Allegro, texte du film

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Extraits de « ALLEGRO, chant sur la mature immaturité, accompagné d’un texte, émeute nihiliste » de Yves Tenret, 1978

 

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I — nous en sommes là. dans ses fins de choses, ses fins finissantes, plus de douleur et encore des mots pour la dire. plus de complaisance, plus de dupes, saoul encore, de temps à autre, des liqueurs de la fente. au bout d’un monde et de ses anecdotes et de son esthétisme. les derniers bourgeois raffinés ont disparu depuis longtemps. deux, trois provocateurs traînent encore par là. la banalité est devenue l’originalité absolue. les gens se posent tous des questions essentielles. quêter, quelle dérive, celle des fous? il n’y en a plus. ils ont, dans leur village de pêcheurs, des impressions de dernier carré, ils se sentent les derniers sans pouvoir dire de quoi.

II — Un vagabond devant la porte du buffet. il grince des dents. il rêve. il tombe. il hurle. pas un bruit. la brume se dissipe, la lune apparaît. comme la neige peut-être. demain je ne ferai plus la suite des coutumes. douce puis molle, elle s’émousse lourdement. ils s’étendent. accalmie. je le vois soudain: j’aurais à travailler. elle dort, sortie enfin de la récrimination. on n’invente rien, on croit inventer, s’échapper, on ne fait que balbutier sa leçon, des bribes d’un pensum appris et oublié, la vie sans larmes, telle qu’on la pleure. le deuil fut un analgésique. ce ne fut pas long. il fallait en finir. les insulter tous. ma décision d’en finir, je la pris d’un coup. dans la nuit. seul, gentil, pliant mon or. discret de moi. la coutume, les habitudes rendaient notre haine impénitente. le travail de notre naïveté vidait le danger de tout contenu. prison. évasion. anecdote. faits divers. Nous sommes souvent cruels dans notre volonté de connaître. De vraies petites crapules. Sans vocation et surtout pas celle d’être flagellés, nous nous traînons les uns les autres dans les rues. Le métempirique, le moins paisible, nous dévore. dans cet ensemble de vestiges d’un système archaïque qui voit la fin de la conscience, nous étions, bien malgré nous, contraints au repli. l’acné de la rouille, les funérailles anarchistes, la mélancolie turinoise nous semblaient inhérentes à notre condition. nous ne comprenions pas tout. ni les stigmates du monde financier, un colt sous l’aisselle ni qui nous étions, ni la quadri-dimensionnalité. nous n’avions aucune certitude, il n’y avait plus ni présence ni compénétration. plus qu’une activité soutenue, acharnée mais peu intense. pas de prescriptions, d’interdits, de suggestions, d’assurance. de la souplesse, de la décontraction, de la mollesse, du débraillé. comme des oiseaux par milliers, rongés d’une maladie, secs, creusés et craintifs. sous un arbre à cons. à la limite, au terme. j’épilogue même sur le dénouement comme si la décadence pouvait disparaître. elle fut confiée à des artistes chinois.

III — j’ai frappé, d’abord doucement sur la joue. un goût de sang au fond de la bouche. les mains moites, une impasse somptueuse. transhumance et toujours étranger. bonheur de l’exil, silence morose. une autre chose, peur. maintenant je sais que c’est ça. clairvoyance. intériorité. et pourtant c’est bien situationnel. moment long de décorticage. envie irrépréhensible. limpide austérité. sa colère ? dérisoire espoir de finitude. subtiles variations sur les claveaux et allèges. fûmes-nous des embaumeurs ? décompression difficile, isolement. toutes les émergences se caractérisent par deux actants : la violence, le romantisme. elle, couchée sur des coussins, sous la toile de korogo, me signale un superficiel qui m’emmène à subordination. déménager, entrer dans la pudeur. nous vécûmes, en ces temps-là, une réconciliation tribale, et nous sortîmes parader. la tension monte. sept barrages sont mis en place dans l’après-midi. les commerçants baissent leurs rideaux de fer. nous de chair-chair. bleu d’azurite, jaune d’ocre, vert de cuivre, blanc de plomb, noir de fumée et brun, blanc d’oeuf, gomme et colle: débrouillez-vous ! les petites amoureuses, indolentes, aristos. glandeuses. juste avant que les grands brouillards ne s’installent. c’est l’époque de la brutalité mentale, de la hantise, de l’obsession. perte de contrôle. syntagmes crevotant de n’être jamais terminés. elle a de longs lobes très beaux. j’ai une paume levée, absence de crainte, une paume baissée, générosité, un poing levé, absence de crainte et un doigt dans l’oreille, désir. j’ai le nez épaté. toujours ce mouvement de balance. superbe. inhumain. purifié. elle a la voix fatiguée et attachante. je me détache. elle gagne des batailles mais perd la guerre. les bouts elle les tord jusqu’à ce que. cela la stimule énormément. l’esprit de sérieux. d’un simple point de vue policier, on ne pouvait rien nous reprocher. cela fut mis à notre compte. le vrai s’empara de nous et nous fûmes tous ivres. remède de bonne femme. le temps des paumés est venu. elle l’accepte. nous redevînmes ambulants, errants, instables.

IV — j’ai la patience d’un vieux targui attendant la pluie. j’ai la nervosité de quelqu’un qui se censure. le tout peinturluré en rouge s’appelle : portrait. ceci peut être regardé à la loupe, j’y ai peint mystiquement des détails invisibles à l’oeil nu. la vie peut-être sans vie. une douce et gentille misère censure le foutre et la puissance. de l’ordre de la caricature le travail confusément s’invente des bribes de larmes. paroles futiles. lester. il a plu toute la nuit et il pleut encore. certains sont sidérants, d’autres pas du tout et d’autres encore moins. baratin. des mots. lent. retour de la navette. bruit insoutenable. et je suivis ce mauvais garçon qui sifflotait mains dans les poches. la répression est sanglante. coups de main, attentats, embuscades. l’isolement est une sorte de torture lente. l’invention individuelle est un obstacle à la communication. la nuit est belle. commander. obéir. chair de poule, frissons, écoeurements, satisfactions, sans commentaires, sans images, sans rien. tu portes un blouson de cuir, tu roules des mécaniques et t’y gagnes quoi ? ils bouffent le plaisir. ils plient la paume de la séduction, noeud obscur, habitude du jeu. moins minus, moins naïf, plus fondant, haletant, bluffant. droit, désaccord harmonieux, nous entrons dans le cousu main. nous n’en étions alors pas conscients. pourtant le fait que tout se défaisait autour de nous aurait dû… puis les récoltes poussèrent encore une fois. inquiet et quiet, nous préparâmes les bagages. elle en me léchant les aisselles et moi en bandant. il fut décrété l’état statique de la jouissance autorisée : la frivolité, le goût de l’apparence, la désappropriation, ce qui est jouissant, dominateur, accapareur. cette histoire va mal finir. un canon froid contre une tempe. nous décidâmes d’une association sans statut. il est complètement givré et défend l’honnêteté. malade, sous-alimenté. léger et irresponsable. inconséquent. elle est mince, chétive, fragile, sauvage, porteuse d’une force inébranlable. il est tassé, bougon, joyeux. elle doit plier sa nuque roide et apprendre ses façons. il apparut gracieux, doux, débile. c’en est trop. la motion passe, il nous faut entrer de suite dans des conduites paroxystiques d’exaltation collective et de démesure face à l’insignifiance.

V — certains ont trouvé le moyen de désavouer les révolutions tout en avouant les révolutionnaires. ils célèbrent la révolte. agence matrimoniale. cette illusion, c’est l’instinct, de quoi se perpétuer. parcimonie de la mesure, comme l’aumône. l’horizon mental de ma mère s’aplatissait à vue d’œil. au-delà du restreint. une fatigue des yeux engendrés. notre tendresse ironique implique le désaveu de toute espèce d’enthousiasme vrai et même du simple accouplement de ces deux mots-là. il n’y a pas de connections, ignorez-moi ! car il ne reste que calculs. contrôlez vos émotions. rebelle. un jour, je rencontrai une femme vierge. ma surprise devant mon absence d’intuition fut extrême. dans mon désarroi j’en devins mufle, goujat, balourd et butor. puis nous fûmes chassés de partout. androgyne lassé. barbouiller. social et positif. le négatif fut notre grand amour. escaliers à palier et sans issue. sept oreilles pour écouter ce qui ne se dit pas. jamais, amer comme de l’absinthe. nous acceptons. de nous nommer les uns les autres : bâtard. les heures suintent. l’argent s’épuise. comme une perversion assouvie. tout glisse vers l’insipide. on ne peut pas adorer une culotte. l’ineffable néanmoins se libère dans le silence des cerveaux. ils nous détachèrent. nos voix fatiguées, purifiées, humaines, superbes de balance et d’harmonie ne portent pas très loin. épatant, le nez respire, le désir de l’oreille du doigt, la crainte de l’absence, le poing baissé, l’avarice, la paume tendue, tout cela ne nous concerne plus. les syntagmes vivants de n’être jamais terminés. de contrôle, de perte, d’obsession, de hantise, de brutes, de mentalisme, c’est le temps venu. les pluies, les brouillards. les glandes. la dolence. petites débrouillardes à la colle et à la gomme, le bleu de la chair, la chair de fer. après le barrage la montée tendue de la parade. emmener la toile et les coussins, petit, déformé, ordre blindé, sonore et sans faim. résister même dans la fatigue et le début de romantisme. émerge violence ! irascibilité, fureur, colère, la véhémence dans le sévice. l’ardeur virulente, la frénésie intense, l’impétuosité vivace, la volonté d’exister. mais le monde reste monde. vague dans la mer nous n’en sommes pas plus réalistes. décortiqués la fin, les variations, l’austérité, les envies limpides s’avérèrent situation intérieure clairvoyante. une chose morose, un autre silence. exilé enchanté à jamais étranger, transhumance somptueuse. dans une impasse aussi humide que le fond d’une bouche où des bidons traînent, du sang. en joue ! doucement, le coup. migration coincée dans des fossettes profondes. apparemment, minuscule, bien sûr que cela pue un peu le cadavre. barques barbares. suintant. pénitent. respirant. le bruit des machines. l’obscurité. sauf la patience. fondu enchaîné ensemble. avec peine et sans acquiescements. déturgescent, dit-il. discontinu. là vient l’impensé. l’ivoire de mes dents aimées et qualifiées.

VI — j’allais crier: « j’aime l’ivresse ! » ivre et lion. saoul et fauve. braillard et fort. aimant les femmes et l’alcool. et tous les chants de l’arabie. litiges. dans l’immensité vide et vulgaire du mythe socratique. irritation incontinente. l’espoir et la pudeur sont la misère de l’esprit. pas que je me plaigne, beau et vertueux, j’accepte. je me souviendrai qu’en plein hiver, tes seins. suave. ne jamais s’abandonner. accepter le futile. la parole mouillée, molle, une petite pluie. et puis qu’on la rie, la vie pleurante et oubliée, apprise par bribes, construite de faux souvenirs idéalisés. articuler sa leçon. s’enfermer. on croit ne rien inventer, tout importe vraiment, on invente tout. juste comme de vrai. machin. voyeur. pulsion con. but précis. intentions désintensifiées. c’est normal. moi seul ai l’esprit clair. la marque propre se porte. tout est étroit, fermé. arrivé à la récrimination. elle s’éveille. je n’aurai pas à travailler. affaire de décision. je ne vois plus rien. même pas de raison à aucune angoisse. la fortune. l’aventure. le monde dressé, lourdement aigu, dur puis doux puis tout. coutume sans suite aujourd’hui. c’est dégueulasse. c’est impuissant. c’est quiet. ça sèche. soyez amovibles ! sans impératifs. sans censure. centre. on s’éveille. on se lève. peu marché, sans fatigue, avec arrière-goût, le dégoût le plus franc, peut-être comme la boue. la lune disparaît. la brume s’installe. du bruit. ils se taisent, ils relèvent, ils sont sans rêve. ils ne grincent pas des dents ni ne tissent de linceul. pas un vagabond, pas un étranger, du bruit. hétérogènes. rassemblés. gain de vue. pas de sang et partout du spectacle. lumière naturelle. au fond de ce corridor étroit, comme un levier, écarter les chairs à coup de boutoir. frénésie. perte de cette minable structuration d’atomes cinglés. comme un mur s’ouvrant sur la béatitude du néant. adieu mon corps. le jour est long. il vivait comme une fugue. toujours un peu inquiet et pourtant rassasié. au terme d’une dérive, sans souvenirs, j’avais trouvé une bouche et humble je n’osais jamais penser la percer. à contre-jour. je l’attendais, la première des dernières. éjacule ! devant la force et l’assumé du désir, je restais coit. bêtise insondable de l’optimisme. force déterminée de la volonté de puissance. intelligence du doute transformée en coups. donne des coups. et la fatigue ? l’eau noire. muscles abdominaux tendus sans effort. les premiers à pouvoir dire de quoi. l’hiver froid, sec, soleil, elle ne sait pas. j’aime l’ivresse. avant qu’elle ne parte pour ce voyage, je lui confiais ce qu’un court instant j’avais ressenti la veille. phatique avec insistance d’abord, jouant l’hypnose, ensuite ému, j’avouais la catharsis du cri douloureux au sortir du spectacle, je devais crier, hurler, écumer, baver ma rage. « j’aurais aimé encore un baisé », me répondit-elle. alors que à peine ma main sur son épaule et mythe gourmand, arabie des histoires. à genoux, je touche le sol du front. trois fois. l’oeil vif. rien d’humilié. à peine humble. plein. j’ai toujours beaucoup aimé enculer mes femmes.

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