Il y aurait une école à inventer…

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Texte de Bruno Le Gouguec, 2020

Il y aurait comme une école à inventer, qui ne serait pas nouvelle d’ailleurs, s’inscrivant dans une certaine tradition de la peinture dont le peintre François Dupuis participe, qui à partir des choses permettrait de faire paraitre la figure humaine, tranquillement, ce qui suppose évidemment d’assumer une certaine méchanceté du monde. Cette épreuve de la finitude qui pourrait devenir harassante à force de durer, sensible dans ces dessins qui déclinent sempiternellement les mêmes thèmes, (en d’innombrables variantes, lumineuses parfois) permet de déjouer ces pièges qui pourraient égarer le peintre : aspiration à l’infini en soi, sans passer par les formes du monde, dans une volonté plus ou moins avouée d’en finir justement, ou bien quête d’une beauté idéalement fixe, mais sidérante, ce qui reviendrait au même. 

Cette force grondante que l’on perçoit, au détour des pages de ces carnets, en dépit d’une indéniable virtuosité, est le signe d’un combat contre ce qui pourrait conduire à la noyade dans l’indifférencié du monde et au mutisme, combat sans lequel nous perdrions le beau, et l’homme.

Cette pratique assidue, quotidienne, du dessin de choses, ou bien des alentours immédiats, vues de la cour, paysages…, sert en effet ce qu’il y a de plus précieux dans ces carnets, au moins à mes yeux, les portraits et les autoportraits.

Si le sentiment du jardin s’impose tandis qu’on feuillette les pages de ces carnets et s’il y a une beauté de la raison qui perdure à travers ce travail, c’est parce qu’un jardin n’existe pas naturellement, c’est le corps-parole du peintre, si l’on peut dire, tandis qu’il contemple et rend compte des choses du monde, qui le met en lumière à partir d’un donné dont il est en quelque sorte héritier. C’est ici, se dit-on, quand un homme cultive sa propre nature, comme un jardinier cultive un carré de jardin ouvert sur un ciel qui nous est commun, qu’il coopère à la vie au sein d’une relation qui outrepasse ce que le peintre en connait. Et c’est ici, à la hauteur de ses choix, de ses vues, qu’il a une chance d’ouvrir les yeux sur le prochain d’une façon plus ajustée, laquelle à travers la finitude même parvient à faire transparaitre ce je ne sais quoi d’originel qui est toujours digne d’être aimé, chez quelqu’un. [1]

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Notes :

[1] François Dupuis, peintre, graveur, sculpteur, né dans la région parisienne, vit et travaille près de Macon. Depuis plusieurs années, il réalise un dessin par jour dans des carnets de type Moleskine. Les motifs les plus ordinaires, objets quotidiens, intérieurs, vues de la cour, alentours… voisinent avec des portraits et des autoportraits dont la qualité laisse entendre que s’attarder sur le tout proche et en rendre compte par des griffonnages récurrents, dessillent à mesure les yeux, préparent le regard que l’on posera sur le visage, la face de l’homme de passage qui met en présence, et vice versa.

Bruno LE GOUGUEC – Lyon – 2020