Face à ce qui se présente
(texte de la voix off)

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Texte de Catherine Bareau, 2003

 

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Les choses sont là. Le jour éclaircit. Les phrases éclaircissent. La forme est claire. Les phrases sont claires. Le carré est clair.

Je ne suis pas du tout dans le cadre.
Une expérience voilée.

Sur un côté, c’est parfait. De l’autre côté, sur le côté, c’est parfait. Sur les côtés, c’est parfait. Ce sont les bords. Il fait jour. Les choses sont claires.

Comment s’approcher de ce qui semble au premier abord impossible et inintéressant à filmer. Ce qui n’est pas encore entré dans le cadre. Elargir la sensation .
Si mes images accédaient à l’être seule, à l’existence simple ? Elargir la sensation.

Qu’est ce qu’il y a à filmer, qu’est ce qu’il y a à entendre ?
Qu’est-ce que je vois ? Qu’est-ce que j’entends ?

Ce lieu où nous sommes. Ce lieu où nous baignons, A ouvrir aux spectateurs.

En projection, la chambre noire est ouverte.

Les bords bordent chacun des côtés. C’est rangé à l’intérieur.
L’intérieur est rangé jusqu’à ses bords. Ses bords sont bordés.

Parfois, l’air n’est pas seulement celui qu’on respire, il y circule un courant où je sens une main posée sans qu’elle soit montrée.
J’atteins la distance véritable.

Le carré est clair. Il fait jour. Les choses sont claires.

Le cinéaste présent à l’écran.
Ses mouvements pris en abyme dans la ligne des regards, de l’intérieur vers l’extérieur, de la chambre vers la salle…
Moi je suis absente. Je place des photos sous ma caméra, souvenirs pour trouver le trajet, le passage.
Mais ce ne sont qu’images exposées, reliques. C’est ce qui reste de l’histoire, que je ne raconte pas. Des débris constatés.
Une expérience voilée.

On est entré dans un autre temps.

Le regard s’est fait chair.

« Comment savez-vous qu’elle voudrait ?
Ça se voit.
A quoi ?
Je ne sais pas.
Vous venez de me dire que ça se voit, donc vous le voyez. A quoi le voyez-vous ? Vous le voyez, vous le sentez, il y a des signes… Décrivez les moi.
Je vous le jure, je ne sais pas… Mais pourquoi cela vous intéresse-t-il tellement ? »

Ce que je veux, c’est ce ralentissement, ce murmure prolongé où le regard se prend pour de la peau et inversement.

Montrer moins.

L’intérieur est rangé jusqu’à ses bords. Ses bords sont bordés.
Les choses sont claires. Les choses sont là. La clarté est là.

Texte de Catherine Bareau
avec des extraits du recueil {Carrés} de Christophe Tarkos.
En pensant aux films de Jean-Claude Rousseau, {Les Antiquités de Rome} et {Keep in touch.}