L’image de l’arbre est dans ma main, Trajectoires,

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Textes de Martine Rousset, 2009, 2012

L’image de l’arbre est dans ma main ,
le bruissement des feuilles me recueille…

Les labos : vingt ans et plus ..

une histoire , toute une histoire , ( en faite toute une histoire- maintenant )

histoire d’utopie ? résistance , persistance , obstination ..
aujourd’hui , peut être et avant tout , une histoire d’art , une poétique ,

radicale,

dans le champs de l’image argentique , de ce qu’elle est d’empreinte ,
d’en arpenter les chemins ,

contre- pied , contre courant , contre-attaque , contre- sens même ..oui oui

cette idée première : tous les outils , tous , dans ces quelques part associatifs ,
plus ou moins improbables : caves , banlieues , campagnes , et quelques déserts ..

tous les outils possiblement dans les mains de chacun des artistes ..
c’est quand même ça la grande idée , et elle semble perdurer …

pas de plans sur la comète , en temps de guerre – quand même –

possible , possible ,

d’une économie pauvre donc ,
puisque prenant le temps de le faire , le film , seul ,
comme le faire , le livre ou le tableau,
mettant la main à la pâte , et le cœur à l’ouvrage –

tous les outils les uns après les autres ;

choisir cela,

le possible temps d’aller y voir , à ce qui se voit à mains nues ,
par les chemins optiques ,
par les chemins chimiques ,

y aller être l’ouvrier de son film ,

c’est pas à pas , que ça chemine ,
c’est extrêmement long , c’est extrêmement laborieux ,
ça s’apprend , ça s’invente aussi , tout aussi bien : qu’est ce que ça fait si
il développe une pellicule inversible dans un bain négatif ? de l’or ?

déplier la palette , toucher à tout ,
ouvrir l’empreinte comme un livre ,
déchiffrer l’inscription ,
accéder aux temps mêlés de l’image ..

le souffle indistinct de l’image , comme jamais auparavant
dans le mutuel accueil de l’ouvrier et de son outil ,
dans cette alliance de la main et du langage ,

au lieu même où se rencontrent les temps ,
ceux du travail et ceux de l’image traversée ,

tout à coup vive ,

elle bat ..

la prégnance , la présence de la vision alors ,
par les arcanes des temps ,
la densité , pas la définition ,
le poids et le souffle , et pas la loi ,

en recul : la toute puissance du cadre – l’objet même-

un art du document ,
du document comme gisement , du gisement comme récit

un art pauvre
robuste et mémoriel ,

tout à rebours du vide légiféré des codes .

M.R. 2009

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Trajectoires ,

c’est aller à la mine que d’aller y voir dans une récolte d’image,

visionnage des images de Chemins , travail en cours , au long cours , au très long cours.
paysages , la forêts et les pierres , les images de l’été 2006 , puis du printemps et de
l’automne 2007 , de l’été 2008 , de mai et juillet 2009 , d’août 2009 , et octobre ,
d’abord les couleurs ,et après les noirs et blanc , à rebrousse- temps , déjà vues et revues , au
fur et à mesure en : 2006, 7, 8 9 …

quelque chose demeure invisible tout ce temps .
On ne voit rien , comme regarder au fond du
puit,

gisement diffus disséminé

rester aux aguets sans compter attendre oublier les deux confusément

devenir la montagne

percepteur abstrait du monde

revoir quelque fois , juste pour écouter le bruissement du projecteur , laisser glisser la lumière contre les yeux , échappée

un jour c’est là , c’est aujourd’hui
advenu , précisément là . les années pour voir, le temps pour que cette image soit.
revienne d’outre mémoire

comme si,
elle avait suivi une trajectoire mystérieuse avant de se révéler , désertant ma mémoire
,s’en était allé par des chemins d’oubli , des arcanes de temps , des courants inconnus ,
imperceptibles derrière la mémoire , derrière les yeux ,
par ces espaces aveugles où se joue le visible , où les temps mêlés trament d’étranges
alchimies , pour revenir s’arrimer en ma vision et l’ouvrir comme on ouvre une porte ,
comme on ramène l’eau du puit ,
comme on arrive au port
par ces matrices de la pensée ,où la vision , alluvionnaire des temps , se fait rive , y vient alors
écumer , aborder l’image

l’image dans le tapis aussi

que s’est t-il passé en cette trajectoire ,en ce cheminement , quelles opérations pour que cette
image se donne à voir ,
comment tourne la roue des temps

par ou ça passe ,
passage au crible
le temps est un sas
le temps fait l’élémentaire
l’image s’échappe , comme le sable file entre les doigts , et revient à son heure ,
un don , un don du paysage,
il semble que l’exact processus de la révélation chimique se double , d’une obscure alchimie
mémorielle qui la suit , en un écho symétrique ,

la pérennité de la matière réside dans la pensée, et si c’était l’inverse ? encore mieux , les deux

L’image première est un puit ,

quelle est cette venue du visible , cette venue des territoires d’outre mémoire ,

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l’os de l’image , les chinois parlaient de ça l’os de l’image

c’est là une incarnation :
pierre comme stèle,
restanque comme tombe,
croisées des hautes branches , écrit implacable

minerai dégagé de sa gangue , filon à nu

les temps à l’ouvrage ont noué des trames
dissous l’imitation ,
fouillé ses trous noirs ,
retourné comme un gant la tentation de l’épure
ramené les très anciens récits , les très anciens motifs de la matière de la profondeur de ses
gouffres

l’image première est une piste fertile ,
le cadre, juste une cicatrice sur la carte aveugle des temps

M. R. Février 2012