CinémAction (S. Ousmane, Y. Chahine, J. Rouch, Costa-Gavras), la Cinémathèque Créatrice de M. Lemaître & les Lumières.

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Textes d’Yves Tenret publié dans Voir en 1985.

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Chaque trimestre, depuis 1978, CinémAction publie un numéro thématique sous la responsabilité d’un coordinateur. Son directeur, Guy Hennebelle, dans l’actuelle vague d’américanophilie tente de sauver ce qui peut l’être : les derniers vestiges de l’Autre.

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Sembène Ousmane (N° 34-1985)
Pionnier du cinéma africain, il a réussi avec Le Mandat (1968) un film prodigieusement chargé de réel. Xala (1975), fable sur l’impuissance sexuelle et sociale, décrit la polygamie comme un enfer. Les pédagogues sont des sadiques. Sembène Ousmane est contesté par les jeunes générations. Le dossier qui lui est consacré est étonnant de fadeur, de fausses impertinences, d’explications qui n’en sont pas et de ton professoral défraîchi.

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Youssef Chahine (N° 33-1985)
Chahine a maintenant un écho qui dépasse les spécialistes. Ah, les vedettes ! La présence de Michel Piccoli dans son dernier film, Adieu Bonaparte (1985), a amené, par le public occidental, la prise en considération du plus célèbre des cinéastes arabes. Le Moineau (1972) gardera encore longtemps ses richesses. Omar Charif, qui a débuté dans les films de Chahine, le trouve politisé à outrance et parfois même embrouillé et littéraire. Pour d’autres, il est la dernière vague de l’ex-nouvelle vague, le seul réalisateur arabe qui dit Je. Longue vie aux filmeurs de nombrils ! Chahine touche à tout ce que ses compatriotes intimisent : la guerre, Nasser, le cul, les juives, la religion, etc. Il se considère comme étant de sensibilité christiano-merdico-alexandrine. Prêcheur de tolérance, sa cause est inusable. Reste que la dominante de son œuvre, 28 films, est l’autocensure. Dans une forte analyse, Mouny Berrah pointe la levée de cette censure comme étant ce qui fait courir Chahine. Mais lui-même se décrit comme une pute cynique. Quelle belle faiblesse !

Jean Rouch (N°17-1982)
En 1949, Initiation à la Danse des Possédés, troisième film de Rouch, obtient le Prix du court métrage au Festival du Film maudit à Antibes. Le cinétranse est en branle. Dans ce numéro, les entretiens sont passionnants. Des problèmes de tout ordre sont soulevés. Rouch est hors corporation. Il donne le désir de tourner. C’est l’exception. Il est pratique et violemment anarchiste. Le cinéma que nous faisons n’a pas de frontières, ni techniques ni nationales ! L’important aujourd’hui, pense-t-il, est l’échange d’informations entre les masses des différents continents. Et l’incognito est un châtrage produisant des documents pour spécialistes. Il écrit aussi que depuis que les ethnologues sont assimilés à des marchands de culture nègre, il y a de plus en plus d’étudiants en anthropologie. … Le film ethnographique n’a pas dépassé le stade expérimental. Tant mieux. Rien n’est impossible si la caméra est là ! Rouch filme pour agir. Je le tournerai à Levallois-Perret si je ne peux pas le tourner en Afrique, ou bien en Italie. Là je tournerai aussi une heure sur le Vatican avec Carmelo Bene afin de liquider ce problème qui n’a que trop duré. Il s’agira là, non plus d’un suppositoire, mais d’un petit cocktail Molotov. Rouch ignore s’il a tourné 100 ou 110 films… Des cinéastes africains jugent certains de ses films naïfs, un peu bêtes, frisant le racisme, gnangnan, rousseauistes, etc. Lui reprochent-ils de ne pas montrer l’Africain en héros ? Pour Pierre Haffner, Rouch est apprécié par les Africains en général Ce provocateur doué, par son apparent refus de la théorie, tracasse tout le monde. Pour beaucoup de séquences, nous n’avons pas encore d’explications. Rouch a honte de n’avoir pas su filmer Mai 68. Depuis, il ne tourne plus en France. A Hennebelle qui insiste sur le cinéma militant, Rouch répond : Nous avons déjà parlé de tout ça dans les années 70 et je t’avoue n’avoir pas envie d’y revenir…

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Le cinéma de Costa-Gavras (N° 35-1985)
Bientôt va sortir son Conseil de Famille avec Johnny Halliday et Guy Marchand, comédie qui fera du bruit. La débilité dépolitisée, asociale et branchée envahit tout. La nostalgie ne passera pas. Tout est devant nous. Boat People (1983) et La Déchirure (1984) sont peut-être moins subtils que les spectacles de Costa-Gavras mais ils sont bien plus francs. Pendant que Narboni, en 1969, remarquait le racolage, Buache s’exclamait : Dans cette morne plaine de la dépolitisation systématique du 7e art français, Z prend tout à coup l’aspect d’un Himalaya. Le dessinateur, croyant se moquer, touche juste : D’accord mais… est-ce que le dictateur couche avec la jeune journaliste ? Divertir est hystérique. Enseigner seul est noble. La plus extrême violence nous divise. Les cinéastes tremblent devant la rue. Ils la font disparaître, eux et les autres. Comme il n’y a plus de rue, la violence qu’ils mettent en scène n’est qu’une abstraction de plus. La dernière guerre mondiale est un réservoir de gadgets. Il faut frapper le spectateur pour le satisfaire. Alors que l’avenir appartient aux partisans, l’époque ne sait plus que dresser des inventaires. CinémAction est de bonne foi, c’est lassant. La malice connaît sa maison. Lorsque les épicuriens écrivent sur le gouvernement, ce n’est que pour demander sa suppression, avait déjà remarqué Plutarque.

L’holocauste à l’écran (N° 32-1985)
Ce numéro, traduction actualisée d’un ouvrage d’Annette Insdorf, aborde le sujet par une thématique qu’elle a dégagée de la filmographie. Partant du génocide des juifs et refusant toute comparaison avec le sort d’autres opprimés, Insdorf juge chaque œuvre en fonction de sa représentation — et des moyens qu’elle utilise pour celle-ci — du souvenir de l’holocauste. Elle lutte contre le temps qui transforme le nazisme en sujet de bande dessinée. Teintés parfois de féminisme, ses résumés de films sont riches de nuances. On sent qu’elle se force à ne pas s’exalter. Après Resnais, elle fait sienne
la remarque de Jean Renoir : Plus émotionnelle l’histoire, moins émotionnel le traitement. Ses phrases sont limpides. Son approche n’est pas un inventaire mais une série de cercles concentriques. Chaque cercle, par sa simple existence, appartient à la trame du récit de l’horreur indicible. ■

DELIRIUM TRÈS MINCE

Mort sur le Gril de Sam Raimi
Ânerie sans nom. C’est tellement téléphoné qu’à la place du rire plane le grincement de dents. Pour ce qui est de produire des niaiseries, les Américains ne craignent personne.

Zappa de Bille August
Dans sa forme classico-professionnelle, c’est pas mal. Des jeunes délinquants dans une petite ville protestante. Ça pourrait être en Suisse, c’est au Danemark. Le héros, adolescent pur, est troublé. On l’envie. Les prolos sont bons, les bourgeois décadents. Il est possible d’aimer tous les films pour l’une ou l’autre raison : éclaire ceci, parle enfin de cela, touche-touche pas. Il est aussi possible de n’aimer aucun film : j’aime la vie donc je ne vais pas au cinéma. Reste que personne n’apprécie tous les livres ou toutes les musiques. Le cinéma danois a l’avantage d’être danois. August ne le sait pas… Lars von Trier le sait. Quand la Marie est jalouse, j’écoute des disques de blues. Le Danemark est-il donc si loin que ça de la Suède ?

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Rose Lowder telle qu’en elle-même elle voit
La Cinémathèque créatrice a eu l’excellente idée de permettre à Rose Lowder de nous présenter trente bobines de rush des films Parcelle, Rue des Teinturiers, Scènes de la Vie française, etc. Cette femme est le meilleur cinéaste picturaliste. Elle a un sens du mouvement et de la couleur qui justifie l’expérience. Son cinéma, malgré qu’il soit à 100% formel, est captivant. Tout reste donc possible.

La Galette du Roi de Jean-Michel Ribes
On en sort frais, allégé, sans trouble métaphysique, purgé. C’est de la comédie insignifiante et très bien faite. Tout est dans l’acteur et surtout dans sa figure. A chacun son tic. Topor, dans un arbre, prend des photos. Pauline Lafont a moins d’énergie qu’avant. Suit-elle un de ces régimes débilitants ? Eddy Mitchell vieillit bien. Rochefort et Hanin semblent s’amuser beaucoup. Ça se passe au bord du lac de Côme et relève d’un bon fond : un égal amour pour chaque personnage. ■

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Les Lumière.
Ce livre, édité par Payot à Lausanne, et la Bibliothèque des Arts de Paris est un album de 22 x 28 cm, relié pleine toile, de 224 pages, contenant 168 illustrations. Son prix : 96 francs. Il inclut une bibliographie dense mais éparse dans les notes.
Le 28 décembre 1895 a eu lieu la première séance de cinéma, publique et payante au Grand-Café, boulevard des Capucines, à Paris. Antoine Lumière, père des deux frères, était anticlérical, peintre d’enseignes et autodidacte. En 1861, il épouse Jeanne-Joséphine, blanchisseuse de 19 ans. Auguste naît en 1862 et Louis en 1864. Antoine, comprenant que la peinture est morte, décide de se lancer dans la photographie. Il emprunte pour se mettre à son compte. Les frères fréquentent une école privée axée sur un enseignement scientifique et concret. Louis se surmène. Il a de violents maux de tête. Ils se font, dans cette école, des amis qu’ils garderont toujours. Au début des années 80, les affaires d’Antoine vont mal. Il passe la main à ses enfants qui se mettent à travailler de douze à quatorze heures par jour. «Appuyez sur le bouton, nous faisons le reste.» (Publicité Kodak de 1890.) Louis invente une émulsion parfaite. C’est la fortune à vingt ans. Pendant cinquante ans, «L’étiquette bleue», permettant les meilleurs instantanés, va bien se vendre et permettre à Auguste et Louis de s’amuser en travaillant. Ils vont déposer des dizaines de brevets dont un procédé de contre typage sur plaque de zinc, la photogravure, le haut-parleur, un carburateur, un savon antiseptique, de nombreux papiers photographiques, etc. : 89 brevets entre 1885 et 1912 ! Les Lumière sont un clan. Tout se joue dans la famille. Ils ont trois cents ouvrières en 1894. Louis et Auguste poussent la chose jusqu’à épouser deux sœurs, Juliette et Marguerite Winckler, filles d’un brasseur. Pour ne pas rester en reste, Jules Winckler, leur frère, épouse Juliette Lumière, sœur des inventeurs pendant que Charles Lumière épouse France Lumière. Quel clan !
Du daguerréotype au photogramme, en passant par le calotype, le kaléidoscope, le stéréoscope, le phénakisticope, le zootrope, le stroboscope, etc., la photographie veut saisir le mouvement. La plupart de ces appareils, antérieurs ou non à la photographie, lorsqu’ils sont commercialisés, le sont comme jouets. Edward Muggeridge, en tuant l’amant de sa femme, perd du temps. La liste des inventions avec ses impasses, ses retours en arrière, ses synthèses, ses progrès, est passionnante. C’est la saine lecture par excellence. Les controverses sur la première séance de cinéma le sont moins et les comptes rendus journalistiques des premières séances sont rasoirs. Les auteurs ont choisi de tout exposer sur le sujet. Tout est trop. Ces humbles historiens citent in extenso trop d’articles de presse au style déjà aussi insipide que ceux de la presse actuelle. Quelle époque ! A part nos chipotis dangereux sur l’atome, nous n’avons rien trouvé depuis. A eux l’avion, le cinéma, la télévision et le téléphone. La première projection de dessins animés est faite en 1892 par E. Reynaud qui réitérera son geste 12 800 fois devant un total de 500 000 spectateurs. Le Français Le Prince filme et projette dès 1888 mais disparaît mystérieusement en 1890 dans l’express entre Dijon et Paris. Edison (1847-1931) intervient et son kinétoscope est visible au 20, boulevard Poissonnière, en 1894. A remarquer que Reynaud méprisait la photographie et qu’Edison voulait filmer des opéras. Ce sont les Lumière qui filmeront la rue. Pendant l’été 1894, Louis réalise son premier film : La Sortie des Usines Lumière. Et ensuite projections, succès, lassitude des spectateurs, toute l’histoire des débuts du cinéma… L’intérêt financier de la chose est tout de suite compris par certaines personnes. Les gens préfèrent le mouvement à la couleur. Dès 1905-1906 le cinéma part en tournée dans les villages. Louis Lumière a clos l’époque précédente, et il l’a close pour lui avoir totalement et délibérément tourné le dos, pour lui avoir totalement échappé, pour l’avoir délibérément ignorée, parce qu’il a pris son bien sans se soucier des uns et des autres ; il fut en définitive un iconoclaste, et l’assassin de tous ceux qui l’avaient précédé. C’est pour ces raisons qu’il est le père du cinéma… H. Langlois. Le kinétographe d’Edison pesait cinq cents kilos, le cinématographe Lumière, cinq kilos. Vers 1897 «…seuls les provinciaux et les étrangers allaient encore au Grand-Café qui ne donnait plus de séances le matin». En 1900, lors de l’Exposition universelle, Louis organise des projections devant vingt-cinq mille spectateurs sur un écran de 16 x 21 mètres ! Un film Lumière coûte cinq cents francs. On va produire des films qui coûteront un million. En 1910, il y a dix-huit mille salles de cinéma aux États-Unis. Les Lumière s’occupent de photos en couleurs. Antoine, le père, s’est remis à la peinture. Quand un paysage lui plaît, pour ne pas être dérangé, il achète le terrain. En 1932, Louis invente le cinéma en relief.
En 1961, Ciba achète les restes de Lumière.
Lors d’un banquet, un poète, adressant du « Maître » à Louis, se reprit :
— Ce mot n’est pas assez grand.
Louis : Appelez-moi double Maître…

« Les Lumière », Bernard Chardère, Guy et Marjorie Borge, Editions Payot, Lausanne, Bibliothèque des Arts, Paris

LA CINEMATHEQUE CRÉATRICE

Tous les premiers lundis du mois, Maurice Lemaître organise une séance de projections à Beaubourg. Ces séances nous ont permis de voir de nombreux films lettristes dont le si justement fameux Traité de Bave et d’Éternité d’Isidore Isou. En fin de projection, Lemaître anime des débats. Cette pratique polluait déjà l’imaginaire des lettristes en leur temps historiques. Maintenant cela ressemble à une danse de dinosaures.
La dernière séance de la Cinémathèque créatrice a poussé cette idée dans ses conséquences ultimes de coup d’épée dans l’eau. Plus de film, rien que du débat. Une centaine de personnes étaient dans la salle et – fait remarquable – refusaient de parler, participer, juger, condamner, approuver ou s’exprimer. Des jeunes gens avaient néanmoins amené des films que nous pûmes visionner. Le premier, d’Hélène Richot, Guillaume et Baisers bleus, était alerte mais sans innovation. Le dernier était tissé, de la manière la plus fine, d’émotions. Voix de F. Malek et R. Genty démontre que la fragilité, la faiblesse, la tendresse filtrée par la pudeur, sont la seule aspiration crédible du cinéma en tant qu’art.

L’HONNEUR DES PRIZZI DE JOHN HUSTON
Nicholson apparaît, sa lèvre inférieure délibérément et définitivement horizontale, et nous sommes morts de rire. Le Parrain offre à son fils, partant à la retraite, mille cigares mexicains et des battes de golf en argent massif. Huston tire au canon et c’est le bon format. L’honneur de la comédie est sauf. Une réussite ! Toute situation donnée est poussée à ses dernières conséquences.L’honneur des Prizzi heurte celui des flics. Les meurtres sont des obligations professionnelles. Mari et femme, même métier. Irène (Kathleen Turner) est une femme entreprenante qui monte des arnaques et qui ment donc tout le temps. Maerose (Anjelica Huston) est Italienne, donc jalouse et prête à tout. Charley est bête, il l’est donc tout le temps qu’il soit amoureux ou homme de main. Si Main Street reste plus fort sur le sujet, Huston nous venge du Parrain. Celui de l’Honneur des Prizzi est d’un grotesque réjouissant. Huston nous sauve de la fatalité de l’âge, des embourgeoisements obligés, des résignations collectives. Son film est l’exemple type du «bon moment» qu’on serait en droit d’exiger de tout film. Le burlesque a une saveur antiautoritaire. Pourquoi se sent-on si heureux à la sortie d’un film de Huston ? Parce que Huston est intelligent ! Beaucoup de spectateurs se sont demandés comment les producteurs avaient pu verser de l’argent à Huston pour tourner ce chef-d’œuvre qu’est Le Malin. «Un sujet, en tout cas, rien moins que commercial, bien peu fait pour séduire des commanditaires », écrit-il lui-même. La réponse est simple : il n’y avait pas de producteur. C’est un admirateur de Flannery O’Connor, l’auteur du livre dont le film est tiré, qui a réuni l’argent. La somme était minime et Huston, admirateur et ami de O’Connor, a accepté de travailler avec une équipe réduite et des acteurs inconnus. «No se puede vivir sim amar.» La devise de Lowry peut tout aussi bien fonctionner pour l’œuvre de Huston et particulièrement pour Au-dessous du Volcan. Huston se décrit comme quelqu’un qui n’aurait pas, à la différence de Bergman, Fellini, Bunuel, de style propre mais qui dominerait cependant la grammaire du cinéma. Il insiste sur son «éclectisme» et sur les activités variées (la boxe, l’écriture, la peinture, le badminton, les chevaux) qu’il pratique et qu’il considère avoir été dans sa vie aussi ou plus importantes que le cinéma. Il va de soi que l’on peut s’intéresser à l’œuvre de Huston sans s’intéresser pour autant à sa peinture… N’est-ce pas à cause de la générosité de ce dilettante, de l’application dont il fait preuve lorsqu’il aborde l’œuvre d’autrui, de l’absence totale de sentimentalité dans son propos que nous sortons ragaillardis des films de John Huston ?

TARGET D’ARTHUR PENN
L’histoire est débile. Pourquoi ? Chandler disait qu’il faut éviter les histoires d’amour dans les romans policiers parce qu’elles ralentissent l’action. L’incommunicabilité entre les générations + l’espionnage = un film sur l’Europe pour les Américains. L’ensemble sonne faux. Il y a les poursuites, les méchants, les coups de revolver, les coups de théâtre. Les filles tremblent. Les garçons ricanent. Ça se veut fin. Ça ne l’est pas assez. L’outrance aurait pu aussi convenir. En plus, ça réhabilite la famille… Il doit sûrement y avoir moyen de faire de l’espionnage intéressant. Eric Ambler écrit de bons romans d’espionnage. Target manque de feeling. Et même d’actions intéressantes. C’est un film moyen. Le sentimentalisme est une gangrène.

RETOUR VERS LE FUTUR DE ROBERT ZEMECKIS
C’est gentil, plaisant. Bizarre est l’insistance du cinéma américain ces trois-quatre dernières années sur la famille. Est-elle en crise ou est-ce la crise qui la renforce ? Les producteurs prennent-ils au sérieux les études de marché et font-ils des films pour les adolescents ? Spielberg, producteur de celui-ci, ne semble qu’en produire des comme ça. ET ou Young Holmes, par exemple. A-t-on idée de voyager dans le temps pour aller voir ses parents ! L’idée contraire serait plus vraisemblable. Leur idéal du bonheur : deux télévisions, trois voitures, un canapé et le tout dans le cadre des rapports familiaux. L’intérêt de ces films réside dans leur aspect documentaire : la vie des classes moyennes américaines. Plus ou moins idéalisées en fonction du budget du film. Ici, les plaisanteries incestueuses ne peuvent que renforcer l’institution familiale. Cet inceste est tellement impossible que la salle ne peut qu’en rire. De même, la plupart de ces films se passent dans des petites villes, hors du temps, sauf pour ce qui est de la consommation. La morale de Back to the future est : Agis virilement et tu seras récompensé. Arthur Penn dit qu’il a tourné les poursuites de Target pour continuer à avoir du boulot. On n’ose pas imaginer ce qu’ont dans la tête les types qui vont se faire engager par Spielberg.

Les deuxièmes rencontres des Archives Getaway ont eu lieu du samedi 9 au lundi 11 novembre 2013 à la Maison Ouverte, au 17 rue Hoche à Montreuil, en banlieue parisienne, et ont consisté en trois jours de projections de films et de discussions. Les documents qu'ils exposaient provenaient en général d'une unique source : Guy Hennebel. Et cela m'a rappelé que Hennebel m'avait proposé, en 1985, de réaliser un n° de CinémAction. J'avais refusé parce qu'étant alors dans la survie, je n'avais pas la possibilité d'écrire sans être payé, aussi petite que soit la somme... Là-bas, j'ai assité à la diffusion de deux films : Les maisons vides , lutte sur le logement diffusé par l’Apic (35’, super 8 sonore, couleur, 1972) qui concerne les luttes des mal-logés à Paris entre novembre 71 et juillet 72. Krutenau à croquer du collectif Images au poing à propos de la restructuration d’un quartier de Strasbourg et des luttes des habitants (45’, super 8 sonore, couleur). Et au débat qui a suivi. Pure merveille ! J'ai été enchanté de découvrir que 40 à 50 personnes pouvaient encore se réunir un dimanche après-midi pour voir de tels films et débattre de telles choses.