Histoire de la révolution

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Film de Maxime Martinot, 2019

30 minutes

Ce film joue sur des mots, eux-mêmes contradictoires : histoire désigne autant la liaison générale du cours des événements, que la particularité intrinsèque et fragmentaire de chacune des expériences ; révolution désigne autant le mouvement cyclique, que la rupture brutale d’un système établi.

Le propre du langage est sa capacité à se retourner en calembour (cette « fiente de l’esprit qui vole », selon Victor Hugo). Moins aisé est de prendre les images pour des calembours, réversibles ou « à tiroirs ». Au-delà des mots, ce sont ici des imaginaires, des territoires et des signaux que charrient histoire et révolution qui sont montés ensemble, en chœur ou en éclat, collés ou explosés. À nous d’expérimenter la part du cinéma propre à produire ses contrepèteries. Humour et cinéma étant ces moyens qui poétisent la rage, ou enragent la poésie.

L’ironie n’est pas le sarcasme : par exemple dans la phrase entendue dans le film on gagne à chaque fois mais on perd, ce n’est pas là une abdication, une critique ou une façon cynique de dire que toute lutte est vaine ; non, c’est un constat même de la lutte, qui produit une force multiple, de la tension, du contradictoire, mais aussi des graines pour sa propre continuité. On pourrait très bien dire l’inverse : on perd à chaque fois, mais on gagne.

Mais il ne faudrait pas perdre de vue que le premier à tordre le sens des mots, et donc de l’histoire, plus que quiconque, c’est bien le pouvoir. Emmanuel Macron, lors de sa campagne présidentielle, a fait rimer révolution, titre de son livre de promotion, avec la philosophie libérale qu’il a pu jusqu’ici appliquer, comme un programme naturel, un ordre républicain cyclique, même si éveillant au passage de nouveaux foyers contestataires se mêlant aux luttes pré-existantes. Comment faire alors quand les termes des luttes sont systématiquement récupérés et digérés par ceux qui ont le pouvoir et maintiennent l’ordre ?

La contradiction étant un point commun entre histoire et révolution, le film fait de ce principe son ADN. Il dialectise l’actualité des événements et l’éternité des signes. Il mélange le pouvoir (dans un sens hypnotique) de la parole et la puissance physique du son. Comme la performance monologuée du poète et historien Marius Loris, qui « vomit » poétiquement l’accumulation des cours d’histoire et des dates que l’on apprend sans fin ni conséquence à l’école. Comme quelque chose qui s’est inscrit en nous, sans que l’on ait pu le comprendre, et rejaillit par la parole de manière effrénée, et inéluctable. Reste que cette parole omnisciente, dans le film, est invisible, non localisable. Nous sommes réveillés, mais toujours perdus, et nous avons besoin de repères neufs. Tout de suite après, survient la seule séquence où image et voix sont synchrones : c’est le présent, et les Gilets Jaunes de St-Nazaire qui réactivent, depuis un endroit et un instant précis, la nécessité de réhabiter et occuper les espaces de luttes. Et se réaccaparer l’histoire et le temps, s’y insérer physiquement et poétiquement, en brisant et brûlant les jeux de mots du pouvoir, pour réchauffer nos propres calembours.

Maxime Martinot, juillet 2020
Contact : maxime.martinot(arobase)gmail.com

Pour télécharger le film : https://vimeo.com/derives/download/354367646/bc92e9d44c