le déterreur (notes)

thumb image
Film en cours de Darjeeling Bouton, 2019

 

Blind father with daughter

Gamine sans âge. Chevelure ébouriffée, visage grave. Elle se tient en appui contre un homme assis. À la place des yeux, des trous. Armée de son air défiant, elle donne l’impression de protéger cet homme. Celui que la légende de la photo affirme être son père. La légende dit : «Blind father with daughter». Elle est ses yeux à lui, son regard sur le monde. Longtemps, je me suis identifiée à cette enfant d’un autre temps, d’une autre terre. C’est de cette image, trouvée chez un antiquaire en Palestine, que j’aurais aimé parler. Mais étrangement, il m’aura été plus évident de prendre pour point de départ ce livre, «Le Déterreur» que mon père, que je connais peu, que je connais mal, a un jour mis en scène pour le théâtre. Oui, plus évident de plonger à mon tour dans ce texte corrosif. Assister à ce long délire éclairé et vociférant contre le terrible travestissement de ce pays, de l’autre côté, le Maroc, où je retrouve une part de mes racines. Comme si avec ce cri de révolte, l’écrivain Mohammed Khaïr-Eddine avait voulu soulever la rage combative tapie au fond des coeurs du peuple marocain. Pour témoigner du manque, de l’absence de ce père, j’ai préféré sonder les affres de ce personnage morcelé, me rapprocher de cet homme isolé, banni de tous, ce presque fantôme, ce grand errant qui hurle désespérément la perte de sa langue, de sa mère, de sa terre, de son identité, qui crie la haine de son père.

 

Vision 1