D’un matin à l’autre ils projettent

Texte de Philippe Jacq, 2000

La lumière perce la nuit et se marie avec les ombres, c’est son
destin. Au début elle éclate, éblouie.
En fermant les yeux elle nous montre des étoiles. Des
astres nouveaux, qui s’emballent dans la tête.
Et font peur. Alors on soulève les paupières laissant la
pupille se dilater. Puis on s’habitue…
En face il n’y a pas de générique, des gens tournent le dos
devant un linceul maculé par des silhouettes déformées.
Danse macabre. Dehors le soleil se couche, il ne se lèvera
qu’au petit matin.

Il y a la lune dehors, à la fenêtre, derrière les arbres, qui pro-
– jette toutes les nuits comme un miroir la lumière solaire.
Il y a des insectes, des oiseaux dehors, derrière la porte qui
projettent des sons en réponse.
Il y a un couple, amants dehors, derrière les murs, qui pro-
– jette deux jambes.

Qu’est-ce qui nous fait survivre, la lune, les insectes, les
oiseaux, les amants, qui projettent et projettent ?

D’un matin à l’autre ils projettent.
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Paru initialement dans le livre, Jeune, Dure et Pure ! Une histoire du cinéma d’avant-garde et expérimental en France – sous la direction de Nicole Brenez et Christian Lebrat – Cinémathèque Française / Mazzotta, 2001.

Site officiel de Philippe Jacq