La crucifixion

Texte de Pier Paolo Pasolini

Toutes les plaies sont au soleil
et Il meurt sous les yeux
de tous : sa mère même
sous sa poitrine, son ventre, ses genoux
regarde son corps souffrir.
L’aurore et le soir jettent une lumière
sur ses bras ouverts et avril
attendrit l’exhibition
de sa mort aux regards qui Le brûlent.

Pourquoi
le Christ fut-il EXPOSÉ en Croix ?
Oh ébranlement du cœur devant le corps
nu du jeune homme… atroce
offense à sa pudeur crue…
Le soleil et les regards ! La voix
extrême demanda pardon à Dieu
avec un sanglot de honte
rouge dans le ciel muet,
entre ses pupilles fraîches et ennuyées :
mort, sexe et pilori.

Il faut s’exposer (est-ce l’enseignement
du pauvre Christ cloué ?)
la clarté du cœur est digne
de tout mépris, de tout péché,
de toute passion si nue soit-elle…
(est-ce là ce que veut dire le Crucifié ?
sacrifier chaque jour le don
renoncer chaque jour au pardon
se pencher naïfs sur l’abîme ?)

Nous
resterons offerts sur la croix,
au pilori, entre les pupilles
limpides de joie féroce,
découvrant à l’ironie les gouttes
du sang de la poitrine aux genoux,
doux, ridicules, tremblant
d’intelligence et de passion dans le jeu
du cœur brûlant de son feu,
pour témoigner du scandale.

Pier Paolo Pasolini, {Poésies}, 1943-1970, traduit de l’italien par René de Ceccaty, Paris, Gallimard, 1990, p.90