage. Ceci pour la campagne. En ville, il préconisera des bulles parasites ventousées sur des bâtiments existants. Son essai en 1970 chez le docteur Lachat dans une HLM de Genève est resté célèbre.

A la fin des années 60, le gonflable tirait son importance d’une intense focalisation sur l’éphémère.

Pour en sortir, pourtant, il ne reste pas d’autre issue que de laisser se développer librement l’éphémère, sans trop de normes ni d’autres règles que celles de l’abondance dans l’immédiat. Alors le problème principal deviendra : que faire des bâtiments construits sous le régime de la durabilité, de ces bunkers et de ces coffres-forts qui se dresseront, obstacles immuables, au milieu d’une création généreuse et continue ? On instituerait alors, certainement, un Centre Scientifique de la Démolition des Bâtiments qui se consacrerait à les rendre éphémères. (D.G. Emmerich).

C’est le 15 juillet 1972 à Saint Louis, Missouri, que l’on a fait sauter pour la première fois toute une cité construite dans les années 50. Charles Jencks annonce aussitôt la fin de l’architecture moderne.

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L’architecture utopique des années 60 n’était pas destinée comme celle de Fourier à d’aimables jardiniers naïfs et pervers, mais à des masses de fanatiques hallucinés et survivants d’on ne sait quelle catastrophe. C’était une architecture de la fuite en avant, semblable au tout informatique d’aujourd’hui. No futur ! Elle se voulait anti-fonctionnaliste, visionnaire, sans aucun scrupule dans l’utilisation des éléments technologiques, prospective. Monde souterrain, villes spatiales, mobilité, climatisation, immatérialité. Ville pont, ville flottante, ville spatio-dynamique, cybernétique. Négation de l’architecture, du matériau, de l’urbanisme, des villes. Architecture organique. De non-poids : le seul élément porteur est l’air. Architecture sans architecte.

Qui a mieux parlé de cette architecture que Jacques Tati dans Mon oncle en 1958 ? M. Hulot habite dans un vieux et pittoresque quartier de banlieue. Son beau-frère, M. Arpel, est patron d’une usine de tuyaux de plastique et vit dans une maison ultramoderne remplie d’appareils ménagers…

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Osaka 1970. Cette exposition ouvre le l 5 mars 1970 : 330 hectares, 85 pavillons, 50 millions de visiteurs. Son thème : Progrès et harmonie pour l’humanité. Les Japonais voulaient construire une ville moderne. Ils aboutissent à un parc de loisirs. Les firmes multinationales utilisent les pavillons comme supports publicitaires. Des groupes d’artistes, partisans de l’appropriation stirnérienne des lieux publics et des émeutes à motifs culturels créent le Front commun pour la destruction de l’Exposition universelle. Pour eux, participer à cette exposition signifierait approuver la politique gouvernementale et les sombres pratiques des multinationales. Le pouvoir riposte en interdisant toute réunion de propagande, tout teach in, tout chant en chœur au centre-ville. De nombreux étudiants rejoignent ses activistes dans des manifestations nudistes. Le groupe The Play fabrique un radeau en forme de flèche qui dérive pendant douze heures sur la rivière Uji, de Kyoto à Osaka.

Cette exposition marque le moment de la récupération institutionnelle du gonflable. Le PVC, le polyuréthane, le Néoprène souple règnent sans partage. Sauf dans le pavillon français qui, au lieu d’être le gonflable qu’il devait être, est classiquement en béton. Il fallait faire des essais de résistance aux typhons. Le ministre J.-P. Soisson a pris peur…

Sous le plus grand toit du monde construit en tubes métalliques par Kenzo Tange, Isozaki Arata a placé sa Techutopie, un espace composé de lieux d’information, lieux non substantiels. Il préfigurait ainsi l’actuelle domination sans partage du monde des affaires.

Le pavillon Fuji est l’édifice le plus léger jamais construit : 1 6 000 m3 d’air, 30 m de haut, 80 m de long, 16 tubes en vinyle de 4 m de diamètre. Le pavillon des États-Unis est une membrane pneumatique sur un réseau de câbles d’une portée de 80 m. Un compresseur produit 40 000 pieds cubiques d’air par minute. Pas un seul pilier. Lumière naturelle. Dix mille visiteurs à l’heure. L’un de leurs fournisseurs déclare : Cette machine est spécialement appropriée à ce temps car nous serons peut-être forcés de créer des environnements complètement artificiels pour protéger les gens de la pollution industrielle.

Le Mitsui Pavillon, ce sont 5 Mushballoon de 15, 20 et 30 m de diamètre qui, en quinze minutes, s’ouvrent ou se ferment en jouant sur la pression de l’air et sur la longueur des câbles.

Archigram propose un prototype en grandeur nature de leur capsule habitable. Le succès de Métabolisme, leur alter ego japonais, atteint son apogée.

Les notions de façade et de toit disparaissent. Les édifices sont sphère, vase, tuyau, assiette, coquillage, balles de golf, édredon molletonné, tambourins, défenses d’éléphant, soucoupe volante, etc.

Le groupe EAT réalise le pavillon Pepsi Cola (sphère de 27 m de diamètre et 16,50 m de haut). Ce dôme est une structure à simple membrane supportée par l’air, en nylon alumine. Un double boudin circulaire en PVC rempli d’eau sert d’ancrage. Intérieurement c’est un immense miroir concave de 210 degrés, qui donne une vision de soi complètement déformée. Le son participe à ces effets en modifiant les rapports de distance. Pepsi, quel trip !

L’Expo 70 a été critiquée pour son côté ouvertement commercial (Hitachi, Toshiba, IBM, Kodak, Mitsubishi, Matsushita, Pepsi, Fuji, etc.) et son côté «trucs » architecturaux. Les états passent la main et trop de productions semblaient relever du plagiat, de la simple répétition d’une formule Expo qui avait pointé le nez de manière absolument unique à Montréal, trois ans plus tôt.

La première exposition universelle d’après-guerre a lieu à Bruxelles en 1958. Elle marque l’apogée du style atome avec l’Atomium, molécule cristalline de métal grossie 1 50 milliards de fois, symbole à la gloire de la science et de la technique triomphantes. Il fallait blanchir l’atome. Oublier Hiroshima, Nagasaki !

Montréal 1967. Son thème, Terre des Hommes, sonne comme un aveu. Le discours officiel exprime peur, culpabilité, angoisse devant les développements technologiques incontrôlés. L’architecture est chassée par le contrôle de l’environnement. La catastrophe est imminente. Pour la première fois, on dissocie progrès techniques et progrès humains. Mais c’est trop tard. Le style ingénieur arrive en force. On ne fait plus dans le grand, l’énorme, le colossal. On miniaturise. Le tétraèdre domine. Les matériaux polymères foisonnent. La mode est au structural. Il n’y a plus de classe sociale. Juste un système… De nombreux pavillons sont inadaptés à leur fonction et les modèles sont sans application pratique. C’est notamment le cas du dôme géodésique de Fuller, un œil de mouche de 60 m de haut et de 75 m de diamètre ou de la tente de Frei qui sont des débâcles dans l’aménagement intérieur.

Les années 50 voient naître une insatisfaction diffuse envers les outils traditionnels de contrôle et d’aménagement du territoire. La redécouverte des outils traditionnels de l’avant-garde répond à une polémique généralisée contre la bureaucratie. Pendant que le Pop anglais s’attaque avec affection et humour aux nouvelles icônes américaines, les jeunes architectes affrontent la ville. Impertinent, opportuniste et illettré, Archigram est à l’architecture ce que les Bunnies d’Apocalypse Now sont a la guerre. Fraîcheur, virtuosité, vitalisme, candeur. L’expérimentation remplace la contemplation. Leur architecture est affirmation volontaire, violente, provocatrice. Ils accentuent les contradictions, les rendent visibles. Certains d’entre eux ont grandi dans des cités balnéaires. Est-ce pour cela qu’il y a dans leurs projets un goût tellement prononcé de dancing de bord de mer ? Leur fanzine, neuf numéros de 1961 à 1974, à la mise en page hyper excitée, élève l’insolence au rang d’un des beaux-arts. Leurs cités-machines mobiles renouent avec une dynamique industrielle d’aspect biologique et mystique bien oubliée depuis la courte acmé italienne. Ils chérissent l’ambiguïté. Ils dynamisent les images de Fuller et d’Otto, les préfabriqués de Prouvé, les mobil-homes et les gonflables. Ils projettent d’ouvrir à Monte-Carlo… le premier stand au monde de fruits de mer psychédéliques, voire le premier distributeur de bikinis en papier. Tout pour l’apparence et pour l’espace public ! Igloo transparent pour VRP branché. Des alvéoles mobiles pour esclaves motorisés, des capsules suspendues pour célibataires stériles. Bulle gonflable solipsiste. Cellule pour couple fusionnel sans enfant et aimant particulièrement être à l’étroit. Théories des moments-seuils : les changements se produisent quand il y a une accumulation suffisante de conditions favorables. On ne joue pas à l’esprit fort. Juste du ready-made, le jeu des générations. Faire de ses objets, de son vernaculaire, une arme de guerre contre les gens en place. Inverser les valeurs. Mêler la libération sexuelle hippie avec le high-tech de la recherche spatiale. Jamais d’arbre ni de verdure. Des routes, des minettes, de la vitesse : les classes moyennes chez elles. Ni art, ni affairisme. Juste un flux… Tout doit être jetable, aléatoire et nomade. L’obsolescence planifiée. Ils ne font pas dans la pièce détachée. Leurs trouvailles ne s’additionnent pas mais se multiplient. Ils sont à leur façon bien plus proches des situationnistes que leurs cousins bédéphiles français. Archigram (Warren Chalk, Peter Cook, Dennis Crompton, David Greene, Ron Herron et MikeWebb), ce n’est pas un vocabulaire, c’est un style. À chaque technologie, ils font affirmer une spécificité. Le fric est roi. Du pain et des jeux ! C’est franc, prédateur, sincère. La vie est un spectacle ! Le gonflable est détonnant ! L’architecture n’est plus un bâtiment mais un événement. Cushicle, vêtement enveloppant qui se gonfle afin de constituer un dôme pneumatique de petite taille, à l’intérieur duquel le porteur peut s’allonger ou s’accroupir. Walking Cities de Ron Herron, 1964, mégastructures zoomorphes qui se déplacent sur des jambes télescopiques. Plug-in-City, Peter Cook, 1964-1966. Peut s’étendre à l’infini. Les appartements Stop-over, où l’on s’arrête un instant, et les immeubles qui circulent sur des coussins d’air autour de la ville. Les espaces publics protégés des intempéries par des structures gonflables. Computer City, Dennis Crompton, 1964. Réseau, branchement, existence totalement câblée. 1965, Living Pod, nouvelles technologies et nomadisme primitif. 1967, Livin’1990, Warren Chalk, espaces habitacles portés par des treillis ou accrochés à des constructions suspendues. L’enveloppe est constituée de membranes que l’électronique réunit ou sépare. Planchers et plafonds sont utilisés comme régulateurs de lumière, d’espace, de son. Des robots régulent les cloisons et créent, à l’intérieur de vastes volumes, des petites zones permettant l’isolement. En pressant un bouton, en formulant un ordre, en clignant des yeux, on peut déclencher ces transformations et procurer à chacun ce qu’il désire. Apôtre d’une architecture éphémère, d’une conception industrielle qui termine la militarisation de la production civile en la submergeant infiniment de produits jetables, Archigram a bien mérité du progrès…

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Learning from Las Vegas (l 972), de Roberto Venturi, D. Scott-Brown et S. Izenour, est de l’Archigram théorisé. Génial ! Le chaos des Suburbs et la bilboard strip décrites comme s’il s’agissait d’un monument de la Rome antique. La parodie, l’ironie, une vraie conception de l’histoire sociale du bâti et de l’urbain. Las Vegas, ville du désert, entourée de boîtes de bière rouillées, n’exposant que des façades spectaculaires, ayant relégué toutes les fonctions, machineries et maintenances à la face obscure, au dos de leurs palais-hangars, cette ville décrite comme étant la totalité de notre monde ! Effectivement, s’il n’y a plus que des forces économiques en présence, pourquoi conserver l’architecture ?

Le centre Pompidou (1977), de Richard Rogers et Renzo Piano, est de l’Archigram réalisé. Le jury était présidé par Prouvé ! Raffinerie de pétrole. Nostalgie de l’ancienne civilisation industrielle. Éthique de l’objet industrielle. La machine comme modèle et mythe. Cathédrale de la consommation culturelle. Légèreté, luminosité, transparence. Succès populaire considérable. Même si 70 % de ses visiteurs n’utilisent aucun de ses équipements culturels. Un point de vue panoramique sur une ville carte postale. Fonctions indéterminées, flexibles. Stratégie affirmative, revendication positive. Circulation des flux. La façade devait être un écran géant très Archigram. Le gouvernement n’en a pas voulu. A échappé à tous les stigmates de la préfabrication, du quadrillage sans fin propre au monde industriel contrôlé. Ce centre était une négation des plus réussies de la fonction de sacralisation inhérente à toute entreprise muséologique. Cette utopie a vécu…

Si Archigram utilise les gonflables comme l’un des signes caractéristiques de la modernité, Stinco, Aubert et Jungmann, les trois architectes du groupe Utopie en feront l’essentiel de leurs propos, la matière de leur cheval de Troie, de leur ruse pour pénétrer dans l’architecture bourgeoise et essayer de la ruiner !

Le groupe est fondé en 1966. Dans le n°1 d’Utopie, en mai 1967, René Lourau écrit que toute société confie à la déviance le soin de la représenter a ses propres yeux, aux yeux de l’étranger et aux yeux de l’avenir. H. Lefebvre relève que la plaie du monde moderne est l’ennui. Comment restituer l’élément ludique, l’imprévu, la spontanéité, l’émotion, la surprise dans un environnement que le fonctionnalisme puéril a abandonnés car non quantifiables ? Le Corbusier, homme fasciné par le Pouvoir, groupait sa cité idéale autour du centre civique. Lefebvre fait du centre le pivot du jeu, de la rencontre aléatoire, des échanges culturels. À la ville éternelle, pourquoi ne pas opposer des villes éphémères et des centralités mouvantes aux centres stables ? Dans le même numéro, Baudrillard admet que l’éphémère est sans doute la vérité de l’habitat du futur. Mais l’éphémère et le durable n’existent qu’à travers leur relation. Peut-être que tout ce qui se consomme s’oppose à l’habiter qui est fondation et investissement. Les fonctions collectives du «dur» sont très puissantes. L’éphémère est la vérité de la modernité. Seuls quelques privilégiés qui depuis des décennies ont connu le fixe et le séculaire peuvent mettre en cause le mythe du durable. Le peuple aspire au modèle bourgeois. En mai 1969, dans Utopie 2/3, le même Baudrillard affirmera que la contestation est un bien de consommation comme un autre et que la répression moderne devenue parfaite se fait à présent au nom du jeu…

L’association architectes/théoriciens a durée plus d’une demi-décennie. Auricoste, Catherine Cot, Baudrillard, Tonka et les autres ont-ils eu honte ensuite de s’être associés à l’emphatique tumescent ? En tout cas, aujourd’hui, Tonka pense qu’Utopie, en se séparant de ses artistes, s’est desséchée. Mais il refuse néanmoins d’associer feue Utopie et les structures vultueuses parce que pour lui l’utopie n’a pas de formes…
Les praticiens avaient monté très tôt une entreprise, Aérolande. Nom formé de air et Rolande, patronyme d’une dame dont ils admiraient tous la plastique impeccable. En juillet 1967, ils présentent un diplôme commun intitulé Architecture pneumatique à l’ENSBA, salle Melpomène, au milieu de 180 autres diplômes. Lorsqu’il en parle aujourd’hui, Aubert oppose le choix du gonflable au modulaire – une vraie tarte à la crème de l’époque. Après un premier projet pour la CECA, lassés de la lourdeur de la préfabrication, de l’obsession du logement, de la répétition des formes combinables à l’infini et dont la diversité confinait à cette unicité du « fait en usine/transporté/monté sur le chantier», puis éventuellement «redémonté/retransporté/remonté», etc., une nuit dans leur atelier, lançant moult idées en l’air, ils en saisirent une au vol pour leur diplôme : les structures gonflables.

Aubert est ferme là-dessus : pour lui il n’y a aucun rapport entre l’acceptation habituelle d’une quelconque utopie et les structures gonflables qu’ils projetaient. Les groupes politiquement organisés en 68 ne leur étaient-ils pas violemment hostiles comme en témoigne cette fameuse assemblée générale qui eut lieu aux Beaux-arts, à ce moment-là et dont le thème, Nous battrons-nous pour du gonflable ?, était d’inspiration maoïste ? Admirateur perplexe des écrits de R. Steiner sur l’art, fasciné par les abstractions stéréotomiques d’Emmerich ou de Fuller, Aubert voulait rendre le bâti aussi potentiellement obsolète que les voitures (pas plus de cinq ans…). Les matériaux de synthèse, dont l’une des caractéristiques est justement de garder intacte pendant un temps donné l’ensemble de leurs qualités mécaniques, physiques et chimiques, puis de se dégrader brusquement, répondent très exactement à cette détermination possible de l’obsolescence, dont nous parlons. L’investissement d’Aubert dans le gonflable n’était donc peut-être pas aussi vide d’arrière-pensées qu’il ne l’affirme véhémentement aujourd’hui. Il faut maîtriser suffisamment la technique pour être capable de fusionner esthétique et techniques structurelles. Les structures gonflables permettaient de produire un monde de formes, expression de cette technique, qui ne pouvait en aucun cas enfreindre les lois physiques propres à ces structures, sous peine de destruction. Être les stéréotomistes des structures gonflables ou ne pas être, telles étaient les leçons d’Edouard Albert et de Jean Prouvé.

Jean-Paul Jungmann avait choisi le Dyodon comme sujet de diplôme, une habitation pneumatique à mi chemin entre la planque pour mafiosi et le club de libre-échangistes vénusiens. Tour de force au niveau du dessin, de rendus Imaginatifs et élégants. Entièrement gonflable : structure, enveloppe, plancher, cloisons, équipement et mobilier. Rhombique combinaison de volumes convexes par assemblage de matelas-enveloppes rigides une fois gonflés. Son édifice peut être transporté par air ou sur l’eau. Il dispose d’une source d’énergie autonome et de nombreux espaces de détente : solarium, observatoire, toboggan, piscine, jardin d’hiver, volière, salle d’eau, et même d’une bibliothèque pleine de BD made in USA ! Il peut être suspendu, installé dans la neige ou par hélicoptère dans un terrain inaccessible par la route.

Antoine Stinco, auteur d’un hall itinérant d’exposition d’objets de la vie quotidienne, d’une version agit-prop du Salon des arts ménagers, cherchait quelque chose d’excitant, de jubilatoire, des formes neuves. Le gonflable correspondait à notre goût pour/e design, la fantaisie et les structures logiques. Il voulait mettre la technologie au service de la vie de tous les jours, résister au folklore des Beaux-Arts. Ami de Paco Rabanne et de William Klein, il reconnaît qu’à l’époque il y avait encore une grande innocence par rapport au design.

En juillet, leurs sujets d’examens sont publiés dans Le Nouvel Observateur et l’International Herald Tribune.

Du 1er au 28 mars 1968 a lieu à l’ARC l’exposition produite par le groupe Utopie : Structures gonflables. Deux colloques, l’un sur la technique du gonflable, et l’autre sur l’urbanisme complètent la manifestation. Tous les archigrams, les utopiens, Lionel Schein, leurs maîtres à penser, Henri Lefebvre et Cédric Price, étaient présents. Dans son introduction au catalogue, P. Gaudibert se réjouit de faire entrer les objets de la vie quotidienne dans un musée. Dans les neuf sections, il y avait des véhicules et engins terrestres, marins, aériens et spatiaux. Des outils, des travaux d’art, des constructions genre chambres frigorifiques à atmosphère contrôlée, des meubles, des jouets et accessoires de plage, des œuvres d’artistes comme L’Imaginaire Volux de Hans-Walter Muller, écran gonflable abritant des projections cinétiques, des objets publicitaires et des décors pour jeux et fêtes.

La presse s’emballe. Le Monde, Elle, l’Humanité Dimanche, Marie-Claire, etc., consacrent des articles, tous élogieux, au mafflu joufflu. Mais à peine l’ego s’est-il hypertrophié que tout s’arrête. Kléber-Colombes et Dunlop ne veulent plus entendre parler des futilités d’Aérolande. Nos architectes s’enfoncent dans le mord-moi-le-nœud marxien et se réveillent avec une mauvaise conscience politique carabinée. La rupture finit par devenir inévitable. Restés seuls, les intellos lèvent le coude à un rythme encore plus soutenu. Toutes les formes d’architectures expérimentales ou éphémères sont remises en question par eux et accusées sans discernement de complicité avec le système. Jungmann et Stinco fondent dans les Halles un département universitaire centré sur l’idée de l’environnement. Fin 1969, le sachant condamné par l’administration, ils organisent des concerts, des fêtes. Sun Ra un jour, Robert Crumb le lendemain. Ils mettent une presse à libre disposition. Et vogue la galère !

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Le côté hippie, nomade du gonflable.

Il existait à la fin des années 60 des jeunes gens qui étaient fans de toutes sortes d’architectures utopistes, expérimentales et vaguement écologiques, d’architectures gonflables et de structures molles, sorte d’accouplement du design et des hippies. En gros, l’angle droit était maudit, considéré comme une contrainte, une technique de conditionnement réactionnaire. La courbe était parée de toutes les vertus libertaires. Ces jeunes gens, quand ils ne dansaient pas tout nus, portaient d’amples vêtements lâches qui étaient censés favoriser un genre de vie tolérant, etc. Cela s’accompagnait d’un culte insensé pour le phrasé mou de la guitare distordue de Jimi Hendrix et de grandes attentes messianiques. Ils contestaient l’ensemble de l’existence, avaient des exigences de libération (notamment sexuelle) et de vie authentique. Ils pratiquaient un mépris affiché du confort, de l’argent, de l’individualisme. On fraternise, on s’aime, on se baigne tous ensemble. On vend de l’amour et de la non-violence.

Ces freaks faisaient appel aux technologies les plus modernes pour passer de l’utopie idéale à la pratique : le dôme géodésique et les gonflables. Aux États-Unis, de multiples communes s’étaient couvertes des dômes les plus hétéroclites faits en plastique ou en capots d’automobile. Étant une coquille vide et non contraignante, le dôme était parfait pour l’évolution mentale et physique de ces communautés. Par contre, le côté peu pratique du gonflable va leur apparaître très vite… Dans leurs catalogues de «survie», ils le décriront comme mauvais isolant sonique, mauvais isolant thermique, impropre à l’habitat, mais excellent pour en faire un lieu de spectacle, de réunion ou de méditation. Cet espace abstrait, fluide, illimité est donc tout le contraire d’un nid douillet. Cette technologie soft, rustico high-tech, peut tourner au panoptique, à l’absolue visibilité, à la volonté de supprimer toute ombre, au règne du silence et de la virginité. Pneuma, c’est l’esprit, pas la chair… Les cœurs purs sont puritains, totalitaires ! Ne pas pouvoir se cacher est une bonne définition de la terreur.

The Times They Are A-Changin’

En 1970 débarque l’écologie. On commence à parler de protéger la nature contre la technique. On évoque l’arrêt de la croissance. Le triomphe du gonflable à Osaka est aussi le moment de sa mort. Le premier choc pétrolier et la récession de 1974-1975 vont lui donner le coup de grâce. Il n’a pas réussi sa conversion. Il survivra de façon marginale grâce à deux, trois poètes artisans. Le gonflable, aboutissement du goût systématique pour la structure gratuite, est l’un des chapitres de la longue histoire inaboutie de l’industrialisation du bâtiment dont l’antienne est : ah ! si on pouvait construire des maisons comme des voitures…

Dans les années 60 la caisse de verre a permis à l’architecture d’entrer dans l’ère de sa reproduction technique. L’architecte est devenu un spécialiste de l’emballage, un designer. Le gonflable, c’est l’architecture devenue design – design à la fois artistique, technique, industriel, fonctionnel, social, esthétique et même (pourquoi pas ?) subversif – de ce design qui se pense comme la parfaite incarnation de l’art total, c’est-à-dire du système dominant. Mais au revers de l’utopie moderniste, il y a toujours comme une douleur pétrifiée, une mélancolie d’après le désastre, une résignation à la violence.

Trente ans plus tard… Bien des choses ont changé. Nous avons un nouvel homme et il est léger, libéré du poids de ses propres passions et des jugements de valeur. Ouvert aux différences, il n’est jamais critique. Il préfère l’autonomie à la sécurité. Il a renoncé à la stabilité, à l’enracinement, à l’attachement au local, à la sécurité des liens frayés de longue date. Il a fait le sacrifice de son intériorité et de la fidélité à soi, pour mieux s’ajuster aux personnes avec lesquelles il entre en contact et aux situations, toujours changeantes, dans lesquelles il se trouve amené à agir. Il aime le mouvement pour le mouvement. Il est transparent, omnidirectionnel. Un vrai gonflable…

Malheur aux vaincus !

Ouvrages consultés.

• Aubert J., Toute ressemblance entre nos structures gonflables et les événements de mai 68 serait l’effet d’une pure coïncidence, texte dactylographié de 3 pages, Paris, 1998.
• Baudrillard J., Nouvel J., Les Objets singuliers, Paris, 2000.
• Boltanski L, Chiapello E., Le Nouvel Esprit du capitalisme, Paris, 1999.
• Centre Georges-Pompidou, Archigram, Paris, 1994.
• Centre Georges-Pompidou, 1910 – 1970, le Japon des avant-gardes., Paris, 1986.
• Coky C., Jean Prouvé, Paris, 1993.
• Conrads U., Programmes et manifestes de l’architecture du XXe siècle, Paris, 1991.
• Denès M., Form Follows Fiction. Écrits d’architecture fin de siècle, Paris, 1966.
• Dessauce M., The Inflate Moment, pneumatics and protest in ’68, New York, 1999.
• Édition des Arts décoratifs, Le Livre des expositions universelles, Paris, 1983.
• Fondation pour l’Architecture, L’Utopie du tout plastique 1960-1973, Bruxelles, 1994.
• Gossel P., Leuthauser G., L’Architecture du XXe siècle, Köln, 1991.
• Lauxerois J., L’Utopie Beaubourg, 20 ans après, Paris, 1996.
• Müller H.-W., Giverne C., Juillot X., L’Entretien des illusions, Paris, 1997.
• Lefebvre H., La Vie quotidienne dans le monde moderne, Paris, 1968.
• Lefebvre H., Le Droit à la ville, Paris, 1968.
• Lefebvre H., Les Temps des méprises, Paris, 1975.
• Lucan J., France architecture 1965-1988, Milan, Paris, 1988.
• Otto F., Tensile Structures, Massachusetts Institute of Technology, 1973.
• Popper F., Art action participation – le déclin de l’objet, Paris, 1975-
• Ragon M., Histoire mondiale de l’architecture et de l’urbanisme moderne, t. Il, Pratiques et méthodes, 1911-1985, t. III, Prospective et futurologie, Tournai, 1986.
Utopie n°1, mai 1967,
Utopie n°2-3, mai 1969.
Utopie, Catalogue de l’ARC, structures gonflables, mars 1968.
• Violeau J.-L, Situations construites, Paris, 1998.

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Entretiens.

Jean Aubert
Marc Dessauce
Jean-Paul Jungmann
Laurent Kaltenbach
Hans-Walter Muller
Antoine Stinco
Hubert Tonka
Jean-Louis Violeau